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Liste des sujets

J'écrit une histoire

KaiM
KaiM
Niveau 11
26 juin 2005 à 12:35:52

Et, petit détail : il serait dur de faire publier une hisoire aussi faible.
Si je veux la faire publier, on me demandera des corrections, inévitablement...

Mister_Byde
Mister_Byde
Niveau 6
27 juin 2005 à 09:12:27

:up:

Sheena est partie ou quoi?

Docteur_Chakall
Docteur_Chakall
Niveau 8
27 juin 2005 à 09:14:41

Faut croire... Dans ce cas la suite va tarder.

fromage_enrage
fromage_enrage
Niveau 10
27 juin 2005 à 10:09:33

shredder va te cacher! vite! je ne polluais pas, je reconnais volontiers que j´ai fait un ou deux topics inutiles, et c´est qui les " cafteurs" comme tu dis?

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:05:25

Salut fromage.

Bon comme je traîne mon histoire depuis avril il est temps que je mette tout à plat :

Voici donc toute l´histoire

LA CATHEDRALE DE KRIDATH :

« Il est dit que dans les mines de Frudior, au coeur du massif des Kerdannes, dans le Nord de l Empire d Affoth, le travail ne cesse jamais. Ce n est pas tout à fait exact. En effet l activité s interrompt parfois, généralement lorsque les nains, en creusant trop profondément, réveillent un terrible démon. Il faut alors faire appel à une équipe de spécialistes pour s en débarrasser. L opération coûte systématiquement la vie au magicien qui dirige l équipe en question, c est pourquoi les nains ont appris à être prudents au cours leurs forages.
« Mais la plupart du temps, les mineurs arrachent chaque jour à la terre des richesses considérables, qui sont ensuite acheminées par bateau le long du fleuve Krill, jusqu à rejoindre l Axe.
« L Axe est la route principale du continent d Aropa. Cette voie relie la ville de Rangjord, aux frontières des royaumes Zahrs, à l immense cité de Yagatâr, capitale des sciences et de la Magie, en traversant d autres villes non moins importantes telles que Dümrist, capitale du pays de Dümra, et Métacan, citadelle imprenable contrôlant la riche province de Métaca.
« A l intersection du Krill et de l Axe s élève la cité de Vordal, où les navires convoyant les richesses des Kerdannes viennent décharger leurs marchandises avant de repartir pour les mines. Vordal compte aujourd hui trois mille habitants, et ne cesse de croître. Ce phénomène ne posera aucun problème tant que les mines de Frudior pourront augmenter leur production par l arrivée de nouveaux effectifs. Nous sommes néanmoins tentés de nous demander ce qui se produira lorsque les mines seront épuisées. »
Le mage Thenetos interrompit sa rédaction et ferma un instant les yeux. Ecrire un livre de géographie, voilà un passe-temps qui allait l occuper pendant longtemps, et à peine avait-il commencé que déjà cette tâche le fatiguait. De toute évidence, malgré son âge avancé, il n était pas encore temps pour lui de s enfermer dans un bureau pour travailler sur des ouvrages de ce genre.
Thenetos se leva de son fauteuil en cuir et fit lentement le tour de la pièce. Il admira la collection de statuettes d or qui trônait sur des étagères d acajou, et se rappela qu il n avait jamais posé les yeux sur cet assortiment jusqu alors. Il longea ensuite une série de larges portraits représentant ses ancêtres, passa devant la massive porte de chêne qui fermait son bureau, puis traversa la pièce en sens inverse, contemplant une rangée de meubles de bronze abritant des centaines de lourds volumes dont il n avait pas lu le dixième. Le mage s arrêta un instant devant d imposants coffres de plomb renfermant des objets particulièrement dangereux qu il préférait conserver près de lui, puis se retrouva devant un miroir au cadre d argent.
Thenetos se détailla pendant de longues minutes. Il était âgé, il n y avait pas à en douter. Son visage arborait d innombrables rides que les cures successives n avaient pas réussi à effacer. Ses cheveux et sa longue barbe étaient désespérément blancs. Au moins, se dit le mage en souriant, c était assorti à son manteau immaculé. Le mage scruta son propre regard. Ses yeux étaient bienveillants, malicieux, mais il n y brillait plus cette étincelle fougueuse qui l avait animé dans sa jeunesse. Peut-être était-il trop vieux pour les aventures, après tout.. . Mais il était sûr qu un nouveau voyage lui rendrait la forme ! S il parvenait à franchir le seuil de la porte.. .
Agacé par ces débats intérieurs dans lesquels il n entrevoyait pas la moindre issue, Thenetos fit un léger geste de la main et le miroir cessa de le refléter, devenant une fenêtre à travers laquelle le mage pouvait contempler son palais. C était une construction qui parvenait à être harmonieuse tout en empruntant des éléments aux architectures les plus diverses : un assemblage de colonnes, de tours, de parcs, de passerelles, de statues gigantesques, de fontaines, de terrasses, de lacs artificiels, et d une foule d autres détails dont le mage lui-même avait oublié le nom.
Il aperçut au loin la ville de Vordal, au sujet de laquelle il venait d écrire et dans laquelle il avait grandi, et repensa à son parcours au sein de la caste des magiciens de cette contrée.
Thenetos était le dernier héritier du clan Yorka, lequel était spécialisé dans les malédictions. Malheureusement, l abus de cette particularité avait fait du clan Yorka le plus détesté de tous. Tous les autres clans s étaient ligués contre lui, étant tous victime de l une ou l autre damnation, ce qui était agaçant à la longue.
Dès sa naissance, cent ans auparavant, Thenetos était devenu le dernier espoir des Yorkas pour redorer le blason du clan. Il avait appris de son père les rudiments de la Magie, puis avait poursuivi sa formation dans les écoles de Yagatâr. Très tôt, il avait manifesté un talent exceptionnel dans tous les domaines de cet art, si bien qu à seize ans il avait déjà terminé sa formation, qui s achevait d ordinaire vers vingt-cinq ans. Thenetos avait ensuite parcouru le monde en tous sens, enrichissant ses connaissances dans tous les domaines. Lorsqu il était rentré chez lui à trente ans, il était devenu un expert tant dans les magies ancestrales que dans les sciences nouvelles, tant dans l art d invoquer des démons que dans celui de combattre l arme à la main.
Il avait alors entreprit de restaurer le prestige des Yorkas. Il avait employé pour cela une méthode très simple : il avait défié en duel un par un tous les ennemis de son clan et les avait tués. Lorsque la moitié des mages de l Empire d Affoth eurent été massacrés, Thenetos avait obtenu sans peine le titre de Maître de la Guilde des Mages. Il avait alors entreprit de s enrichir par tous les moyens possibles et imaginables et de former des disciples. Les deux projets avaient été couronnés de succès. Lorsque son père était mort, Thenetos était officiellement devenu le chef de son clan, bien qu il assumât en fait cette fonction depuis longtemps déjà.
Ses serviteurs étaient étonnés de voir comment son regard alerte plongeait soudain dans le vague. La solution de ce mystère était connue de Thenetos seul : en marge de ses grands pouvoirs, il possédait la faculté de percevoir la plus infime des activités magiques dans le monde entier. Les ouvrages qu il avait consultés appelaient cela « une extrême sensibilité au champ d Energie, aussi appelé la Force, le Wyrd ou encore les Spires de l Imagination »
Cette capacité était à la fois un don des Dieux et un terrible fléau : si elle avait permis au mage de repérer très jeunes les puissants sorciers et d en faire ses élèves, de déceler les pièges magiques et de construire ses propres sorts avec précision, cette faculté lui causait aussi d épouvantables migraines dès qu un autre magicien lançait un sortilège d une grande force.
Mais Thenetos avait fini par s y faire, et cela ne lui posait plus guère de problèmes. En outre, il avait inventé l aspirine pour calmer les maux de crâne particulièrement douloureux, tout allait donc pour le mieux.
Le mage allait regagner son bureau pour reprendre son travail, lorsqu une douleur intense le foudroya. Il poussa un cri perçant et tomba évanoui sur le dallage de marbre.

