CHAPITRE 21 : Aoutch ( j’aime pas donner des titres en fait)
Koen ferma les yeux, comme pour savourer cet instant où il allait mourir, comme ça, où il allait s’effacer d’une vie qui, dès le départ, n’avait pas de sens. Mais soudain, des images apparurent dans ses pensées, ces images de feu et de sang qu’il voyait si souvent en présence de Seiroth.
- Qu’est ce que c’est… ? murmura-t-il.
Il ressentit une vive douleur au crâne, tenta d’ouvrir les yeux mais sa vision se brouilla. Il ne sentait plus son corps, il avait l’impression de s’en être évader, d’être une âme errant dans l’air. Puis soudain, quelque chose – ou quelqu’un – lui attrapa l’épaule avec brutalité. La sensation de douleur ne se fit que plus intense, comme s’il avait regagné son corps, comme on fonce dans un mur, avec violence. Il eut l’impression que son corps se souleva. Il avait toujours les yeux fermés, n’arrivant pas à les rouvrir.
Soudain, son corps entra en contact avec quelque chose de dure. Il ouvrit brusquement les yeux. La douleur n’était plus là, la chose l’avait lâché, l’air ne sifflait plus à ses oreilles. Il était couché sur le sol. Il se retourna sur le dos. Il se trouvait sur une corniche dans la montagne, sûrement à Therion. Debout au dessus de lui, Seiroth.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Koen.
- Tu as effleuré les lèvres de la mort, murmura Seiroth.
Il se caressa le visage d’une main.
- J’aime son odeur. Elle me rappelle celle du sang.
Il se tourna, dos à Koen.
- Je crois qu’elle a lâché ma main, fit Koen.
- Non, c’est toi qui la lâchée.
Koen acquiesça. Quelque chose se passait entre eux, quelque chose d’étrange, un lien, une fusion. Seiroth sortit son épée.
- Elle, elle a faim, souffla-t-il.
- Swallow aussi, elle appelle.
Seiroth sourit avec froideur, puis s’approcha du bord de la corniche, regardant apparemment dans le vide.
- Ils t’attendent, chuchota Seiroth. Je crois qu’ils ont besoin de toi.
Koen se leva en prenant Swallow avec douceur. Il s’avança vers Seiroth, suivant son regard. En dessous d’eux, le lieu où menait le pont. Et puis… Hilwan. Marco. Sakis. Trois hommes. Il se souvint de ce qu’il s’était passé avant sa chute. Sakis semblait blessé : il était assis par terre, la tête entre ses mains. Marco était accroupi derrière lui, tremblant. Hilwan était debout pas loin d’eux, parlant à l’un des trois hommes avec animation. Soudain, l’un des deux autres types pointa son doigt vers Sakis, une légère lumière entourant son doigt. Sans attendre plus longtemps, Koen sauta dans le vide après avoir ranger Swallow dans son dos.
La chute fut courte. Sa veste se souleva, l’air siffla à ses oreilles. Puis ses pieds touchèrent doucement le sol. Juste un froissement – celui de ses vêtements – se fit entendre, mais l’un des trois hommes, un type très corpulent avec un visage grassouillet, l’entendit car il se tourna vers Koen.
- Qui t’es toi ? agressa-t-il.
- Un homme avec des dents pour mordre, des ongles pour griffer, une bouche pour cracher et un cœur pour haïr. J’te retourne pas la question car j’en ai rien à foutre.
L’autre ouvrit grands ses yeux, surpris par cette réponse. Puis, il fronça les sourcils.
- Comment tu me parles espèce de mollusque ? brailla-t-il. Je vais t’apprendre à respecter les Sheria.
- Pas le temps de respecter moi.
Le Sheria fit craquer ses doigts et s’approcha de Koen.
- Je vais t’exploser toi, cracha-t-il. Je vais t’apprendre à me respecter, pauvre tâche.
- On peut savoir pourquoi vous vous montrez si agressif ? cria Hilwan.
- Pasque Monsieur n’est pas capable de se retenir de frapper sur tout le monde pendant une journée entière, fit un Sheria qui devait être une fille vu sa voix.
- Qu’est ce que vous faites paumés dans les montagnes ?
- On nous a chargé de surveiller les allés et venus entre l’Albion et Therion, répondit le gros Sheria.
- T’étais obligé de répondre triple buse ? râla la jeune Sheria.
Koen afficha un sourire dément exprimant autant de froideur que de moquerie.
- Votre manque de professionnalisme est pathétique, murmura-t-il.
- Je vais te faire regretter d’avoir ouvert ta gueule toi ! hurla le Sheria.
Il courut avec lourdeur vers Koen, le poing serré au-dessus de son épaule. Quand il fut à un mètre de Koen, celui-ci s’écarta d’un pas sur le côté. Pris dans son élan, le Sheria continua tout droit en allant s’écraser contre la roche qui formait la corniche de laquelle Koen avait sauté. Marco éclata de rire tant cette scène était pitoyable. Le gros resta assis par terre, essayant de reprendre ses esprits.
- Mais quel imbécile, grogna la Sheria. Allez venez on y va, maintenant que le pont est foutu on n’a plus rien à faire ici.
Les deux Sheria encore debout s’avancèrent pour soutenir le gros.
- Vous perdez rien pour attendre vous, gueula le gros. Z’avez de la chance que mes coéquipiers sont si minables.
La Sheria lui balança son pied entre les jambes et il hurla de douleur. Le deuxième Sheria le soutint avec difficulté pour qu’il puisse marcher. Ils s’éloignèrent vers un petit sentier qui s’enfonçait dans les montagnes.
Hilwan les regarda partir, puis s’approcha de Koen.
- Merci beaucoup, dit-il. Ce gros abruti voulait vraiment nous tuer. Il a blessé Sakis.
- Ouep, fit Marco. Les deux autres ont voulu le retenir, mais ce boulet est trop stupide pour comprendre quoi que ce soit.
- Quoi qu’il en soit, comme la blessure de Sakis n’est pas trop grave, on va pouvoir continuer. Il faut traverser ces montagnes. Il y a une petite ville pas loin, nous pourrons nous reposer là-bas. Nous devons nous incruster discrètement chez les Sheria pour mieux comprendre ce qu’ils cherchent et les éventuels dangers que ça peut provoquer.
- J’ai maaaaal, se plaignit Sakis.