Il mène une adolescence mouvementée : selon l´Iliade, il est d´abord poursuivi par Lycurgue, puis est fait prisonnier par des pirates tyrrhéniens, auxquels il n´échappe qu´en réalisant d´effrayants prodiges (Hymnes homériques). Son culte excite d´abord les railleries, et il doit châtier les filles d´Éleuthère ainsi que Penthée, roi de Thèbes, pour cela. Dionysos est, avec Apollon, un dieu qui se manifeste par épiphanies (apparitions) : éternel voyageur, il surgit par surprise. Il se présente toujours comme un étranger, courant le risque de ne pas être reconnu.
Désireux d´aller visiter sa mère aux Enfers, Dionysos demande l´aide d´un guide, Prosymnos, qui accepte de lui montrer le chemin en plongeant avec lui dans le lac de Lerne, qui communique avec le royaume d´Hadès. Ce plongeon est associé à de nombreux rites initiatiques en Grèce ancienne, généralement liés au passage de l´adolescence à l´âge adulte, et donc aussi aux amours entre un aîné (éraste) et un cadet (éromène). Prosymnos accepte ainsi d´aider le jeune dieu mais exige en échange que celui-ci, lorsqu´ils seraient de retour, lui accorde ses faveurs. Mais lorsque Dionysos revient des Enfers, Prosymnos, lui, est mort. Le dieu décide de tenir son engagement malgré tout : il taille un morceau de figuier en forme de phallus et s´acquitte de sa dette sur la tombe de Prosymnos[1].
Dans le panthéon grec, Dionysos est un dieu à part : c´est un dieu errant, un dieu de nulle part et de partout. À la fois vagabond et sédentaire, il représente la figure de l´autre, de ce qui est différent, déroutant, déconcertant, anomique.
Le retour de Dionysos chez lui à Thèbes, s´est heurté à l´incompréhension et a suscité le drame aussi longtemps que la cité est demeurée incapable d´établir le lien entre les gens du pays et l´étranger, entre les autochtones et les voyageurs, entre sa volonté d´être toujours la même, de demeurer identique à soi, de se refuser à changer, et, d´autre part, l´étranger, le différent, l´autre.