Lorsque Thenetos se réveilla des heures plus tard, il était dans sa chambre, allongé dans son lit sous d épaisses couvertures. Il réalisa aussitôt qu il était trop affaibli pour se lever. Un vieil homme en manteau vert et or se tenait à son chevet. C était Ovarif, son premier serviteur.
- Maître, murmura-t-il au mage dès qu il le vit ouvrir les yeux. Enfin vous reprenez conscience ! Vous nous avez fait peur ! Comment vous sentez-vous ?
- Faible, répondit Thenetos. Très faible.
- Que vous est-il arrivé ? Quand vous avez crié, nous sommes accourus dans votre bureau et nous vous avons trouvé étendu par terre.
- Ne t occupe pas des problèmes de santé d un vieillard, Ovarif. J ai une lettre à écrire, mais je ne peux bouger la main. Va chercher de quoi noter, je vais te la dicter.
- Ne voudriez-vous pas que je vous prépare d abord une potion reconstituante ?
- Chaque chose en son temps. Pour l instant je dois en priorité envoyer ce message, alors ne discute pas.
- Bien, mon maître.
Le vieux serviteur connaissait son employeur depuis suffisamment longtemps pour savoir qu il était inutile et imprudent de le contrarier. Il se leva et se dirigea vers une petite table de pin à roulettes qu il amena jusqu au lit de Thenetos. Ovarif s assit ensuite devant la tablette, ouvrit un tiroir fixé sous le plateau, et en sortit une feuille de parchemin, une plume et un encrier.
- Je suis prêt, mon maître, déclara le serviteur.
- Très bien. Voici le texte :
« Andorion, lorsque tu recevras cette lettre, tu ne devrais plus être très loin de ta cible. Cependant, il m est nécessaire d annuler ta mission car un événement d importance bien supérieure s est produit : un pouvoir magique considérable s est manifesté au Nord de la ville de Dümrist. Lorsque je l ai ressenti, ma douleur a été trop forte pour que je puisse localiser avec précision le lieu où le phénomène s est produit. Je pense néanmoins que cela s est déroulé à quarante-sept kilomètres au Nord-Nord-Est de la capitale, ce qui correspond aux environs du village de Siorac.
« Je veux que tu te rendes sur place et que tu trouves qui détient ce pouvoir. La force que j ai sentie est trop pure pour provenir d un objet de Pouvoir ou d un démon, il s agit donc nécessairement de quelqu un qui porte cette puissance en lui. Il y a de grandes chances pour qu il s agisse encore d un enfant ou d un adolescent, car le pouvoir n est apparu que de façon épisodique, alors qu une telle puissance, chez un magicien adulte, est perceptible en permanence.
« Traque cette personne. Trouve-la. Ramène-la moi.
« La guerre ne va pas tarder à ravager cette contrée, aussi je t envoie les détachements d Anamïn et d Ektaïn en renfort, au cas où les recherches prendraient plus de temps que prévu et t empêcheraient de quitter le pays à temps.
« Je serais bien venu moi-même, mais ma vision m a épuisé. Je suis à bout de forces et il me faudra longtemps pour récupérer. Je te rejoindrai dès que je me sentirai mieux.
« Un dernier détail : je t ai dit de renoncer à ta mission, mais si par hasard le porteur des Bracelets d Arzhan venait à passer à ta portée, n hésite pas à appliquer le plan.
« Signé : Thenetos, Maître de la Guilde des Mages d Affoth, Premier Sorcier de l Empire »
- As-tu tout noté, Ovarif ?
- Bien entendu, mon maître.
Thenetos prononça une incantation tirée des Grimoires de Farodas, une oeuvre qu il avait acquise bien longtemps auparavant, et qui, de temps en temps, se révélait utile :
- Ordanaz teka tofparig, Erkanium !
Une gigantesque chauve-souris se matérialisa sur l épaule d Ovarif. Le serviteur, habitué à ce genre d apparitions, ne broncha pas.
- Que voulez-vous de moi, maître ? croassa la créature.
- Ne fais pas semblant de n avoir rien écouté, Erkanium ! s exclama Thenetos en souriant. Transmet ce message à Andorion !
Sans ajouter un mot, le monstre se jeta sur la tablette et avala la lettre en même temps que la plume et l encrier - ce qui provoqua de vives protestations de la part d Ovarif - puis s élança vers la fenêtre. . .
Et s écrasa avec fracas contre la vitre.
Agacé, Thenetos tendit la main vers le carreau, qui s ouvrit lentement.
- Et ne traîne pas en chemin ! ordonna-t-il alors que la chauve-souris bondissait à travers l ouverture.
Le monstre déploya ses ailes s éloigna rapidement.
Thenetos le regarda disparaître à l horizon. Il avait confiance en Andorion. C était son élève le plus prometteur, et son meilleur chasseur.
Le mage eut soudain une quinte de toux qui lui fit cracher quelques gouttes de sang sur ses draps.
- Je devrais peut-être vous faire porter une potion ? proposa Ovarif en essuyant la tache avec empressement.
- Non, mon ami, non. Contre ce que je viens de subir, il n existe qu un seul remède : le repos complet.
- Alors je suppose que je dois aller commander à Anamïn, Ektaïn et leurs unités de se préparer au départ ?
- Tu as parfaitement compris mes intentions, conclut le mage.
Le vieux serviteur quitta la chambre et se dirigea vers un long tube de verre qui parcourait le palais entier. Il se plaça sur une large dalle de pierre qui s engagea aussitôt dans le tunnel et conduisit Ovarif dans une citadelle massive et austère. Le vieillard poussa la porte principale et pénétra dans une immense salle d entraînement en proie à une grande agitation. Des centaines de guerriers s exerçaient au maniement de toutes sortes d armes, exécutaient des acrobaties sur des installations complexes, couraient sur des pistes , nageaient dans de larges bassins, combattaient à mains nues.. .
- J ai un ordre de mission de maître Thenetos ! annonça Ovarif.
Tous s immobilisèrent sur-le-champ. Les bruits de chocs, de chutes, les cris, les commentaires firent place à un silence pesant. Ovarif était habitué à produire cet effet-là. Il prit une grande inspiration.

