20h00. La pénombre s´est installée. Les étoiles s´allument une à une, éclairant d´une lueur vive ses yeux emplis de tristesse. Les yeux de l´enfant fait amour. L´enfant aime. Il pleure. Ses yeux sont chargés, son sourire est triste. Il vogue en apprenti amoureux à travers ce voile de nuées qui recouvre peu à peu son coeur. Il recherche dans cette inquiètante obscurité une main. Celle de l´Ange qui frappera. Sa main l´a déjà frappée au coeur, il attend le second coup. Fatal. Celui dont on ne revient pas, mais celui qui ne fait pas souffrir eternellement. L´enfant veut apprendre, il réflechit et compare. Il observe. Il rigole mais ne sourit plus. Il veut une chance, il veut prouver. Il aime. Il a tant d´amour à offrir. Chaque soir, son esprit vagabonde par delà les sphères étoilés. Il rejoint les séraphins. Ou cherche à les rejoindre, mais plus il s´en approche, plus son âme s´écorche. Doucement, il tente de refermer ses plaies, mais les larmes de sang ne tarissent jamais. Jamais. Alors chaque jour, le petit enfant se traine, lentement, il marche pieds nus, à travers les plaines, les champs, les sables enneigés et les forêts ethérées. Mais pourquoi ? Parce que c´est là son destin. La fatalité s´est abattue sur lui comme la foudre de Zeus s´abbat sur ses ennemis. Faisant de ses rares moments de répis des souvenirs aussi vagues que singuliers. Il ne vit plus, il survit. Il ne cherche plus, mais recherche. Il ne voit plus, mais cherche à revoir. Sa bouche est sèche, son coeur est vide, son esprit n´est plus.
La mer, vierge aux mille secrets le regarde. Par delà ses eaux purs, des centaines de promesses le contemple. Echangées, trahies, respectées, annulées ou tout simplement reportées. Le spectre de la mort l´énivre, l´enfant ne sait pas ce qu´est que mourir, mais il souffre. Il pleure. Il hurle son déséspoir à la mer qui lui répond vaguement. Alors il regarde au loin, et aperçoit la nature dans ce qu´elle propose de plus pur : Les arbres, les étangs, les cascades et les cavernes de cristal. Il s´en approche, tente de les toucher. Il retire sa main, la froideur l´horrifie. Seul parmi ces ombres, ses ombres, il recherche, en vain. Ses yeux se troublent, bientôt il ne sera plus qu´un souvenir. Son corps rejoindra la terre, son esprit rejoindra les cieux mais son coeur restera à jamais dans l´antre de la jeune fille. Laquelle ? Il ne le sait point. Sait-il seulement s´il l´a aimé ? Si elle l´a aimée ? Peu importe. L´enfant escalade les falaises, pieds nus, et recherche l´apaisement. Il s´asseoit près d´un rocher, et regarde attentivement le jour qui se lève. Il observe les couleurs nuancées de l´aurore, et il se prend à rêver. Doux songes que ceux de la jeunesse. Ils parfument la vie d´ambre et confine à la douleur une aura de douceur. Il regarde, attentivement, la goutte de rosée qui s´échappe de la rose fanée comme une larme s´échappe d´une joue ridée. Et il pleure. Parce qu´il a mal pour cette fleur. Cette dernière, symbôle de l´amour, qui ne resplendit pas de manière éternelle. Pourtant, il le souhaitait. Sincèrement. Mais l´enfant apprendra bien vite que les songes ne sont là que pour énivrer, on ne court pas après un rêve pour qu´il se réalise, mais pour prolonger la joie de vivre qu´il nous procucre.
Il se relève, et repart. Las. Nu de tout espoir en ce monde de sempiternelles glaces. Les oiseaux chantent, lui se tait. Les loups se figent, lui se meut. Les gens se retrouvent, lui est perdu. Le soleil fixe le monde, lui a le regard vide. Il tient dans ses frêles mains la rose cueillie par amour. Elle a perdue sa couleur amoureuse. Son odeur réconfortante. Elle a fanée, lui aussi.