Chapitre 32
Menra resta assis près de l’endroit où il avait tué Diona pendant un jour entier, ou peut être n’était ce qu’une minute. Il se releva ensuite et se dirigea vers Orssy, lui caressa l’encolure et murmura « merci ». Puis, sans un regard en arrière, il monta sur son cheval et repartit vers le soleil couchant. Et plus il s’éloigné de l’endroit maudit où il avait abattu le Lemna qu’il avait cru aimer, plus sa tristesse et sa mélancolie disparaissaient. Le pouvoir de Donia était psychique, elle avait créé le lac si beau, elle s’était servi d’une illusion pour déstabiliser le garçon, lui faisant croire qu’elle était capable de se régénérer et elle avait réussi à le plaquer au sol avec un simple geste. Alors après tout, peut être le sentiment qu’il avait éprouvé n’était lui aussi qu’une illusion, une manière de l’affaiblir. Le jeune homme soupira. Il avait perdu du temps en s’attardent avec la jeune fille. Perdu du temps… cette idée lui venait à l’esprit sans qu’il sache pourquoi, après tout il n’avait pas de délais pour accomplir sa quête.
Il s’arrêta au soir près d’un grand chêne et fit un feu. Il ruminait ses pensées de la journée. Cette notion de temps, c’était étrange mais elle continuait à le tarauder, comme si quelqu’un le poussait à avancer, à se dépêcher. Tout comme l’idée d’une quête à accomplir, après tout on ne lui avait rien demandé ! Mais dans ce cas, pourquoi voyageait il ainsi ? Pas par amour des voyages ! Non, il cherchait bel et bien quelque chose, quelque chose dont il ignorait encore tout. Il soupira, en partie de fatigue et se décida enfin à dormir.
Encore le même rêve, mais que pouvait il bien signifier ? Il pensait que c’était aussi une création de Diona mais cela faisait déjà neuf jours qu’il l’avait abattue, et ce songe revenait chaque nuit. Il était plongé dans ses pensées, comme souvent quand il voyageait sur Orssy, quand le cheval se cabra si soudainement qu’il tomba à la renverse. Il se releva précipitamment en tirant son épée pour découvrir que ce qui avait effrayé son compagnon n’était qu’un homme sans arme. Il portait une soutane blanche bordée d’or et avait le crane rasé de près. Il le regardait d’un air hautain, dédaigneux. Le cheval renâclait encore et Menra eu toutes les peines à le calmer. Puis l’homme s’adressa à lui :
« Qui es tu pour oser pénétrer ainsi sur les terres du Taza ?
-Je ne suis qu’un voyageur, fit Menra, quelque peu décontenancé par le ton ferme de l’homme.
-As-tu supplié Taza de t’accorder la faveur de pouvoir fouler ses terres ?
-Non, je n’ai demandé à personne, et je ne sais même pas qui est ce Taza dont tu parles ! reprit le garçon, de plus en plus troublé. »
L’homme ouvrit de grands yeux étonnés et dit avec autorité et colère :
« Comment oses-tu ! Ton ignorance sera ta perte ! Mais dans ma grande bonté, je t’autorise à rencontrer Taza s’il le veut bien, il serait toutefois étonnant qu’il ai pitié d’un ignare et non fidèle ! »
Sur ces mots, l’homme se retourna et partit d’une étrange démarche. Menra décida de le suivre. L’idée d’un exécution n’était pas très agréable mais il souhaitait rencontrer ce Taza qui semblait si puissant. Il caressa l’encolure de son cheval et celui-ci fini par suivre à contrecœur l’homme qui l’avait effrayé.
« Encore un autre sujet de réflexion, pensa Menra, Orssy n’a pas peur d’assommer un Lemna ou un monstre mais ce simple homme le tétanise ! »