Une demi-heure plus tard, cinquante nains en armes quittaient le palais au pas de course.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:06:13

Sur les hauteurs du mont Düm, au coeur du pays de Dümra, s élevait sa capitale, Dümrist.
Cette grande ville était une ancienne place forte réputée imprenable qui s était élargie car se trouvant au centre des échanges commerciaux entre l Est de l Aropa et les provinces les plus occidentales. L autorité de Dümrist avait souvent été contestée, mais la ville avait soutenu maintes guerres afin de devenir et de rester la capitale d une des plus grandes contrées du continent.
La cité comptait vingt mille âmes au bas mot, et autant de poules. De larges faubourgs s étendaient au-delà des fortifications, qui abritaient les riches quartiers et les centres névralgiques de la ville : la cathédrale d Hefard, dieu des marchands, le temple de Mogas, dieu de la guerre, le siège de la Guilde des Marchands et le Palais Royal, le plus grand de tous les bâtiments de la cité.
Surplombant de cent mètres les toits des plus hautes maisons, flanqué de tours massives aux murs garnis de meurtrières, il renfermait à la fois plusieurs citadelles occupées en permanence par une garnison de huit cents hommes, des greniers, de nombreuses salles de travail, l académie de Magie, plusieurs centaines de logements destinés à accueillir les quelques deux mille personnes qui vivaient dans le château, les appartements royaux, et une immense bibliothèque. C est dans cette dernière pièce, que se trouvait Alexandre, Prince héritier du royaume, qui compulsait un ouvrage très épais.
Alexandre avait fêté ses treize ans quelques jours après avoir regagné la cité, plus de trois mois auparavant. Il était vêtu en toutes circonstances une armure de cuir et une cape noires, pour, disait-il, s accorder avec ses courts cheveux noirs. Il portait une dague à sa ceinture, et en dissimulait plusieurs autres dans ses manches et ses bottes. Sur chacun de ses poignets était fixé un bracelet d argent incrusté de pierres rouges.
Il s agissait des légendaires Bracelets d Arzhan, que la famille royale détenait en secret depuis plusieurs siècles. Peu avant de rejoindre Dümrist lorsque son père l y avait envoyé au début de l hiver, le Prince avait failli perdre ces objets. L organisation des Chevaliers Blancs ainsi qu une puissante sorcière du nom de Lida avaient tenté, chacun de leur côté de s en emparer. Mais ils avaient tous échoué, et au cours de cette aventure Alexandre avait appris à utiliser les pouvoirs magiques que renfermaient les Bracelets, et qui n avaient pas été libérés depuis des millénaires.
Le Prince savait qu il devait se montrer discret dans le maniement de ces objets, pour ne pas attirer sur lui l attention de puissants magiciens, mais avait choisi de les porter de façon à ce que tous puissent les remarquer. Cette stratégie reposait sur un paradoxe très amusant : un secret finit toujours par être découvert, mais personne ne porte attention à ce qui se trouve juste sous ses yeux.
Alexandre allait refermer son livre lorsque la porte s ouvrit brutalement et qu un homme de haute taille pénétra dans la bibliothèque.
- Baron Tarlaq ! s exclama le Prince. Justement j allais vous trouver ! Je viens de faire une recherche dans tous les écrits traitant des Elfes ou leur faisant allusion. Et sur quatre mille sept cents trente et un ouvrages, savez-vous combien les présentent comme intelligents, sages, forts, adroits et d une grande beauté ?
- Vous avez lu quatre mille bouquins ? s étonna le Tarlaq.
- Quatre mille deux cents soixante trois ! poursuivit Alexandre sans tenir compte de l interruption ! C est aberrant ! C est bien la preuve que notre Histoire, nos légendes, nos croyances, ont été écrits avant tout pas les Elfes !
- Mais ne se pourrait-il pas que les Elfes soient réellement tels que la majorité les décrit ?
- Impossible ! Qui aurait rédigé les livres prétendant autre chose ?
- Des menteurs, des gens qui ont rencontré des Elfes particuliers, différents des autres.. . proposa le Baron.
- Cela m étonnerait ! Prenez un exemple au hasard.. .
Alexandre se pencha sur une pile d ouvrages et en tira un petit manuscrit.
- Voilà ! annonça-t-il. « Le Seigneur des Anneaux » de Jiherher Thaullkian. Dans cette histoire, les Elfes sont présentés comme ne voulant que la paix autour de leurs royaumes et, accessoirement, dans le monde entier. A votre avis, où se Thaullkian a-t-il puisé ses informations pour passer à côté des milliers d Elfes qui nous combattent au Nord-Est ?
Cette dernière phrase rappela à Tarlaq pourquoi il s était rendu à la bibliothèque.
- Votre Altesse ! s écria-t-il. Un messager vient d arriver au palais ! L armée de votre père rentre à Dümrist à marche forcée ! La guerre contre les Elfes d Itraïr se déroule très mal pour nous !
- A-t-on des détails ?
- Aucun. Un Conseil va se tenir dès le retour du roi.
- Dans laquelle des deux tours ? demanda le Prince.
- Quoi ?
- Oubliez. Une blague pas drôle. Il faut un peu de culture pour comprendre. Et ce n est visiblement pas votre cas.
Alexandre remarqua soudain que le baron portait une tenue inhabituelle : il arborait une armure de parade étincelante surmontée d épaulettes d argent sur lesquelles brillaient trois étoiles en or, et une épaisse cape de velours rouge. Un épée au pommeau incrusté de pierreries pendait à sa ceinture.
- Que signifie cet accoutrement ? questionna le Prince, un grand sourire aux lèvres.
Tarlaq savait très bien que le jeune garçon avait parfaitement compris ce qui se passait, mais néanmoins il bomba le torse et parla d une voix cérémonieuse :
- Le messager était porteur d une autre triste nouvelle. Le général en chef Zorkov, qui commandait les armées des provinces du Sud, est tombé au champ d honneur - ou décédé d une indigestion, on ne sait pas encore trop. Quoi qu il en soit, je viens d être établi dans ses fonctions. Je ne fais que porter l uniforme réglementaire.
Alexandre réfléchissait aux implications de cette promotion. Que Tarlaq ait été nommé général peu après son retour du front, cela était normal, compte tenu de sa situation, de ses hauts faits d armes en tant que stratège et combattant, et surtout du petit coup de pouce personnel du Prince. Tarlaq était en effet à ses côtés lorsqu il avait affronté les Chevaliers Blancs et l avait sauvé à plusieurs reprises, c est pourquoi Alexandre avait revalu son aide au baron en le pistonnant au moment opportun, faisant de lui, à trente-sept ans, le plus jeune général qu ait connu le royaume depuis longtemps.
Mais là, c était différent. La nomination de Tarlaq au poste du général Zorkov ne pouvait signifier qu une seule chose : tous les candidats plus âgés, plus sages, plus expérimentés, étaient morts ou incapable de commander. Cela ne présageait rien de bon quant à la suite de la guerre.
- En tant que général en chef, je suppose que vous allez assister au conseil, dit finalement le Prince.
- C est exact, confirma Tarlaq. Et vous devriez vous y rendre aussi.
- Je n y manquerai pas. Ce sera très instructif.. .

Les grandes portes de Dümrist s ouvrirent pour laisser passer une longue file de cavaliers en uniformes bleus marqués des armoiries de Dümra : une tête de loup argentée encadrée d une épée et d un épi de blé. Les chevaux semblaient épuisés, les hommes abattus. Les drapeaux étaient déchirés. De nombreux soldats étaient blessés. Leurs vêtements étaient maculés de sang et de boue. Il ne fallait être un excellent observateur pour comprendre que quelque chose avait mal tourné.
En tête venaient les seuls soldats encore présentables, qui brandissaient les quelques étendards intacts. Derrière eux avançait, au coeur de sa garde rapprochée, le roi Alexandre VII. C était un homme de taille moyenne, d apparence fragile, aux tempes grisonnantes. Il portait un long manteau rouge sombre. Sa tête était surmontée d une couronne en or. Son regard exprimait une grande lassitude.
Sans fanfare, les troupes se dirigèrent droit vers le Palais Royal, sous le regard parfois curieux, parfois triste, d une foule immense et silencieuse. Lorsque le roi pénétra dans la cour d entrée de la forteresse, des centaines de soldats l attendaient, leurs lances levées, formant une haie d honneur. Alexandre VII amena son cheval devant ses cavaliers et avança seul au milieu des gardes, lançant quelques regards à droite et à gauche. Derrière l armée, la foule se massait, attendant.
Arrivé aux portes de la tour centrale du palais, le roi se retourna vers ses troupes, les observa pendant quelques secondes, prit une grande inspiration, puis brisa enfin le silence :
- Soldats ! Peuple de Dümrist ! L heure est grave ! En ce moment même, nos armées abandonnent les terres du Nord-Est et se replient vers cette cité ! Notre ennemi, le roi Itraïr, ce monstre, envahit aujourd hui notre territoire ! Par traîtrise, il a repoussé nos forces ! Et maintenant il vient nous détruire !
Des murmures d affolement s élevèrent dans l auditoire. Le roi attendit que le calme revienne, puis reprit :
- Mais nous n avons aucune raison d avoir peur ! L ennemi nous a mis en déroute, mais il est maintenant isolé dans notre pays ! Aucun renfort ne lui parviendra ! Alors que de notre côté, nos armées se rassemblent, et les murs de cette cité ne céderont jamais ! La victoire nous est acquise !
De tous côtés, les soldats levèrent leurs armes et poussèrent un assourdissant cri de guerre, mais le peuple paraissait plus sceptique. La grande majorité de la foule n avait réagi qu avec peu d entrain, se contentant d acclamer faiblement son souverain. Certains même étaient restés silencieux.
Ces événements n échappèrent pas au roi, qui préféra cependant se retirer. Les portes du donjon s ouvrirent, et Alexandre VII disparut dans son palais.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:07:22

