Bon, plus sérieusement, je viens de lire le premier message du topic de Docom.
Et je n´aurais qu´une chose à dire: bravo mon gars!
Tu sembles t´inquiéter de ne pas avoir d´opinion. Moi, ce qui me semble inquiétant, c´est justement qu´on en vienne à s´inquiéter quand on a pas d´opinion.
Car ce qu´on envie, chez celui qui en a une, ce n´est pas tant l´opinion elle même que ce que sa défense acharnée suppose: une solide confiance en soi.
Et la confiance née de l´opinion est une plaie, parce que l´opinion elle-même est une plaie, en cela qu´elle exclut la raison. Gaston Bachelard disait "l´opinion pense mal; l´opinion ne pense pas".
Il faut en effet apprendre à distinguer l´opinion de la conviction: la première ne s´explique pas, tandis que la seconde est l´aboutissement d´un raisonnement rigoureux qui permet le mieux l´approche de la vérité (à condition de faire preuve de bonne foi dans sa réflexion, ce qui est déjà loin d´être gagné à une époque où l´on se ment souvent à soi-même de façon inconsciente).
Oui: l´opinion ne s´explique pas et exclut la raison, car elle préfère la réponse à la question. Lorsqu´on expose son opinion, la démarche se résume davantage à "voilà ce qu´il faut penser" que "voilà pourquoi je pense ceci". Une grande erreur est de s´en remettre sans cesse aux autorités intelectuelles supérieures pour "savoir" ce qu´il faut penser. Dans notre société de gavage d´informations, chacun dispose de suffisamment d´informations sur la plupart des débats majeurs de notre époque pour se faire son propre avis en usant de sa raison et de sa bonne foi.
Ton attitude d´indécision, finalement, se rapproche bien plus de l´attitude philosophique que celle des grands sages autoproclamés qui prétendent tout savoir. "Tout ce que je sais, c´est que je ne sais rien" affirmait Socrate. Sans pour autant t´assimiler à lui, on peut sans problème déclarer que tu fais preuve du même bon sens.
Attention, cependant: le fait de ne pas savoir défendre son point de vue, s´il est souvent révélateur du manque de fondement de ce dernier, peut aussi être une faiblesse intelectuelle. Du moment que ta réflexion peut être décomposée en une suite logique d´arguments, tu peux et du dois être capable de les restituer à ton interlocuteur pour essayer de le convaincre.
Autre remarque: dans nos sociétés soutenant aveuglément la sacro-sainte démocratie, on est souvent tenté de former le sophisme suivant: "puisque c´est l´avis du plus grand nombre qui est pris en compte, le plus grand nombre a toujours raison". C´est évidemment une erreur. Si ton point de vue est fondé, tu ne dois pas te laisser impressioner par une dizaine d´interlocuteurs (ou plus), qui, en t´affirmant que tu as tort, te feront changer d´avis à cause de leur nombre. Certains philosophes comme Pascal prétendaient même qu´il vaut mieux préférer l´isolement intelectuel que se frotter à une quantité de gens qui ne réfléchissent pas.
Je ne vois rien d´autre à ajouter ^^