J'ai dit au début du topic que quand mon père est parti, à 70 ans, j'en avais que 19.
Je viens de relire ton sujet entièrement Titi. Les réactions sont plutôt rassurantes et démontrent qu'à 95%, les gens ont conservé leur dignité d'être humain.
J'étais tellement jeune quand il est mort ...
Il a été "malade" pendant 6 longues années avant de nous quitter et ce qui est affreux, c'est qu'on s'habitue.
On s'habitue aux séjours à l'hopital, on s'habitue au médecin de famille qui vous dit "mon garçon, ton père est une force de la nature. Le traitement que je lui donne, même un cheval ne le supporterait pas".
Et l'habitude crée la lassitude. On en était venus à se relayer avec ma mère pour aller le voir à l'hopital, un jour sur deux en osant jamais s'avouer que s'il partait, ce serait un soulagement.
Je me souviens qu'un an avant la fin, lors d'un de ses innombrables séjours hospitaliers, il m'avait donné son dernier paquet de "Celtiques".
-"Tiens, fiche ça en l'air, je ne veux pas faire comme les autres, fumer aux chiottes, je préfère arrêter".
A la fin, assommé par les drogues, il n'ouvrait plus les yeux et délirait en chuchotant, ça a duré un mois. Et la dernière fois que je suis allé le voir, je me suis assis à côté de son lit comme d'habitude et ... il a ouvert les yeux et m'a fixé pendant cinq secondes. Je sais qu'il m'adorait mais, Seigneur, je n'ai jamais lu autant d'amour dans un regard.
Quand j'ai quitté l'hôpital, j'ai stupidement pensé qu'il allait peut-être mieux. Il a cessé de lutter le lendemain à 6 heures du matin.
Alors, même si je compte toujours tout (!) je n'ai pas fait comme toi, titi, un décompte précis, horloger ... mais à chaque fois que je pense à lui, c'est à dire chaque jour, je m'en veux pour tous ces moments où j'ai pu être désagréable avec lui, où je lui ai désobéi, où je l'ai peut-être rendu malheureux.
Je sais trop bien comme on peut être con à l'adolescence, mais ça fait rien, je m'en veux et personne n'a réussi à me débarrasser de ça. Oh, rien de grave, mais l'avoir laissé partir sans lui avoir demandé pardon pour certaines choses ... c'est irréparable. Ca fait quarante ans, ça me taraude toujours.