La salle du Conseil était l une des plus grandes de l aile droite du palais, dédiée à l administration. Sa décoration avait été refaite par des générations de monarques, ainsi elle était ornée de tentures, statues, tableaux et bas-reliefs assez disparates. Lorsque le Prince Alexandre en franchit le seuil en compagnie de Tarlaq, il constata que presque tous les membres du Conseil étaient déjà présents.
Le roi siégeait sur son large trône en marbre plaqué or, à côté d un siège vide rappelant à tous que sa reine n était plus de ce monde. Mais c était un sujet que l on n abordait pas. A droite du souverain se tenaient, sur de confortables fauteuils, les trois mages les plus importants du royaume : Onorius de Finglä, le très sage et très âgé directeur de l académie de Magie, Tanaril de Ganor, l Elfe Noir qui commandait les mages de combat, et le maître Chanteur Dario d Yrwald, officiellement l intendant de la cité, officieusement l agent le plus efficace du pays. Bien qu âgé, ce dernier n avait jamais perdu ses compétences pour le combat ni son goût de l aventure. Et si ses détracteurs étaient nombreux à la cour, il jouissait de la confiance absolue que lui accordait Alexandre VII.
A la gauche du trône royal se trouvaient cinq des sept généraux en chef des armées de Dümrist. Le Prince constata que son inquiétude était fondée : il n avait jamais vu ces hommes. C étaient tous des nouveaux venus au Conseil. Les précédents généraux étaient donc tous morts. Cela ne présageait rien de bon.
Tarlaq salua son souverain et s assit dans un fauteuil vide entre deux généraux, tandis qu Alexandre s installait sur le siège qui lui était réservé, à la droite de son père.
- Nous sommes presque au complet, déclara le roi. Comme d habitude, le général Thul lod est en retard.
- Il ne devrait pas tarder, signala l un des généraux. J ai croisé ses porteurs en venant.
Tarlaq tourna la tête vers la porte de la salle.
- Le voilà justement.
En effet, huit hommes franchissaient le seuil, soutenant avec peine deux poutres de bois qui ployaient sous leur lourde charge : la chaise du général Pyers Thul lod.
Cet homme était le stratège le plus illustre du royaume. On ne comptait même plus les batailles qu il avait remportées face à un adversaire supérieur en nombre et combattant sur son terrain. Depuis maintenant cinquante ans, il commandait les armées de l Ouest, intervenant toujours où il fallait, quand il fallait. Il avait assez d audace pour enfreindre les ordres quand il le fallait, et suffisamment de sagesse pour ne jamais se le faire reprocher. Bref, un héros. Mais tous les hommes ont un défaut. Celui de Thul lod était sa trop grande propension pour les festins. D année en année, il avait grossi jusqu à n être plus qu une boule de chair de laquelle dépassaient quatre membres et un visage boudinés. Aucun médecin n avait jamais pu lui imposer un régime, de sorte qu il était désormais contraint de se déplacer sur une chaise à porteurs. Enfin, c est la vie.
Les serviteurs déposèrent Pyers Thul lod à la gauche du roi et s éclipsèrent. Seul son interprète demeura à côté de lui. En effet, le général ne pouvait plus s exprimer correctement, et seul un homme entraîné pouvait traduire les faibles borborygmes qu il émettait.
Alexandre VII prit la parole.
- Vous vous doutez que ce que j ai déclaré tout à l heure était faux. Même le peuple ne m a pas cru. Cette attitude annonce des temps difficiles pour les prochains politiciens. Enfin.. . La plupart d entre vous connaissent déjà notre situation. Mais pour ceux qui n étaient pas sur le front, un résumé s impose. Comme prévu, l hiver a été accompagné d une baisse importante des offensives des deux côtés. Mais alors que nous nous préparions à reprendre la guerre de la même manière que nous l avions commencée, Itraïr a changé de stratégie. Il est parvenu à rassembler une armée de Trolls - oui, une armée entière ! Plusieurs centaines ! Ne me demandez pas comment il y est parvenu, je ne l ai pas compris non plus. Quoi qu il en soit, ces Tncé une série d attaques sur nos postes avancés, sur nos réserves de vivres et sur nos convois de ravitaillement. Nous n avons pas eu d autre solution que d abandonner nos positions et de nous replier ici.
Le roi laissa à son public le temps d assimiler ses paroles, puis reprit :
- Notre situation est périlleuse. J ai cru comprendre que des réfugiés affluent, fuyant les terres qui vont être envahies. Pourrons-nous les nourrir ?
- L hiver s achève, répondit Dario d Yrwald. Nos réserves sont bien entamées, mais nous pouvons tenir jusqu à l été. Le danger est autre. Si les Elfes prennent possession de la campagne environnante, ce sont eux qui s empareront des prochaines récoltes.
- S ils tiennent jusque-là, compléta le roi. Bon, concernant l état de notre armée, il y a de quoi s inquiéter. Même en comptant la garnison permanente de la ville, nous ne sommes plus que quatre mille, alors qu Itraïr amène avec lui une armée de dix mille Elfes, plus ses Trolls. Quant aux renforts que nous pourrions obtenir, n y pensons même pas. Au Sud, l Histena est aux prises avec les Singes du roi Gorios. A l Ouest, les empires d Ethiol et d Affoth refusent de nous soutenir, sous prétexte de respecter leur neutralité. Il est évident qu ils ont peut d Itraïr. A l Est et au Nord, nos vassaux rassemblent des troupes, mais ils ne seront jamais prêts à temps. Nous ne devons compter que sur nous-mêmes.
- Les défenses de la ville sont en parfait état, affirma Tarlaq. Aucun assaut ne pourrait franchir les remparts.
- Parfait ! s exclama un autre général. Nous n avons qu à retrancher toutes nous troupes dans la ville et soutenir le siège.
Un murmure d approbation parcourut le Conseil. Tanaril de Ganor intervint :
- Où est Itraïr en ce moment ?
- Il approche de la cité de Kridath, répondit Alexandre VII. Le gouverneur de la ville, Stall Kogard, se prépare au siège. Mais je crains qu il ne tienne pas longtemps. Il aurait mieux fait d accepter de nous rejoindre.. .
En prononçant ces derniers mots, le roi avait baissé la voix. Tous savaient que l autorité d Alexandre VII faiblissait auprès de ses plus puissants vassaux, comme Kogard. Dans le cas de ce dernier, c était d autant plus regrettable que le gouverneur de Kridath n était même pas un noble, mais un riche négociant. C était la première fois qu un simple marchand se permettait de contester les ordres de son souverain. Il faudrait songer à mettre de l ordre dans le royaume, après la guerre. Le débat s orientait dans ce genre de considérations, quand le Prince Alexandre se leva.
- Suis-je le seul ici à avoir quelques notions de stratégie ? ! s exclama-t-il, coupant court à la discussion. Suis-je le seul à savoir que le seul moyen de contrer un siège est de l empêcher de s installer ? ! Suis-je.. .
Son père l interrompit.
- Mon fils, je comprends votre volonté d aller au combat, mais nous n avons aucune chance de vaincre Itraïr dans l état où nous sommes. Aussi je vous prierai de vous modérer. Vous êtes ici pour apprendre, pas pour décider.
- Mais il existe un moyen de remporter la victoire.. . tenta Alexandre.
- Vous faites erreur, répliqua le roi.
Le général Thul lod marmonna alors quelques sons confus. Son interprète s empressa de traduire :
- Son Excellence comprend où le Prince veut en venir. Il n est pas question de vaincre Itraïr, mais de le repousser au Sud. Il ne fait aucun doute que l Histena va rejeter les Singes de Gorios au Nord d ici peu. C est bien un conflit que vous avez évoqué tout à l heure ? Nous savons que Gorios et Itraïr se détestent depuis la guerre d Ardoque. Il est évident que si leurs armées se rencontrent, elles s entretueront.
Alexandre se sentit soulagé. Il y avait au moins un stratège dans la salle. Dario intervint :
- Je pense que le général a raison. Il sera facile de forcer Itraïr à prendre la direction du Sud.
- Ah oui ? et comment ? ! s emporta le roi.
Sans se démonter, le maître Chanteur exposa son idée :
- Les Elfes vont assiéger Kridath. Mais ils ne vont certainement pas tous rester sur place. Leur armée va devoir se scinder en deux pour continuer la marche vers Dümrist. En lançant une offensive massive sur leurs troupes les plus au Nord, nous les forcerons à se replier au Sud. Nous pourrons ensuite aller secourir Kridath. Les forces qui l assiègeront seront prises en tenaille et devront s enfuir elles aussi. Itraïr ne parviendra à rassembler son armée que bien plus au Sud, et il rencontrera Gorios.
- Ce plan est ridicule ! objecta Tanaril. Itraïr ne fuira pas si nous attaquons ses troupes. Au contraire, il enverra toute son armée pour nous écraser !
- Rien n est moins sûr, répliqua Tarlaq. Itraïr préfèrera filer sur Dümrist pour prendre la ville avant notre retour. Les informations qu il possède au sujet des défenses de la ville sous-estiment largement nos moyens de protection.
- Et pourquoi donc ? s étonna Onorius de Finglä.
- Parce que c est moi qui les lui ait fournies, intervint une voix.
Tous se tournèrent vers l entrée de la salle. Un homme en armure noire venait de franchir la porte. Le Prince Alexandre le reconnut aussitôt. C était Namâric, un représentant de l Ordre des Paladins Noirs, l une des organisations les plus secrètes et puissantes qui soient. Namâric avait récemment combattu aux côtés du Prince lors de sa dernière aventure. C était quelqu un de fiable.
Le Paladin s avança jusqu au milieu de la pièce.
- Itraïr ne se doute pas que ses espions sont interceptés en cours de route par nos soins, expliqua-t-il. Pour l instant, il est convaincu qu il sera facile de prendre cette cité. Mais je ne partage pas votre vision optimiste de la situation. Vous ne pourrez pas repousser Itraïr. C est évident. C est évident à tel point que l Ordre a ne croit plus à votre victoire. Symboliquement, il reste votre allié, Sire, et les dix Paladins Noirs présents à Dümrist resteront pour défendre la ville. Mais n attendez rien d autre.
- Je maintiens qu une utilisation avisée des mages de combat pourrait nous permettre de mener ce plan à bien, déclara le Prince.
- Mes troupes ne sont pas assez puissantes pour cela, Altesse, répondit Tanaril de Ganor. Le mieux que nous puissions faire, c est de défendre la ville en attendant des renforts.
Le roi trancha la question.
- Je ne vais pas risquer mes troupes dans une entreprise hasardeuse. Nous allons résister ici. Namâric, vous ferez part de ma vexation à vos supérieurs. On n abandonne pas ses alliés ainsi !
Le Paladin s inclina légèrement, puis quitta la salle. Le silence se fit. Alexandre réfléchit. Il avait une idée en tête, et comptait bien la mettre à exécution.
- Père, dit-il soudain. Les cendres de Saint Gapor sont-elles en sécurité ?
- Elles sont toujours à Kridath, dans la cathédrale, répondit le roi.
- Voilà qui est ennuyeux. Il ne faudrait pas que ces précieuses reliques disparaissent avec la ville.
Pyers Thul lod émit quelques bruits que son interprète traduisit comme un signe d approbation. Le Prince avait vu juste : le général était très attaché à Saint Gapor, et il allait le soutenir. Parfait.
- Il faudrait que des hommes aillent les chercher.. . reprit Alexandre.
- Je m étonne de cet intérêt soudain pour les reliques, répondit son père. Mais je ne risquerai pas un seul homme pour aller chercher ces cendres. Que Kogard se débrouille seul !
- Dans ce cas, j irai moi-même les chercher, répliqua le Prince.
- Mon fils, il n est pas question que vous quittiez la cité !
- Je suis désolé, mais je vais devoir m acquitter de cette tâche. Je ne pourrais supporter la perte de ces reliques.
Les généraux approuvèrent. Alexandre l avait prévu. Dans l entourage d un roi, on cherche toujours à se débarrasser de ses héritiers. Et l occasion était trop belle.
- Votre Altesse, cela n est pas prudent.. . intervint Tarlaq.
Ah. Tarlaq. Lui était fidèle au Prince. Pour une fois, cette loyauté allait poser problème. Alexandre se doutait aussi que Dario s opposerait à son départ. Mais il ne pouvait pas les mettre au courant. Bon, il fallait changer de tactique.
- Rassurez-vous, baron. Je ne risque rien. Je serai de retour avant que Kridath ne soit tombée. Il faut bien que quelqu un se charge des cendres de Saint Gapor. Et puisque mon père ne veut risquer aucun soldat.. .
- Très bien ! hurla le roi. Allez jouer les héros ! Je ne pense pas que vous serez tué, mais cela vous servira de leçon !
Le Prince quitta la pièce avec un sourire. Manipuler son père était si facile. Tout allait se dérouler selon ses plans.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:09:15

