CHAPITRE 20 : La chute
Le petit groupe s’était mis en marche sur un chemin caillouteux qui menait au pont entre l’Albion et Therion. Le paysage était très nu, désertique. Ils laissaient derrière eux les forêts entourant Knothole Glade.
Koen avait l’esprit ailleurs, quelque part là-haut, dans les airs. Il pensait. Il rêvait. En un regard, cette fille l’avait foudroyé. Il se sentait faible, destructible, mais tellement bien à la fois, bercé. Au fond de lui cependant, quelque chose lui faisait mal, lui déchirait le cœur, le brûlait, lui donnait envie de pleurer, de hurler, sentiments qu’il n’avait jamais connus.
« Je ne la reverrais plus jamais » pensa-t-il.
Il venait de faire connaissance avec la douleur moral, celle qui blesse encore plus profondément qu’une griffure, qu’une morsure. Celle qui obsède, qui bouffe, qui détruit. Le mal, celui qui apporte la souffrance, celle qui donne envie de crever. Il avait envie de se retourner, de courir en arrière, de la retrouver.
« Et si je fais ça, qu’est ce que je ferais une fois devant elle ? »
Il se sentait fou. Fou de vouloir abandonner cette existence avec ce petit groupe de mercenaires de l’ombre, ces justiciers pas très moraux, tellement mal organisés et paradoxaux, mais si attachants en même temps. Fou de vouloir faire demi tour, fou de vouloir courir après une inconnue.
Une voix le coupa dans ses pensées.
- Oh tu m’entends ? Koen ?
Koen regarda autour de lui. Hilwan, Marco et Sakis le regardait attentivement, tout en marchant.
- Pardon, dit-il. Je pensais à quelque chose
- Je ne sais pas ce que c’était, mais ça avait l’air profond, sourit Marco.
- On arrive bientôt, fit Hilwan avec sérieux.
Koen leva la tête. Devant lui, il y avait un petit pont de bois qui n’avait pas l’air très solide. Apparemment, le pont menait à une montagne Therionienne, une montagne dont le pic étaient enneigé. En voyant ça, leur voyage jusqu’à Therion n’apparaissait pas comme de tout repos…
- Pfiou, on est mal barré avec toute cette neige, fit Marco.
Ils s’approchèrent du pont. Il était formé de planches de bois attachées entre elles grâce à des cordes et des clous, pas très solide donc. En dessous, il y avait un gigantesque gouffre dont le font était caché par une épaisse couche de brouillard. Il faisait plutôt froid.
- On traverse ? questionna Sakis.
- Evidemment, répondit Hilwan. Tu voudrais pas qu’on poirote ici jusqu’à ce qu’ils créent un pont plus solide quant même ?
- Pas question que je marche sur ce truc, ça m’a l’air trop casse-gueule.
- Bon, alors nos chemins se séparent ici. Venez les autres, on n’a pas le temps de discuter.
Ils se remirent en route, laissant Sakis à sa réflexion « To do or not to do ». Puis, comme Marco l’avait fait dans Darkwood, il se mit à courir en leur hurlant dessus. Hilwan arriva devant le pont, hésitant. Il n’avais pas envie de prendre trop de risque. Néanmoins, ils n’avaient pas trop le choix, c’était le seul endroit où l’on pouvait passer de l’Albion à Therion, à part en utilisant des Kairi, évidemment.
Doucement, Hilwan posa un pied sur la première planche du pont, s’appuya légèrement, puis voyant que c’était plus solide que ça en avait l’air, il posa délicatement le deuxième pied.
- Ca m’a l’air plutôt résistant, dit-il. Faites attention quand même. On va passer un par un, pas besoin de prendre de risques. Koen, passe en dernier.
Koen acquiesça. Hilwan s’engagea alors sur le pont. A chacun de ses pas, le pont tanguait de droite à gauche, sans pour autant faiblir. Arrivé au milieu du pont, il accéléra le pas. Il arriva sans encombre jusqu’à l’autre côté, puis fit un signe de mains aux autres pour qu’ils le rejoignent. Marco s’engagea alors, avec un petit clin d’œil en direction de Koen. Il arriva rapidement sur l’autre bord. Sakis semblait trembler de tout son corps. Il tourna un regard apeuré vers Koen.
- Tu… tu ne veux pas passer avant moi ? bafouilla-t-il.
Koen fit « non » de la tête, impassible. Terrorisé, Sakis s’avança sur le pont. Puis, en regardant Koen, il gémit :
- J’ai peur du vide…
Koen hocha les épaules, totalement indifférent à la panique de l’autre. Sakis, vexé, commença à marcher sur le pont, s’agrippant aux cordes avec terreur. Il arriva au bout sans encombres. Puis se fut le tour de Koen. Il posa les deux pieds sur la première planche. Un faible vent soufflait sur sa nuque. Lentement, il commença à marcher en direction de Therion, regardant là où il mettait les pieds.
Il était au milieu du pont, quand soudain, il entendit un cri.
« Braaaad ! Espèce de boulet ! Qu’est ce qui t’as pris de sortir ! »
Koen leva les yeux. Derrière Hilwan, Marco et Sakis, il y avait trois hommes habillés plutôt chiquement - vu de loin. Apparemment, ils étaient là depuis longtemps, observant le petit groupe, cachés dans la montagne. L’un avait dû sortir de sa planque. Il semblait à Koen que son groupe et les trois autres discutaient avec animosité et animation. Koen se remit donc à marcher vers eux. Mais alors, l’un des trois hommes pointa son doigt vers lui. Les deux autres regardèrent en direction de Koen. Quelqu’un rit alors.
Tout se passa très vite. L’un des trois hommes se concentra un instant, puis un gigantesque éclair jaillit de lui, foudroyant le pont. Koen sentit les planches tremblés et les vit se désintégrer. Un puissant souffle souleva sa tignasse rousse. Puis, Koen se sentit tomber. Il n’avait jamais ressentit une telle énergie. Il fonçait vers le vide à une vitesse folle, perçant l’air glacée. Il avait l’impression de voler, il se sentait bien, mais il savait…
« Cette fois, je vais crever… Adieu belle inconnue… »