En fait, je vais surtout répondre à OSS, car je vais confirmer et étoffer les dires des autres participants à la discussion. ^^
Alors, baignant dans un milieu à forte concentration enseignante (parents, beaux-parents, amis), je peux me permettre de donner mon avis puisque c´est une chose que je connais bien quoique indirectement puisque je n´ai jamais donné de cours. Une seule et courte expérience : une intervention dans un cours de DESS. Rien de bien enrichissant
D’abord petite précision
professeur et instituteur (prof des écoles maintenant), c´est pas du tout pareil contrairement à ce qu´on peut croire... je parle même pas des instit´ de maternelle parce que là, c´est pas franchement de l´enseignement mais une crèche géante où le but de sociabiliser l´enfant. je fais aussi abstraction des profs d´université : milieu que je connais à peine...
L’instit’ a 27 heures de cours à assurer chaque semaine répartis sur 4 à 4 jours et demi. Le prof, lui, a 18 heures (soit les deux tiers d´un instit) et s´il est agrégé, c´est 9 heures
de plus, l´emploi du temps est, dans la mesure du possible, aménagé selon les voeux du prof (par exemple : que des cours le matin ou cours répartis sur 3 jours seulement). le prof a encore l´avantage de gagner plus que l´instit´ et ce malgré son temps de travail plus réduit (ça, c´est totalement anormal, soit dit en passant). Dans le travail, il y a aussi des différences notables, l´instit´ est au prof, ce que sont les médecins généralistes aux spécialistes... le prof est bien plus spécialisé. Avec un bon coup de chance au concours, une personne peut devenir prof en ne maîtrisant qu´une seule matière (pratiquement, c´est pas le cas). Cela dit, enseigner une seule matière (2 pour certains profs) peut rapidement devenir ennuyant... ensuite, les profs n´ont pas le même public que les instit´. on ne peut pas franchement dire que l´un des publics est plus difficile qu´un autre... par exemple, les plus jeunes sont souvent plus turbulents mais moins malins (ça c’est valable aussi pour un forum). enfin, un instit´ n´a en temps normal qu´une classe à enseigner alors que le prof peut avoir plus de 300 élèves différents (mieux vaut être un brin physionomiste).
Bien maintenant, que ce préambule (un poil long certes) est terminé, plongeons dans le coeur du sujet
les enseignants sont-ils des gros privilégiés ?
Alors, concernant le nerf de la guerre, c´est à dire l´argent : le salaire des enseignants est MINABLE. Si l´on prend le ratio salaire net / temps de travail obligatoire, c´est franchement intéressant... si on gratte un peu, c´est déjà bien moins rose.
Tout d´abord, si l´on compare le salaire des enseignants aux autres métiers de la fonction publique de catégorie A, c´est le plus faible et de loin... il est même au niveau de certains emplois de catégorie B. Pour ces derniers, seul un BAC est demandé, pour les enseignants, c´est Licence minimum (sans compter le temps de formation ensuite). Je parle même pas des responsabilités. Le prof est responsable de ses élèves et croyez moi, c´est une sacrée responsabilité...
en outre ce métier demande un temps de formation conséquent, un savoir-faire et un niveau de culture générale minimal. Désolé, mais c´est pas à la portée de n´importe qui... par contre, les métiers genre ouvrier, bah, à la base, n´importe quel clampin ou presque peut le faire. À partir de là, y a des salaires plus bas. (logique application de la théorie de l´offre et de la demande). Alors, oui, tout le monde fait des boulots utiles mais certains métiers sont plus élitistes que d´autres et donc mieux rémunérés.
Dernier petit détail sur ce point : les congés supplémentaires des enseignants (c´est à dire tout ce qui est au dessus des 5 semaines légales) NE sont PAS payés. Le salaire annuel d´un enseignant est calculé en fonction de son temps de travail puis divisé par 12 (simplement pour qu´un salaire tombe tous les mois et pour que la retraite ne soit pas l’âge de 70 ans). En réalité, un prof est payé 10 mois sur 12, ce qui explique pour partie, le salaire bien faible. Le fait que l´Education Nationale soit le ministère le plus important en termes d´emploi est aussi un frein aux salaires (et à leurs réévaluations). Comme il y a un nombre important de salaires à verser, toute combine est bonne pour tirer les salaires vers le bas...