Le Soleil se leva sur Dümrist à l opposé de l endroit où il s était couché, preuve que le monde n avait pas encore basculé dans l absurdité. Dans la cour du Palais, Alexandre, Vladek et Hustouk se préparaient à partir. Le Prince attacha solidement dans son dos les fourreaux de ses glaives. Vladek plaça un sac de vivres dans les fontes de son cheval. Hustouk était prêt depuis longtemps et observait la ciel.
- Il va pleuvoir à verse dans quelques jours, déclara-t-il.
- J admire ton don pour ce genre de prévision, répliqua Vladek. Quel est ton secret ? Les rhumatismes ?
Tarlaq, qui était venu faire ses adieux à ses compagnons, interrompit la conversation.
- Soyez rapides. Les Elfes atteindront Kridath dans quelques jours
- Il ne nous faudra que deux jours pour atteindre la ville, répondit Alexandre. Et quelques heures pour récupérer les cendres de Saint Gapor. Nous serons largement dans les temps.
- J ai un autre message à vous transmettre, ajouta Tarlaq. Le général Thul lod est très attaché à la réussite de cette mission. Il envoie un de ses gardes pour vous accompagner.
Sur ces mots, un homme d une quarantaine d années, vêtu d un manteau rouge sombre, s avança vers eux sur un cheval blanc.
- Je me nomme Seubal Artuk, dit-il. Je suis un mage rattaché à la garde du général Thul lod, qui est très attaché à votre réussite Je vous accompagnerai.
- Oui, je viens de le dire, signala le baron.
- Où avez-vous été formé ? demanda le Prince
- Ici même, à l académie de Dümrist.
Alexandre était contrarié. Il aurait dû se douter qu il y avait des inconvénients à être soutenu par un homme comme Pyers Thul lod. Bon, il était trop tard pour reculer, maintenant. Ce n était peut-être pas une mauvaise chose, en fait. Peut-être que ce magicien se révélerait être un atout.
- Très bien ! s exclama le Prince. Venez, mais ne nous retardez pas ! Allons-y !
Les gardes ouvrirent les portes du Palais et les quatre cavaliers s élancèrent. Ils traversèrent la ville en quelques minutes, puis prirent la route du Nord-Est. La route de Kridath.
Nullement gêné par le Soleil, Dario, sur le toit du Palais, regardait son élève s éloigner. Maintenant qu il était trop tard pour empêcher le Prince de partir, le maître Chanteur avait un mauvais pressentiment. Il allait regagner ses appartements, lorsqu il remarqua une silhouette noire dressée au sommet d une des tours de la forteresse. Dario reconnut rapidement Tanaril de Ganor, le commandant des mages de combat. Lui aussi observait Alexandre et son escorte. « Apparemment, je ne suis pas le seul inquiet, ici » se dit le maître Chanteur.
Et il repartit vers l intérieur du Palais.

