Chapitre 1 : Première sortie.
Alors que Kylann s’exerçait tout seul dans sa chambre, quelqu’un cogna à la fenêtre. Il sursauta et se retourna brusquement. Il se calma en voyant que ce n’était que Yule, son meilleur ami. Yule portait toujours une longue tunique bleue et avait les cheveux étrangement blancs. Personne ne savait réellement d’où venaient cette apparence vestimentaire et cette chevelure blanche. On avait tendance à penser qu’il était né comme ça. Mais il n’en était rien. Cette apparence étrange venait du fait qu’il était originaire du peuple des Ragones. D’après les livres les concernants, tous les Ragones étaient comme ça. Et rares étaient ceux qui faisaient exception. Mais ce qui rendait Yule si intéressant aux yeux des autres, c’était son intelligence, sa capacité à prendre une bonne décision en très peu de temps, la vivacité de son esprit. Et pour courroner le tout, il portait un symbole violet dans l’arrière de la nuque. Bref, Yule était un personnage vraiment différent des autres habitants de ce village.
Kylann se leva d’un bond et alla lui ouvrir. Yule avait une expression de gaieté folle dans le visage.
- Kylann ! Vite, rejoints-moi dehors ! s’exclama-t-il, la fenêtre venant tout juste de s’ouvrir.
- Hein ? Qu’est-ce qui se pa…
- Vite ! Dépêche-toi !
Et avant même que Kylann n’ait pu ouvrir la bouche, Yule se trouvait déjà devant la porte d’entrée. Il se rhabilla rapidement et sortit.
- Bon, qu’est-ce qu’il y a ? s’empressa de demander Kylann.
- Il y a qu’un nouveau gars est arrivé au village, il s’est installé à l’auberge de Tusk !
- Oui, j’en ai entendu parler…
- J’te jure, il est incroyable ! Il porte une grande épée dans le dos et…
- On va le voir ? trancha Kylann, avec un large sourire.
- J’allais justement te le proposer !
Et ainsi, ils se rendirent tous deux à l’auberge, Yule lui racontant ce qu’il avait appris de l’inconnu. Enfin, ils arrivèrent à l’auberge et virent l’homme assis à une table, en train de boire une chope de bière. Et effectivement, il portait une épée gigantesque dans le dos, et un long bandana blanc venait couvrir le haut de son visage. Il était d’ailleurs habillé de blanc, de la tête aux pieds. Comme il était de dos, les deux garçons ne pouvaient pas voir son visage. Alors Kylann eut une idée. Il emmena son ami derrière quelques caisses vides, afin de parler sans peur d’être vu.
- Tu as déjà vu son visage ? demanda Kylann.
- Non, à chaque fois que je tente de m’approcher, il est toujours dos à moi, répondit tristement Yule.
- Bon, je sais ce qu’on va faire. Alors voilà, toi, tu vas…
Soudain, un cri terrifiant surgit d’une des nombreuses maisons du village. Tous les habitants cessèrent pendant un instant leurs activités, et, voyant que le cri venait de la maison du maire, tout le monde s’y précipita. Et bientôt, une ronde d’une centaine de personnes se tenait tout autour de la maison la plus respectée du village. Le premier à pénétrer dans l’habitation fut un garde qui tenait son épée comme s’il s’apprêtait à attaquer un ennemi imaginaire. Et alors, sous les pleurs du maire, le garde parla.
- Monsieur le maire, monsieur le maire ! Qu’est-ce qui ne va pas !
Le maire releva lentement la tête, laissant découvrir son visage trempé de larmes.
- Ma… Ma fille ! Elle… Elle est… !
Puis, sans en dire plus, il replongea son visage dans ses mains et continua à pleurer. Alors, le garde ne parla plus, et, doucement, il fit sortir la foule qui s’était accumulée autour de la petite maison. Une fois dehors, tout le monde se rendit dans la salle du Conseil du village. Le chef des gardes, entouré de ses hommes, se mit alors à parler gravement à la population.
- Bien. Je vous ai rassemblé ici dans l’espoir que nous retrouvions la fille du maire et que nous sachions enfin ce qui lui est arrivé. Le maire s’est enfermé dans sa chambre, et il pleure depuis le début de l’après-midi. Inutile d’insister, il ne parlera pas. C’est donc à nous de chercher ! Que chacun des habitants du village fouille les alentours du village, nous finirons bien par trouver quelque chose ! Nous, les adultes, nous irons fouiller la partie nord du village ; c’est la plus dangereuse. Vous, les enfants, vous irez au sud, dans les forêts qui sont habituellement paisibles. Elle s’y est peut-être perdue, dit le garde, se levant de sa chaise. Bien, que les recherches commencent !
- Moi avec Javrek ? Jamais ! lâcha Kylann.
- Ecoute, on n’a pas le choix et…
- Tu crois que ça m’enchante ? râla Javrek. Je préfère encore y aller seul !
- Javrek, nous devons être quatre par groupes d’enfants, le garde l’a dit ! s’exclama Kitya. Et il nous a mit tous ensemble, il n’y a pas à discuter !
- Voilà, c’est ce que je me tue à vous dire, à tous les deux ! cria Yule.
Les deux « rivaux » semblèrent réfléchir. Puis, enfin, ils se décidèrent.
- C’est d’accord, mais il est hors de question qu’il me donne des ordres ! Je ferai ce que j’veux ! dit Kylann.
- Ah non, tu ne vas pas commencer ! Le garde a dit…
- Je me fiche de ce qu’a dit le garde, je ne lui obéirai pas ! On restera groupé, mais il ne me donnera pas d’ordres !
- BON !
Au cri de Kitya, les trois garçons sursautèrent.
- On se met tous les quatre et on va dans la forêt du sud, comme l’a dit le garde, il n’y a pas à discuter !
- Euh, o… oui Kitya… soupira Kylann, qui paraissait tout d’un coup beaucoup plus gentil.
Et, le groupe formé, les quatre enfants se mirent en route vers la forêt du sud, tous armés de grands bâtons.