Le temps de travail d´un enseignant est aussi bien plus important que ce que l´on croit habituellement. En plus, des heures de présence obligatoires, le travail de préparation est important et il est noté quand l´enseignant est évalué par son supérieur. Il a donc tout intérêt à être bien fait... en plus, c´est long. La première fois, c´est un travail de titan. Ensuite, libre au prof de reprendre le même programme d´un an à l´autre mais c´est bien difficile. Les changements de niveau sont fréquents dans une carrière, or un cours de CP n´est pas du tout pareil qu´un cours de CM2. Faut aussi compter les remises à jour du programme : les cours évoluent et contrairement à ce que l´on pense couramment, ne sont pas figés. Comparez donc vos cours à ceux de vos parents : 25-30 ans d´écart et c´est pas du tout pareil... Or une carrière normale dure à peu près 40 ans : on a le temps d´en faire des changements de programme pendant ce temps là. A côté de la préparation il a tout le travail de correction et là le prof est nettement avantagé par rapport à l’instit’ qui corrige tous les soirs (et très souvent les midis quand il n’y a pas de surveillance à effectuer) les cahiers des enfants. Alors, ok, une dictée de 3-4 lignes, ça va vite à corriger mais, 24 dictées, c’est déjà beaucoup plus long. Et y a pas qu’une matière mais tout un tas de trucs différents à corriger ou à lire. Il n’est d’ailleurs pas rare que le conjoint non enseignant soit aussi sollicité pour ce genre de tâche rébarbative et là, je suis très soulagé que madame_frar ne soit pas enseignante. Le prof lui aura moins souvent de corrections même si elles sont souvent plus longues ou alors les élèves sont incroyablement nuls... Au final, les semaines des enseignants (surtout les instit’) sont incroyablement pleines et même les week-ends sont chargés.
En fait, pour ce genre de travail, les enseignants devraient gagner au moins le double c´est-à-dire de 3 à 4000 €, ce qui ne sera jamais le cas (sauf si le SMIC passe à 2000 €).
Concernant les vacances, elles sont importantes certes mais imposées : impossible de partir autrement que quand il y a la foule. En plus, même si elles restent inégalées, elles ne sont plus aussi longues qu’auparavant. D’abord, le temps de vacances tend à se réduire de plus en plus à cause de trucs aussi débiles qu’inutiles mais obligatoires comme les jours de prérentrée ou les réunions imposées. On arrive à grignoter une bonne quinzaine de jours avec ça. Concernant, les profs, on peut aussi rajouter les corrections d’épreuves (BAC, brevet) et les rattrapages (-15 jours).Pas le droit non plus aux RTT, l’écart s’est donc réduit d’une petite vingtaine de jours en plus.
Je passe vite fait sur le caractère usant de ce métier. Usure mentale (répéter, discipliner, corriger, préparer...) et physique (ça c’est un truc qu’on voit pas trop du dehors mais c’est bien réel). Métier démythifié et même dévalorisé maintenant. Finie l’ère de l’Instituteur de village respecté, figure locale incontournable aux côtés du curé et du maire... Place à l’ère des Parents tous puissants pour lesquels leur môme est si souvent un génie incompris (qui se révèle le plus souvent très chiant). Moyens de moins en moins importants : classes surchargées, locaux délabrés (qui n’a jamais eu de cours en préfabriqué ?)
Malgré tout ce métier peut être réellement formidable (vacances, contacts et souvenirs uniques, se sentir vraiment utile) mais c’est sûr que si on n’a pas la vocation, ce métier est vraiment une galère infernale... Et y a pas mal d’enseignants qui pensaient avoir la vocation ou qui l’ont perdu... Au final, pour moi, les enseignants n’ont rien de privilégiés, bien au contraire. Sauf bien entendu si on est une super feignasse sans aucune conscience professionnelle. Tout le monde a eu des profs bons à rien et feignants. Malheureusement, même s’ils sont une minorité très faible, ils font du mal à tous les autres. On voit toujours beaucoup plus les paresseux que les travailleurs. Et c’est vrai que là, on devrait pouvoir les virer tout simplement. C’est aussi valable pour les autres corps de fonctionnaires. Suffit d’un fruit pourri pour gâter tout le panier.
Non, là où y a vraiment un bon coup à faire, c’est dans les métiers qui gravitent autour de l´enseignement : quasiment les mêmes avantages sans les inconvénients (sauf au niveau salaire où ça reste faiblard).
Concernant, l’ambiance de merde, ça c’est vraiment au cas par cas et valable pour tous les métiers. Pour les classes difficiles, c’est aussi très variable d’année en année. Impossible donc de généraliser.