Alexandre et ses compagnons chevauchèrent toute la journée vers Kridath. Le Prince remarqua rapidement qu ils étaient les seuls à emprunter la route dans ce sens. Les convois de réfugiés se succédaient, ralliant la capitale. La plupart des gens reconnaissaient Alexandre et le regardaient comme s il s agissait d un fou. Qui aurait voulu aller à la rencontre d Itraïr ? Pour passer le temps, Alexandre discutait avec Artus. Il apprit de nombreuses choses au sujet du mage. Artus était né loin à l Est de Dümrist. Ses dons pour la Magie avaient été découverts quand, au cours d une bagarre, il avait mis à terre trois de ses amis sans même les toucher. Conformément à la coutume, il avait aussitôt été envoyé à l Académie de Magie de Dümrist. Ses pouvoirs n avaient rien d exceptionnel, sauf dans un domaine : Artus était extrêmement doué lorsqu il s agissait de déplacer des objets à distance, même très lourds. Il parvenait même à voler. Grâce à ces compétences, il avait pu s enrôler parmi les mages de combat et apprendre le maniement des armes.
Il avait rencontré le général Thul lod cinq ans auparavant, lors d une bataille qu ils avaient livrée contre l empire d Ethiol. Le général avait compris que ses pouvoirs pouvaient être mieux employés, et l avait engagé dans sa garde personnelle. Depuis, Artus n avait pas beaucoup travaillé, car aucun agresseur ne parvenait jamais jusqu à la garde du général Thul lod. Aussi, il s était porté volontaire pour cette mission, désireux de repartir à l aventure.
A la tombée de la nuit, ils s écartèrent un peu de la route pour camper. Alexandre voulut jauger les pouvoirs réels du mage, et le chargea de quelques tâches. Artus n eut qu à tendre la main pour entasser quelques branches mortes et disposer un cercle de pierres autour. D une simple incantation, il mit le feu au bois. C était bien un magicien, mais ce genre de choses était à la portée de n importe qui possédant quelques pouvoirs. Le Prince fit soulever à Artus des pierres de plus en plus grosses, puis les chevaux - qui ne semblèrent pas apprécier. Le mage n eut aucune difficulté à accomplir ces exercices. Alexandre en conclut qu il était réellement doué, ce qui pouvait lui servir. Mais cela signifiait aussi qu il ne serait pas simple de se débarrasser de lui, le moment venu.
Hustouk et Vladek se relayèrent pour monter la garde. Vers minuit, alors que le capitaine surveillait le campement, Alexandre vint s asseoir à côté de lui.
- Vous n arrivez pas à dormir, Altesse ?
- Je voulais vous parler seul à seul, répondit le Prince. Vous êtes toujours aux côtés de Tarlaq, l occasion est trop belle.
- Je suppose que je dois commencer à me méfier... De quoi vouliez-vous parler ?
- Je voudrais discuter avec vous de ce qui s est passé à Hözel, au début de l hiver. J ai bien cru que vous alliez nous trahir, à ce moment-là.
- Je vous en prie ! s offusqua Vladek. Je croyais que cette histoire était réglée ! Lorsque j ai été contacté par une organisation inconnue pour servir d espion, j ai accepté afin de pouvoir rencontrer notre ennemi !
- C est ce que vous avez expliqué à l époque. Mais, vous avez pris vous-même l initiative de jouer un triple jeu ? Sans en parler à personne ?
- Je ne savais pas à qui me fier. Il y avait peut-être d autres espions. Mon plan aurait pu être découvert si j en avais avisé le roi.
- Et Tarlaq ? Vous ne lui avez rien dit non plus.
- C est vrai, admit le capitaine. Vous le connaissez. Il aurait tout gâché en voulant intervenir trop tôt, ou en choisissant de vous protéger en priorité.
- En d autres termes, vous nous avez tous mis en danger pour pouvoir confondre l ennemi ? Sans savoir comment vous y prendre une fois la bataille engagée ?
- J ai dû improviser, c est vrai. Nous n avons remporté la victoire que parce que j ai pu libérer Tektus de l emprise de notre adversaire. Un plan que j ai conçu dans l urgence.
- Si vous aviez été un véritable traître, vous auriez agi de la même manière en voyant que la bataille tournait à notre avantage...
- Altesse, voudriez-vous insinuer que j avais l intention de vous abandonner ? ! Pensez-vous réellement que j aurais trahi Tarlaq, mon meilleur ami ? ! Dois-je vous rappeler que c est moi qui ai le plus perdu dans cette histoire ? !
En prononçant ces paroles, le capitaine exhiba les griffes de métal qu il portait désormais à la place de sa main gauche. Alexandre sentait que le soldat était sincère, et s en voulut aussitôt de l avoir soupçonné.
- Excusez-moi, dit-il à voix basse. J ai trop réfléchi.
Vladek se radoucit.
- Ne vous en faites pas. C est le devoir d un roi que de se méfier ainsi. Alors entraînez-vous. Mais je ne suis pas un courtisan. Je suis un soldat. Vous pouvez compter sur moi.
Ils demeurèrent un instant silencieux, contemplant la nuit.
- Comment avez-vous rencontré Tarlaq ? demanda finalement le Prince.
- C est une longue histoire. Je viens de la campagne. J aurais dû passer ma vie à travailler la terre, si je n avais pas eu des dons pour le combat. A quinze ans, j ai eu une violente dispute avec le fils de notre seigneur...
- A quel sujet ?
- Une bagatelle, répondit Vladek, gêné. Je ne m en souviens même plus. Ce qui compte, c est que nous nous sommes battus.
- A l épée ?
- Lui avait une épée. Moi, un simple bâton. C est moi qui ai gagné.
- Et c était Tarlaq votre adversaire ?
- Exact. Et j ai gagné son respect. Il aurait pu revenir avec des gardes, mais au lieu de cela il a convaincu son père de me prendre comme écuyer. Par la suite je suis devenu un membre de sa garde. A la mort de son père, Tarlaq a fait de moi son second. Notre amitié a fini de se forger dans des combats ardus, des fuites désespérées et des beuveries interminables...
- Je vois...
C était une histoire banale, mais Alexandre se sentait troublé. Il comprenait mieux ce qui unissait des hommes comme Tarlaq et Vladek. C étaient des frères d armes. Plus que tout, c étaient les épreuves qui rapprochaient les gens. Il ne faudrait pas l oublier.
Le Prince était sur le point d aller se recoucher, lorsque six hommes surgirent de l ombre et s approchèrent du campement. Vladek se leva aussitôt. Même s ils avaient de mauvaises intentions, ces hommes étaient trop loin pour pouvoir les attaquer. Sûrement quelques rôdeurs. Pas de quoi s inquiéter. Le capitaine tira son épée. Cela suffisait généralement à intimider ce genre de personnages. L un des hommes s avança. Ce devait être le chef.
- Nobles seigneurs, inutile de vous affoler ! s exclama-t-il. Tout se passera bien. Nous n en voulons qu à vos bourses.
Bon. Des brigands. Vladek se mit en garde. Alexandre voulut réveiller Hustouk et Artus.
- Non, non, pas de ça ! ordonna le chef en faisant un signe de la main.
Aussitôt, deux de ses hommes brandirent des arbalètes et les braquèrent sur les deux voyageurs. Le Prince détailla ses ennemis. Ils ne semblaient guère redoutables. Ils étaient armés de couteaux et de bâtons. Seuls les deux tireurs étaient une menace. Le jeune garçon porta les mains à sa ceinture.
- Je ne veux pas d ennuis ! annonça-t-il. Voilà votre or !
Et il lança deux de ses poignards sur les arbalétriers. Les lames s enfoncèrent dans leurs bras, et ils lâchèrent leurs armes.
- Partageons donc, capitaine ! s écria Alexandre. Mais évitez de les tuer, si possible ! Ils n ont besoin que d une bonne leçon !
Vladek n attendait que cet ordre. Il se précipita sur les brigands. Le chef brandit son couteau, mais il n eut pas le temps de frapper : la botte du capitaine s enfonçait déjà dans son estomac. Les autres rôdeurs tentèrent de se défendre, mais c était bien inutile. Vladek abattit la poignée de son épée sur la tête du plus proche, puis enfonça ses griffes dans la cuisse de son voisin. Alexandre se jeta alors dans le combat. D un coup de pied, il rejeta à terre l un des arbalétriers, puis repoussa un autre brigand à l aide d une manchette au cou.
Les bandits voulurent s enfuir, mais leur chef les exhorta à reprendre la lutte :
- Allez, les gars ! Ils ne sont que deux ! Eclatez-les !
Son compte n était malheureusement plus exact. Hustouk s était réveillé, et il se jeta dans la bataille. Il esquiva un coup de bâton, empoigna l arme de son adversaire et le frappa au menton. L Ork neutralisa ensuite le chef de la bande d un coup de pied à l entrejambe. Pas très élégant, mais efficace. Profitant de cette diversion, Vladek bouscula les maraudeurs d un coup d épaule et en blessa plusieurs en faisant tournoyer son épée.
Les deux soldats, occupés à infliger à ces maraudeurs une correction suffisante pour les remettre sur le droit chemin, ne remarquèrent pas l arrivée d un septième homme. Celui-ci s avançait calmement vers Alexandre. Il était vêtu d un manteau noir, et une capuche lui couvrait la tête. Le Prince dégaina ses glaives, pressentant que le nouveau venu serait autrement plus difficile à vaincre.
- Qui es-tu ? demanda le jeune garçon.
- Je me nomme Jakarn.
- Tu n es pas avec ces brigands, n est-ce pas ?
- Non. Ils ne sont là que pour occuper vos hommes. Et je ne suis ici que pour vous tuer, Votre... Altesse.
- Et pour quelle raison ? s étonna Alexandre
- Je suis un mercenaire. On me paye et je me bats sans poser de questions. C est simple, clair, et net.
Jakarn dégaina un sabre et s avança lentement vers le Prince, qui se plaça en position de combat. Les deux adversaires s observèrent silencieusement.
L assaut fut rapide. Alexandre et le mercenaire s élancèrent au même instant. Jakarn abattit son sabre à une vitesse surhumaine. Le Prince croisa ses lames et bloqua celle de son ennemi, puis dégagea l un de ses glaives et frappa. L assassin évita l attaque en réalisant une roue arrière, puis bondit à nouveau sur sa proie. Alexandre intercepta le sabre de Jakarn, mais le mercenaire lui décocha un coup de pied qui l atteignit à la gorge. Le jeune garçon tomba au sol en suffoquant.
- Décevant, dit Jakarn en s approchant de sa victime, l arme haute. Très décevant...
Vladek et Hustouk, qui jusque-là s amusaient, repérèrent soudain le tueur. Ils décidèrent d en finir avec les bandits. L Ork para une attaque au couteau, puis lança son bâton au capitaine. Celui-ci attrapa l arme au vol et assomma les brigands qui l encerclaient en quelques coups bien ajustés. Hustouk souleva son adversaire et le projeta sur ses comparses. Les six hommes étaient hors d état de nuire.
Les deux guerriers empoignèrent alors leurs épées et se précipitèrent sur Jakarn. Le mercenaire comprit qu il n avait pas le temps d achever sa victime. Il contra les premiers coups portés par ses adversaires, puis se recula prestement, évaluant ses chances.
S il avait un plan, on ne le sut jamais. Jakarn fut soudain propulsé plusieurs mètres en arrière et retomba lourdement. Alexandre et ses compagnons se retournèrent pour apercevoir Artus, qui regardait le mercenaire, le bras tendu. Le magicien fit un léger geste de la main et Jakarn fut soulevé de terre, puis chuta à nouveau.
- C est bon ! s écria le Prince. Je m en occupe !
Le jeune garçon courut vers l assassin. Il s était laissé surprendre par sa vitesse, mais cela n arriverait plus. Cet homme n était pas invincible, loin de là. Il était temps d en finir.
Les glaives d Alexandre décrivirent deux mortels arcs de cercle. Jakarn dut juger qu il valait mieux s enfuir. Son manteau réalisa un tour complet avant de retomber, vide. Le Prince, stupéfait, scruta les alentours, puis rejoignit son escorte.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:09:52

