Chapitre 25 : espoirs et désespoir
-Si nous déployons l’armée en colonne à l’Est de la muraille d’enceinte, nous disposerons de l’ouest de la grande plaine pour un éventuel repli vers la forêt.
-A condition que la ligne de front soit suffisamment grande pour contenir toute l’armée ennemie. Ce dont je doute. On parle même de dragons, et… de créatures inconnues.
Roland se laissa retomber dans son siège en poussant un soupir de découragement. Le jeune capitaine qui se trouvait de l’autre coté de la table, sur laquelle était dépliée une carte, avait raison. Il n’avait pas la moindre chance de triompher. Il sentit le désespoir le gagner, en même temps qu’on profond sentiment de rage et de frustration.
Il avait conscience de la présence de ses amis derrière lui. Tous étaient revenus, amenant avec eux guerriers, moines et amazones. Il savait qu’ils feraient tout pour l’aider en cet instant, mais il n’y avait rien à faire qu’attendre et espérer. Car l’espoir, se dit-il, était la seule chose qu’il lui restait encore. Un espoir tout entièrement placé en deux personnes. Une qui avait trahi, une qui avait fui. Mais il l’ignorait. Une main se posa avec douceur sur son épaule, et la voix profonde et apaisante de Maati lui dit :
- N’aies crainte, mon ami. Link et Céliak seront bientôt de retour, et je suis certain qu’ils apporteront de bonnes nouvelles.
-J’en suis sûr aussi. Seulement, je…
Des coups sourds frappés à la lourde porte de bois l’interrompirent. Les deux gardes de faction ouvrirent, faisant entrer deux autres soldats qui soutenaient un troisième.
-Un éclaireur, mon général, annonça l’un des gardes.
-Etendez le ici, répondit Roland en désignant un sofa près de la cheminée.
Les gardes obéirent, puis saluèrent et prirent congé. Roland et ses compagnons s’approchèrent du blessé ; du sang ruisselait sur son front, et un morceau de flèche brisée ressortait de sa hanche. Il s’était arraché la hampe pour pouvoir se déplacer plus aisément. Monaya posa une main sur la tête de l’homme, puis sur sa poitrine. En se relevant, elle murmura discrètement à Roland :
-Il va mourir.
Le chevalier s’agenouilla auprès de l’éclaireur mourant.
-Parle, dit-il d’une voix douce. Qu’as-tu vu ?
-Mon seigneur, nous sommes perdus, coassa le mourant. Ils sont des milliers… bien plus que nous… ce sont… des monstres ! les pires créatures que la terre ait porté marchent sur nous !
Il fut interrompu par une violente quinte de toux, qui lui fit cracher quelques gouttelettes écarlates. Puis il reprit :
-Ils savent des choses sur les défenses de la cité… ils arriveront par le sud… par la forêt et…
Il n’eut pas le loisir d’achever sa phrase. Roland lui rabattit les paupières, puis se releva et considéra ses compagnons d’une mine morbide.
-S’ils arrivent effectivement par le sud, ils mettront un jour de plus pour être ici. Malheureusement, cela met fin à toute possibilité d’évacuation vers la forêt.
-Nous pourrions partir vers les îles, à l’ouest, suggéra Maati.
-Ils nous rattraperaient au bord de la mer, et nous tueraient patiemment pendant que nous embarquerions. Non, c’est impossible.
-Et pourquoi pas la jungle amazone, a l’est ? proposa Monaya.
Roland eut un bref rire sec sans joie.
-Parce que tu penses vraiment que les tiennes accueilleraient dix mille hommes sur leurs terres, quand elles n’envoient que quelques centaines de guerrières alors que le mal marche sur nous ? Permets moi d’en douter.
La jeune femme baissa la tête en se pinçant les lèvres.
-Pardonne moi, Monaya. Je ne voulais pas…
-Link trouvera une solution, répondit-elle, une lueur de défi dans les yeux. Et mon époux est à ses côtés. J’ai confiance en eux.
-Comme nous tous, renchérit Silöe.
Elle se trouvait, avec Reza, devant un groupe d’une douzaine de personnes, tout de noir vêtus. Les Illdiluems étaient arrivés la veille au soir. Ils avaient refusé toute nourriture et tout repos, se contentant de rester dans la salle du trône, priant, répétant inlassablement les formules magiques qui leur sauveraient peut-être la vie au cours de la bataille. La jeune prêtresse et le moine s’étaient joints à eux pour mémoriser leurs propres formules.
Soudain, l’un des Illdiluems laissa tomber l’encensoir qu’il tenait à la main, et leva ses yeux écarquillés vers le plafond. Il resta comme ça, immobile, pendant quelques secondes, puis poussa un long hurlement strident. Hurlement qui fut repris en cœur par le reste des Illdiluems.
Les compagnons se bouchèrent les oreilles en grimaçant. Silöe et Reza, qui étaient les plus proches des magiciens, tombèrent à genoux. Le bruit était insupportable, le hurlement était inhumain. Du sang se mit à couler le long des mains que Silöe plaquait contre ses oreilles. Reza, détachant une main de son tympan, attrapa la jeune fille par le coude, et courut rejoindre les autres occupant de la salle, réfugiés dans le coin le plus éloigné des Illdiluems.
Puis, aussi soudainement qu’il avait commencé, le cri strident s’éteignit. Les Illdiluems perdirent connaissance et tombèrent au sol. Celui par lequel le hurlement avait commencé tourna lentement son visage vers Roland. Ses yeux étaient injectés du même sang qui coulait de ses narines. Il murmura d’une voix caverneuse :
-Notre maître… a trahi. Il a voulu tous nous tuer, mais nous avons… rompu le lien… qui nous reliait.
Il perdit connaissance à son tour.
-Link…
-Tais toi.
-Link… Entends tu l’amertume et la peine que charrient les flots ?
-Va-t-en.
-Entends tu les étoiles pleurer le départ de leur héraut ?
-Non… laisse moi seul.
-Non… Je vais t’arracher ce qui t’est le plus cher.
-Tu arrives trop tard… Tu ne trouveras rien.
-Link… Tu dois