Le choc passé, j'ai pris connaissance des lieux, naturellement... C'était sombre, exigu, froid. De la lumière filtrait sous une grosse porte complètement rouillée, j'avais peur de me blesser en la poussant, c'est pour dire. À mon grand étonnement, elle s'est ouverte en grinçant, sur un ciel bleu et un soleil éclatant. J'ai plissé les yeux pendant un bon moment pour m'habituer à la lumière, preuve que j'étais ici depuis plusieurs heures au moins. J'avais faim et soif aussi, et une forte envie d'aller aux toilettes. Mais toutes ces sensations ont disparu quand j'ai pris conscience de ce qui s'étalait sous mes yeux.
Là, je vais en perdre un paquet, (je suis presque sûr qu'il n'y en a déjà aucun qui me croit, mais tant pis). Devant moi, j'avais... une ville dévastée. Une véritable apocalypse. C'était totalement impensable. Je crois que pendant quelques minutes, mon esprit fonctionnait à vide, je crois que si on peut arriver à ne penser à RIEN, c'est ce que j'ai fait à ce moment. Je suis resté interdit, abasourdi, et encore à moitié endormi. Je suis même presque sûr que mon corps n'a pas réagi.
Certes, j'avais ce pincement continuel qui me rappelait que j'avais été enlevé, mais rien d'autre. Je ne sais pas, j'aurais dû être plus que terrifié, j'aurais dû pleurer, hurler, mais non, je suis resté calme, aussi silencieux que cette ville morte. J'étais en hauteur, apparemment sur un toit. Comment j'étais arrivé là, je n'en avais aucune idée.
À cet instant, j'étais un lycéen normal, qui voulait vivre, qui avait encore des raisons pour ça. Mais je vous jure, que si je pouvais revenir en arrière, je ne serais pas resté une seconde de plus à contempler ce paysage sinistre, j'aurais immédiatement sauté du toit. Maudit instinct de conservation.