- Vous avez mis du temps à intervenir, signala-t-il à Artus.
- J ai le sommeil profond, répliqua le magicien. Vous auriez dû venir me secouer. Qui était-ce ?
- Un mercenaire. Il était là pour moi.
- Je savais bien que ce n était pas prudent pour vous de quitter Dümrist, grommela Vladek. Voilà déjà quelqu un qui veut votre mort ! Qui l a envoyé ?
- Je n en sais rien, avoua Alexandre. Je n ai pas réussi à le faire parler assez.
- On pourrait réveiller un de ces brigands, proposa Hustouk. Ils pourraient savoir quelque chose.
- Le plus simple est d essayer, conclut Artus.
Il empoigna le chef des bandits par le cou et lui administra quelques grandes claques. Le voleur ne tarda pas à reprendre conscience.
- Arrêtez ! Ca va ! Qu est-ce que voulez ?
- Que vous détroussiez les honnêtes gens, passe encore, siffla le mage. Après tout, c est votre gagne-pain. Mais que vous agissiez ainsi pour laisser s approcher un assassin, ça ne va pas du tout !
- Mais de quoi est-ce que vous parlez ? grogna le brigand.
Artus dégaina un poignard et en posa la pointe sur la gorge du bandit, qui hoqueta.
- Un homme en manteau noir, entièrement masqué. Tu as bien dû le rencontrer. Tu nous attaques, il nous attaque. Etrange coïncidence, non ?
- Je ne sais rien ! articula le voleur en tremblant. Il nous a payé pour vous détrousser, c est tout ! Il n a rien dit d autre !
- Qu est-ce qu il voulait ?
- Je ne sais pas ! Il a dit qu il se servirait dans notre butin ! Je savais que c était un plan pourri !
- Tu mens, dit le magicien. Je le sens au son de ta voix. Que voulait-il ?
- Je ne peux rien vous dire ! Il a dit qu il me tuerait !
- Pour te tuer, il devra d abord te retrouver. Moi, je n ai qu à frapper !
Pour appuyer son propos, Artus enfonça un peu sa lame dans la peau du bandit. Une goutte de sang perla. Le brigand agitait les yeux en tous sens, cherchant de l aide. Il ne semblait plus capable de parler. Alexandre et ses deux compagnons restaient impassibles.
- Vladek ! appela le mage. Réveillez-en un autre !
Le capitaine releva un voleur qui reprenait conscience.
- Bien, dit Artus en se tournant vers lui. Tu vois, ton chef ne veut pas me révéler ce que voulait votre employeur. Et je n ai pas de temps à perdre. Alors regarde bien...
Sans se troubler, le magicien transperça la gorge du brigand. La malheureuse victime se convulsa en laissant échapper un flot de sang, puis cessa de bouger.
- Vous êtes fou ! s écria Alexandre. Ce n est pas comme cela que l on interroge un suspect ! Ce mercenaire voulait simplement une diversion !
- Nous n avons pas le temps de faire dans la finesse, Altesse. Et je suis sûr qu il y a autre chose.
Artus s approcha du feu et ramassa une branche enflammée, puis s approcha de l homme que tenait Vladek, et qui tremblait comme une feuille.
- Tu as vu que je ne plaisantais pas, dit-il d un ton grinçant. Ton chef a eu une mort douce. Toi, si tu ne parle pas, je te brûle le visage !
Et il agita son tison devant les yeux du bandit. Le Prince voulut intervenir, mais Hustouk le retint.
- C est cruel, Altesse, mais il n y a pas d autre solution.
Cependant, Alexandre voyait bien que l Ork était troublé. Le mage allait trop loin. Heureusement, le brigand céda.
- Pitié, Monseigneur ! lâcha-t-il en pleurant presque. Cet homme en noir nous a simplement dit de ne pas abîmer le contenu du sac du garçon ! C est tout ce qu il voulait ! Je vous en prie, ne me tuez pas !
Sur ce, le voleur s évanouit. Artus se tourna vers le Prince.
- Qu y a-t-il dans votre sac ?
- Rien de particulier, répondit Alexandre sans se démonter. Je propose qu on oublie tout ça. Nous avons besoin de sommeil.
Le magicien regarda le jeune garçon d un air soupçonneux, puis se détendit. Il eut un geste négligent en direction des bandits, qui s éloignèrent en glissant sur le sol. Puis il retourna se coucher.
Vladek reprit son poste de garde. Alexandre, avant d aller dormir, plongea son regard dans les ténèbres, qui semblaient le narguer. Ainsi, quelqu un avait eu vent de ses projets. Une nouvelle menace se profilait.
- Nous nous reverrons, Jakarn le mercenaire, murmura-t-il. Oui, nous nous reverrons.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:10:40

