voici la véritable suite
Chapitre 35
Menra fut réveillé en sentant une main tiré sur sa tunique. Il ouvrit les yeux pour plonger son regard dans ceux de la fillette. Ils affichaient une grande tristesse et le garçon se leva aussitôt. Des prêtres se tenaient près d’une porte, non pas celle par laquelle il était entré, mais une autre qui donnait sur un grand couloir vivement éclairé. Les deux autres « élus » étaient avec eux et le jeune homme comprit aussitôt : le jour fatal était venu. Il soupira et prit l’enfant par la main avant de rejoindre le groupe qui l’attendait. Un des prêtres montra la fille du doigts et lança :
« Elle reste ici !
-Eh bien moi aussi dans ce cas ! Je ne la laisserais pas mourir ici !
-Vous n’avez pas le droit de l’amener ! s’esclaffa un deuxième homme.
-Essayez de m’en empêcher. »
Ils ne répondirent rien et, après un moment, se détournèrent et partirent sans un mot, suivi par les « élus ». Ils sortirent du palais et s’engagèrent dans la ville qui était étrangement vide.
Puis, ils quittèrent la ville et s’engagèrent sur la plaine. Menra restait en arrière, la main de la fillette serrée dans la sienne. Il aurait aisément pu s’échapper mais il n’en fit rien, quelque chose le poussait à suivre le cortège. Il arrivèrent bientôt dans une grande vallée au centre de laquelle se trouvait un autel blanc, strié de coulures noirs. de Taza se tenait juste devant cet autel et une foule était massé tout autour sans doute les habitants de la ville. Seule une petite allée de marbre était dégagée, elle permettait de rejoindre l’édifice de pierre. La petite s’accrocha plus fermement à Menra. Les prêtres qui les avaient amenés jusque là s’écartèrent de part en part de la piste et les deux autres hommes approchèrent de l’autel. Menra poussa un soupir résigné et se détacha de l’étreinte de la fillette. Il lui prit les mains, se baissa, la regarda droit dans les yeux et fit non de la tête. Des larmes emplirent ses yeux et elle s’écarta en réprimant un sanglot. Le garçon rejoignit ensuite ses compagnons de cellule avec regret mais sans vraiment en avoir le choix. Taza se racla la gorge et déclara :
« Entend mes paroles, Ô grand Iteran ! Vois ceux que nous t’offrons et qui te supplient de leur accorder ton pardon ! Et maintenant, selon ton vouloir, je vais procéder au sacrifice de ce jeune homme qui a réfuté ton existence ! »
Menra compris que c’était de lui qu’il parlait et il se coucha sur l’autel avec un sang-froid effrayant. L’homme de foi leva le couteau rituel et s’apprêta à l’abaisser quand un bruit d’aile se fit entendre, aussitôt suivi par de nombreux cris puis, plus rien. Menra se releva avec ce calme qu’il avait adopté depuis son arrivé dans la plaine et se trouva être la seule personne debout. Tous les habitants s’étaient jetés par terre devant leur Dieu. Le grand griffon d’or qui était Iteran tourna ses yeux brillant vers le garçon.
« C’est pathétique, n’est ce pas ? »
Il comprit que c’était le soi-disant Dieu qui lui parlait dans son esprit. Il regarda les hommes qui se traînaient par terre tout autour de lui.
« C’est votre peuple, répondit il de la même façon
-Ils me considèrent comme leur Dieu.
-N’est ce pas vous qui l’avez voulu ?
-C’est exact, ainsi, je n’ai pas besoin de chasser, ils me servent ma nourriture sur un plateau, ou sur un autel devrais-je dire… »
Menra observa l’édifice et son regard se dirigea aussitôt vers des ossements qui jonchaient le sol.
« Les os humains sont trop durs pour être mangés.
-Vous êtes un Lemna, n’est ce pas ?
-C’est ainsi qu’on me nomme, dans certains endroits.
-Alors je vais devoir vous tuer, conclut le jeune homme, d’un ton décidé, implacable.
-Alors tu es Nessa em… fit le griffon pensivement. »
Et pour la première fois depuis le début de cette conversation, Menra exprima ses sentiments. Il afficha un regard étonné et finit par dire :
« Nessa em… j’ai souvent entendu ces mots, alors ils me désignent…
-Tu ne le savais pas ? Tu ne comprend pas le langage de ceux qui t’ont choisi ?
-Qu’est ce que ça signifie ? Je suppose que ce…nom a un sens, alors quel est il ?
-Il est assez difficile à traduire, ce pourrait être le sauveur ou bien le sacrifice.
-Deux mots qui ne se ressemblent pas…
-Non, en effet. Mais peu importe leur sens, ces mots ne signifient qu’une seule chose : nous devons nous battre.
-Alors battons nous ! »
Et ce fut comme si Menra redevenait lui-même. Il retrouva ses sentiments et sa mobilité. Il allait devoir battre ce monstre. Et il n’avait aucune arme en sa possession. Mais le griffon ne faisait pas mine de bouger. Le garçon se retourna et constata que ses armes avaient été amenés sur une petite estrade. Il s’en approcha et pris son épée et son bouclier. Puis il revint vers le Lemna et un combat titanesque débuta entre Nessa em et son ennemi au milieu de la foule terrifié. Le griffon ne s’envolait pas mais il était très agile et rapide. Menra ne parvenait que difficilement à éviter ses coups de patte mais n’arrivait pas à le toucher. Les deux adversaires commençaient à fatiguer quand un coup de queue atteignit le garçon de plein fouet. Celui-ci fut violemment projeter à terre. Il ne lui restait plus qu’un espoir : son médaillon. Il tâtonna autour de son cou mais ne trouvé pas la chaîne. On lui avait pris au même titre que ces armes.
Il se releva juste à temps pour contrer un féroce coup de patte de son bouclier. Celui-ci fut pulvérisé et le bras de son détenteur broyé sous la puissance du coup. Il s’effondra à nouveau, épuisé. Alors la patte du griffon s’abattit une dernière fois. Le sang gicla. Menra étouffa un cri comme les griffes du Lemna s’enfonçaient dans sa chair.