"Ensemble, refusons de voir partir en fumée les acquis antérieurs, pour un vrai emploi stable pour tous!"
J´adore cette phrase.
Non seulement elle décrédibilise tout ce qui précède, mais en plus elle est révélatrice de l´état d´esprit français.
En deux points :
- Le fait de ne pas vouloir revenir sur les "acquis antérieurs" est déjà le signe d´un esprit borné et égoïste. Personne ne s´oppose à ce que l´Etat offre des avantages dans des circonstances favorables (ex : baisser les impôts et augmenter les allocations chômage quand les finances vont bien, ce qui revient à redistribuer l´excédent budgétaire). En revanche, tout le monde s´oppose à ce qu´on supprime ces "cadeaux" en temps de crise (la sécu est en déficit, les caisses de retraites sont en déficit, la dette atteint 1100 milliards d´Euros soit 65% du PIB, mais personne n´accepterait qu´on aille reprendre l´argent là où on l´avait injecté il y a des années)
Si on veut que l´Etat donne quand il a du fric en trop, il faut admettre qu´il donne moins quand il a moins d´argent.
De plus, le simple fait de parler d´"acquis" est inquiétant, comme si la vie se résumait à une lutte contre l´Etat, dans laquelle on chercherait à lui faire cracher un maximum d´avantages qu´on garderait jalousement par la suite. "Donner c´est donner, reprendre c´est voler !" Merde, la démocratie n´est pas une guerre entre le peuple et le gouvernement !
- "un vrai emploi stable pour tous" : ça, ça fait encore plus peur. On a l´impression que l´auteur du tract voudrait que l´Etat lui apporte la sécurité de l´emploi sur un plateau. Encore une fois, c´est dingue. Les Français critiquent le gouvernement, disent qu´il ne répond pas à leurs attentes, mais leurs attentes tiennent du miracle ! On joue à quoi, au juste ? On attend qu´un CDI nous tombe du ciel ? Et encore, un CDI c´est pas forcément stable, il faudrait mieux. Certains sont sûrement jaloux des fonctionnaires, qui eux ne peuvent pas être virés. (On oublie bien sûr, au passage, qu´à compétences égales ils touchent deux à trois fois moins que dans le privé.)
En outre, en plus d´exiger des miracles, l´opposition n´a rien de concret à proposer. C´est beau les idéaux "il faut lutter contre la pauvreté, vaincre le chômage, donner à tous un emploi stable, bien payé et dans lequel on puisse s´épanouir". Mais encore faudrait-il savoir par quel moyens concrets on peut réaliser ces idéaux.
Bref, au-delà du CPE, c´est une autre question qui se pose : la mentalité française n´est-elle pas inapte à la réalité de la vie ?