Chapitre 34 ( deuxième partie)
Ils sillonnèrent un couloir étroit, faiblement éclairé par quelques torches. Ils émergèrent bientôt par une étroite ouverture dans une petite pièce, elle aussi très sombre. Il constata avec étonnement qu’il n’y avait aucune torche ici, toute la lumière provenait du Taza lui-même. Le garçon observait cet homme si étrange. Il sentait un grand pouvoir émaner de lui et la lumière qu’il dispensait confirmait sa pensée. Taza était donc un titre et pas un nom, cela n’était pas si étonnant, le nom d’une personne qui semblait avoir tant d’importance aurait été accompagné d’un signe de distinction, le grand Taza ou Sa Majesté. Car il semblait bien qu’il occupe une fonction similaire à celle de roi. Menra secoua la tête et observa la pièce. Les murs étaient fait de pierres brutes et il avait la désagréable impression d’être dans une prison. La lumière du Saint homme suffisait à peine à l’éclairait, lui. Il ne voyait absolument rien et fut pris d’une peur irraisonnée lorsqu’une main lui saisit le bras. Il se retourna brusquement pour se retrouver face à une petite fille. Elle était très maigre, ces cheveux disparaissaient sous la saleté. Elle était vêtu de haillons crasseux et déchirés en de nombreux endroits. Mais ses grands yeux sombres exprimaient mieux que le reste sa douleur. Le garçon prit doucement la main de l’enfant et celle-ci s’effondra avec un petit cri. Il ouvrit de grands yeux, il ne pouvait pas lui avoir fait mal par ce simple geste !
« Comment oses tu, chienne ! »
Menra se retourna brusquement. Taza se tenait droit, son sceptre ponté vers la fillette, une expression de haine gravé sur la figure.
« Tu sera puni pour ton geste ! Je t’ai interdit de toucher à qui que ce soit ici, tu n’es là que pour les servir ! »
Il fit un petit geste avec son bâton et l’enfant poussa un gémissement de douleur.
« Arrêtez ! Vous êtes fou, ce n’est qu’une enfant ! Arrêtez ça tout de suite ! cri Menra »
L’homme le regarda sans comprendre, tout en continuant à blesser la fille par quelque magie. Menra porta alors ça main au coté, mais il n’avait plus son épée, il assena alors un grand coup de la main au bras qui tenait le sceptre, ce qui eut pour effet de faire lâcher prise à Taza.
Un grand silence s’ensuivit, seulement troublé par les sanglots de l’enfant. Les deux hommes s’affrontaient du regard. Taza finit par se baisser pour récupérer son sceptre puis, il soupira.
« Tu es encore jeune et déjà perdu. Il n’y a qu’un moyen pour sauver ton âme. Tu sera sacrifié en l’honneur de notre Dieu et, si tu as de la chance, il acceptera peut être de te pardonner. »
Menra ne répondit rien. Il était fou de colère. Taza repartir par où ils étaient venus et il y eut un bruit de tonnerre lorsqu’il referma la lourde porte bardée de fer. Ce n’est qu’au moment où le loquet fut fermé qu’une profonde détresse envahi Menra. Les mots de l’homme prirent tout leur sens. Prochainement, il allait être tué pour un Dieu qu’il ne connaissait même pas. Eh bien non ! Il trouverait bien un moyen de s’en sortir. Il s’approcha de la petite fille et lui tendit la main. Elle eut d’abord un mouvement de recul puis accepta timidement l’aide de l’homme qui l’avait déjà sauvé.
Ce devait être le soir, même s’il n’avait aucun moyen d’en être assuré. Il s’était attaché à l’enfant dès la premier jour et elle ne le quittait presque jamais. Elle ne parlait pas, sans doute n’avait elle jamais appris, mais ses yeux exprimaient bien plus que n’importe quel mot. Elle était une esclave et son devoir était de distribuer à manger aux « élus », s’est a dire à ceux qui devaient être sacrifiés. Il n’y avait pas beaucoup de ces « élus » cette fois, Menra partageait sa cellule avec deux autres hommes, des fanatiques qui se faisaient la plus grande joie de mourir ainsi et qui traitaient l’enfant avec autant de respect qu’un vulgaire chien. Elle se contentait donc de leur apporter à manger avant de revenir se blottir contre son nouveau protecteur. En effet, Menra s’était attribué ce rôle et les autres hommes avaient appris à l’aide d’un bon coup de poing que ce n’était pas une tâche qu’il prenait à la légère. Celui-ci donnait également la plus grande part de son repas à l’enfant qui acceptait craintivement d’abord mais avait finis par se rendre compte que Menra ne lui voulait que du bien. Il lui raconté son aventure et d’autres histoires qu’il connaissait et elle l’écoutait toujours attentivement. Il avait appris à déchiffrer ses expressions et savait répondre à ses questions muettes. Il lui expliqua même comment se servir de ses armes, ce qui la passionnait presque autant que les histoires.
Ce qui devait être un soir, il lui racontait son aventure avec le grand loup quand elle s’endormi tout contre lui. Il sourit alors et la prit dans ses bras avant de s’endormir à son tour.