Chapitre 28
Le vent soufflait de nouveau. Enfin. Les cendres, seuls vestiges des monstres qui les avaient tant fait souffrir, le vent les dispersait. Mais nul ne bougea. Si il n’y avait eu ce vent, on aurait pu penser que le temps s’était figé. Tous observaient Menra. Dans leurs yeux se lisait un sentiment de crainte et de stupéfaction. Le jeune garçon ne bougeait pas non plus, il avait toujours une main en avant et l’autre resserré sur son médaillon et, pour une fois, le choc de la lumière du monstre le pénétrant ne l’avait pas fait vaciller. Mais, tout doucement, comme si une force le retenait, il s’affaissa et se trouva bientôt à genoux, tournant le dos aux hommes. Alors, le capitaine se ressaisit et s’approcha prudemment du garçon. Celui-ci comprit la question muette du soldat :
« -Je ne sais pas, fit il d’une voix neutre. Je ne sais pas ! répéta il en sanglotant cette fois. »
Il regarda l’homme qui était à côté de lui et se releva maladroitement :
« Ecoutez, je vous l’ai dit ! Je suis passé par de nombreux dangers au cours de mon voyage. J’ai une quête à accomplir, je ne sais pas quelle elle est mais je dois l’accomplir. Et je crois… je crois que ces choses, les Lamna , ou Ashma si vous préférez, je crois qu’elles font partis de ma mission. Alors je vous en prie, ne me poser pas de questions sur une chose que moi-même je ne peux comprendre. »
Un long silence suivit ces propos, puis le capitaine déclara :
« Je pense vous comprendre, et je sens que vous ne me mentez pas. Ainsi, je vous laisserez accomplir votre destin, et mieux, je vous aiderez si je le peux.
-Merci, je vous remercie mille fois mais je crains que vous ne puissiez rien faire pour moi. Je ne souhaite pas emmener des hommes à la mort, et elle croisera plus d’une fois mon chemin, encore. Non, je vous demande simplement de prendre soin de votre village.
- Vos paroles m’inquiètent mais j’écouterais votre demande. Mais laissez moi au moins vous offrir de quoi vous nourrir.
- Oui, merci, cela je l’accepte avec joie. »
Ainsi, le débat fut clos. On apporta à Menra des vivres, de quoi tenir quinze jours au moins. Il remercia encore une fois ses hôtes et s’éloigna alors que la nuit se levait dans le ciel encore clair de cette triste journée.
Il se dirigea vers l’ouest, car il savait qu’il n’y avait rien au nord a part de vastes plaines désertes. Le sud, il en venait et l’est ne ferait que l’éloignait plus encore de sa patrie. Il pris cette décision sur un coup de tête, du moins était-ce ce qu’il croyait. Il pensa avoir bien choisis, plus il avançait et plus il faisait beau et chaud. Devant lui, la plaine herbeuse s’étendait sans fin et cela lui rappelait son pays. Des souvenirs qu’il croyait oubliés depuis longtemps refaisaient surface dans son esprit. Il repensa à ses amis avec qui il avait passé tant de bons moments, à jouer au héros ou à faire des mauvaises farces aux « grands » comme ils disaient. Il repensa à son grand-ère et à ses bonnes histoires qui le faisaient tant rêver. Il pensa à son père, aux chasses qu’ils avaient effectués ensemble alors qu’il n’était qu’un enfant. Il pensa à toutes ces choses, si belles, toutes ces choses qu’il n’oublierait jamais. Il rêvassait sur Orssy qui marchait tranquillement au pas, s’arrêtant de temps à autres pour brouter. Ses souvenirs lui revenait, de plus en plus anciens, il vit même une femme qu’il crut reconnaître et qu’il n’avait jamais vu pourtant. Elle lui faisait un grand sourire. C’est alors qu’il ne vit plus rien, tout était noir, il ne pouvait plus sortir de ses pensées et une voix qu’il ne conaissat que trop bien lui parla :
« Dépêche toi jeune Menra ou il sera trop tard, et tout ce qui a été accompli aura été inutile.»