Molière
Dom Juan
Scène 7 Dom Juan, Charon, Dom Pablos, Dom Ricardo, Dom Gomez
Dom Juan, debout, les mains au ciel : Miséricorde ! Comment est-ce possible ?! Moi, Dom Juan, valeureux guerrier, tombeur de ces dames, voguant droit vers l'enfer ! Ce destin de m'était point réservé ! J'avais encore tant de rivaux à combattre, tant de coeurs à conquérir ! Et tout ça à cause de cette maudite statue ! Sacripant ! J'aurais du lire la fourberie dans ses paroles ! Je n'en serais pas au point ou j'en suis ! Espèce de ...
Charon, lui coupant la parole : Silence ! Mortel ! Garde tes sarcasmes pour Satan !
Dom Juan, brandissant l'épée : Comment oses-tu m'injurier de la sorte ? Créature des enfers. Sais-tu à qui tu parles ? Viens donc ici, et croisons le fer si tu en as le courage !
Dom Pablos : Du calme ! Le passeur a raison. Nous sommes tous dans la meme situation, pas besoin d'en faire tout un plat.
Dom Juan : Peu m'importe de vous, misérables rats des champs ! Je ne suis pas comme vous, je trouverai le moyen de m'échapper d'ici !
Dom Ricardo : S'échapper qu'il dit ! Et comment comptez-vous vous y prendre ? J'aimerais bien vous y voir en tout cas !
Dom Juan, ayant viré au rouge : Je trouverai une solution ! Je traverserai les océans de flammes de l'enfer, j'en escaladerai ses immenses volcans, je combattrai le diable en personne s'il le faut ! Mais, sacrebleu, je ne moisirai pas ici !
Dom Gomez, Jusqu'ici resté discret : Vous savez, ce n'est pas si mal que ça l'enfer à ce qu'il paraît. On raconte qu'il y a d'imenses plages de sable fin, sur lesquelles sont organisées des festivités tous les soirs, avec des buffets énormes, de la boisson à volonté et des femmes exquises pour satisfaire nos désirs.
Dom Juan, d'un coup très attentif : Comment ? Des ... des femmes vous dites ?
Dom Gomez : A foison mon ami ! Des blondes étincelantes pour vos journées ensoleillées d'été, des rouquines ardentes pour vos longues nuits d'hiver, sans oublier les métisses et leur peau aussi douce et délicieuse que le chocolat !
Dom Ricardo : Et comment pouvez-vous en etre sur ? Vous y etes déjà allé peut-etre ?
Dom Gomez : Il se trouve qu'une de mes connaissances a déjà frolé la mort de près, si près qu'il a pu pénétrer le royaume de Satan et en gouter les bienfaits ! Il m'a conté son expérience en se réveillant.
Dom Pablos : Comment a-t-il pu vivre autant de choses en si peu de temps ?
Dom Gomez : Le temps ici s'écoule beaucoup moins vite que dans notre monde. Une journée sur Terre représente une dixaine d'années en enfer ! Mais peu importe, puisque le temps ici n'est plus d'aucune utilité ! Une fois sur le territoire de Satan nous serons à jamais jeunes et pourrons nous délecter d'infinis plaisirs !
Dom Pablos : J'espère que ce qu'a dit votre ami était vrai, cependant ça m'étonnerait.
Dom Ricardo : Oui, tout ceci m'a l'air un peu farfelu, nous verrons bien une fois là-bas, mais ça m'étonnerait que l'enfer soit aussi «paradisiaque» que vous le prétendez. Et vous, qu'en pensez-vous l'hystérique ?
Dom Juan, d'avis totalement opposé à tout à l'heure : Ce que j'en pense ? J'en pense que vous devriez arrêter d'être aussi pessimistes, ne voyez-vous pas la vérité couler dans les paroles de ce jeune homme ? L'enfer, c'est extraordinaire ! Pas vrai l'ami ? (Il se dirige vers Charon, lui botte les fesses, le faisant ainsi passer par dessus bord et s'empare de sa rame). A tribord toute ! Moussaillons ! Cap vers l'enfer ! Réserve-nous ta nourriture et tes femmes, Satan ! Nous arrivons pour nous en délecter !
