Quelques poèmes:
Les éphélides
J'aimais leur peau blanche constellée d'éphélides
Et quand je regardais l'ébène au fond du jour
Chargé des poussières, d'argent et de velours,
Je pensais à ces corps dont j'étais si avide.
Ils étaient le pendant terrestre au firmament
Lisse et doux comme l'infini. Derme d'ivoire
Qu'on voudrait caresser pour y apercevoir
Tout au fond peut-être, le secret des amants.
Je me souviens du goût qui coulait sous mes lèvres
Quand j'embrassai ces masques de chair saupoudrés
De sucre d'orge au vent de miel. Céladon, ivre
De ces voluptés aurait oublié l'Astrée.
Ces voies lactées efflorescentes nous apprennent
A nous enlacer sans jamais nous en lasser..
Comme s'il nous suffisait de les embrasser
Pour qu'un amour effervescent nous y reprenne.
Poème d'enfance: Les vieux amants
Nous chantions la jeunesse et bravions la folie,
De nos espoirs embrassés, rue de Rivoli.
Et chacun de tes regards éveillait mon cœur,
Quand je n'avais moi, pour le tien, que quelques fleurs
Tu éclairais mes nuits via l'aube des matins
Qui nous réveillent en douceur des longs sommeils
Sous tes doigts faits pour les caresses du satin.
Et les jours après jours s'écoulaient sans pareils...
Nous vivions sans arrêts, selon nos lois,
Avec pour seuls juges, nous mêmes accusés.
Notre avenir avait le passé récusé
Par son seul soucis des bâtisses de nos choix.
Tu éclairais du Zénith mes nuits ajournées
Tel un monde onirique au cycle suspendu,
Un instant, sur un bout d'infini répandu,
Qui se serait sur ton sourire retourné.
Nous sommes aujourd'hui bien plus près des étoiles,
D'un univers ouvert, confiné au paisible.
Sans avenir, nous sommes devenus la cible
Du temps qui voudrait sur tes yeux poser son voile.
Tu t'égares seule au-delà du crépuscule,
Pour devenir l'éclat du Nord dans les hauts soirs,
Qui attrape mon regard perdu dans le noir,
Et l'accroche au miroir de mes peurs qui reculent.
Les cordes de la lyre d'Apollon
Ces femmes d'exception, qui venaient me hanter,
Ces si fragiles fées, que je nommais mes muses,
C'était mon monde et sans elles, qui en abusent,
Il n'y avait plus que les oiseaux pour chanter.
Car c'est sur leurs lèvres que je trouvais mes vers,
Comme si suffisait leur sourire à tout dire,
Et leurs yeux de bronze à conquérir un empire
Sur les pages vierges du parler des trouvères.
Céline qui, de toutes est la plus câline
Sut m'inspirer les mots, qui jusqu'alors n'étaient
Pour moi que des contes pour enfants trop distraits:
Seule à m'avoir dompter par sa grâce féline,
Elle était une amie, bien qu'unique à m'aimer,
Femme d'exception, qui aperçu sous le masque
La part d'un homme qui se cachait sous ses frasques..
J'étais nu sous ses mains, qu'elle m'avait confiées.
Coraline, elle, avait le regard des absents
Tout entier détourné par une encre de chine,
Où puisait ma plume une lointaine origine,
Source mystérieuse d'un bonheur indécent.
Sous ses grands airs, il n'y avait qu'une gamine
Pour qui l'azur avait ses limites abolies.
Femme d'exception qui nourrissait ma folie
Des caprices de l'infini qu'on imagine.
Pauline aussi m'emmenait dans un monde à part
Sur les planches d'un théâtre qui me fascine,
Fait de masques improvisés où se dessinent
Les héros de ces rêves qui nous accaparent.
J'étais son héros et elle mon héroïne,
Ma drogue dure, aussi douce que les mots
Qu'on ne voudrait jamais dire qu'à demi-mots.
Femme d'exception aux illusions féminines.
Mais ces traits d'Apollon s'éclipsent au contact
Du bleu d'une lune opaque aux rayons sans matière.
L'aura colorée des entrailles de lumière
Surgit de cette roche éventrée, bien qu'intact.
Et mes mots et mes sens puisent là leur merveille,
La fantaisie humaine emplie d'une routine
Capiteuse atmosphère à l'entour de Delphine,
Où l'infini réside en son cœur en éveil.
Et je comprends maintenant les mythes antiques :
La Mémoire donna naissance à ces déesses
Pour toutes ces amours qui nous délaissent,
Sur les pages vierges des espoirs hérétiques.
Un ange noir dans le ciel
En haut le poing levé, dansait un anarchiste
Il menait, dans le ciel bleu, sa propre révolte
Sa colère brûlait les airs de mille volts,
Pour qu'aucune poussière jamais n'y subsiste.
Plus qu'un rêveur, il avait le cœur d'un artiste,
Récréant l'infini par les courbes et voltes
Qu'il dessinait de ses virtuoses virevoltes.
Il vivait dans un monde où rien ne lui résiste,
Et volait dans le ciel les ailes des oiseaux,
Car les vents le suivaient sans s'en apercevoir...
C'était un ange! Au regard gris, aux plumes noires,
Qui plongeait dénudé dans les célestes eaux.
Si tu avais levé les yeux, tu aurais vu,
Que c'était vers toi qu'il avait les bras tendus.
La putain du bon dieu
A genoux dans l'obscénité, elle priait,
Psalmodiant des mots d'amour gravés dans la chair,
Qu'elle dédiait à des chérubins amers,
Ailes noires, qui devant elle s'enfuyaient.
Elle n'avait que vingt ans mais déjà quelques rides.
C'était une putain, une fille de rien,
Survivante à la rue, entourée de vauriens
Qui ne voyaient sous ses yeux ses larmes arides.
Se résignant sous l'oppression de ses amants
Sans visages ni noms, mais l'argent en échange,
Ses lèvres trop rouges souriaient tendrement.
Elle confiait son corps au diable et son âme aux anges.
A la fin, quand le jour repoussait de ses nuits
Les visiteurs importuns, la pucelle abattue
Couvrait son corps des draps usés de sa vertu
Par les vices et l'odeur souillé de l'ennui.