La seconde journée fut différente de la première. Les quatre cavaliers filaient vers le Nord-Est presque sans s arrêter, mais ne croisaient quasiment plus aucun convoi. Cela s expliquait facilement : les réfugiés n avaient plus,le temps de rejoindre Dümrist, et préféraient rester à Kridath. Il fallait se hâter. Alexandre était satisfait de constater qu aucune anxiété n avait touché son escorte. En milieu d après-midi, ils atteignirent Kridath..
La ville se dressait sur un promontoire rocheux. Elle était solidement fortifiée. D épais remparts la protégeaient de tous les côtés. Un fort s élevait en son centre, jouxtant une grande cathédrale. D après sa taille, la cité pouvait abriter deux mille personnes. La porte était ouverte, mais bien gardée. Alexandre s en approcha.
- Tiens ! s exclama un garde. C est rare de voir arriver des gens dans ce sens-là ! Vous apportez un message ?
- En quelque sorte, répondit le Prince. Nous voudrions parler au gouverneur Stall Kogard.
- A quel sujet ?
- Désolé, c est confidentiel.
- Dans ce cas, vous devez avoir un laisser-passer.
Alexandre hésita. En se faisant reconnaître, il pouvait franchir la porte sans encombre. Mais il aimait relever les défis. Il avait décidé de passer sans apprendre quoi que se soit aux gardes, il le ferait.
- Je ne pense pas que le gouverneur apprécierait que vous barriez la route à des messagers importants. Vous devriez vous écarter.
- Donc, vous n avez pas de laisser-passer ?
Artus voulut intervenir, mais le Prince le fit taire d un signe de la main. Le garde était obstiné. Il était temps d employer d autres moyens de persuasion. Et de s amuser.
- Bon, si vous y tenez, voilà mon autorisation, dit le jeune garçon en tendant une feuille de parchemin.
Le garde la lui prit brutalement, tenta de la lire, la retourna plusieurs fois.
- Je ne comprends pas cette langue, déclara-t-il enfin.
- En êtes-vous bien sûr ? demanda le Prince. Regardez encore.
Le soldat se concentra à nouveau sur le parchemin. Soudain, ses yeux plongèrent dans le vague.
- Tout est en ordre, annonça-t-il en rendant la feuille à Alexandre. Vous pouvez passer.
Les gardes s écartèrent pour laisser entrer le Prince et son escorte.
- Je ne savais pas que nous avions un laisser-passer, remarqua Vladek un instant après.
- Nous n en avions pas, répondit Alexandre. Les inscriptions qui figurent sur ce parchemin viennent d un livre que j ai lu à Dümrist. Elles sont sensées soumettre les esprits faibles. Je devais vérifier.
- C est dans ses habitudes, ce genre de chose ? demanda discrètement Artus à Hustouk.
- Complètement ! répliqua l Ork. Avec ce garçon, vous pouvez vous attendre à tout !
Et les quatre cavaliers se dirigèrent vers la forteresse de Stall Kogard.

En traversant la ville, Alexandre remarqua qu elle était occupée par des centaines de réfugiés provenant de tout l Est du royaume. Ils semblaient déjà très éprouvés par la situation. Beaucoup s entassaient dans les rues, tous les bâtiments étant occupés. Aucun ne semblait capable de combattre. Si Itraïr prenait la cité, ce serait un carnage. Son armée n épargnait personne, pas même les enfants. Tout cela était bien triste, mais le Prince n y pouvait rien. Et il n était pas venu pour eux.
Vladek s étonna de voir, par endroit, des structures étranges et inhabitées qui dépassaient du sol : tourelles, flèches, coupoles, pyramides...
- Kridath est construite sur les ruines d une ancienne cité enfouie dans le sol, lui expliqua Alexandre. Personne ne sait qui y a vécu, car elle est déserte depuis des millénaires. Mais il est impossible de démolir les quelques constructions qui se dressent encore à la surface. C est du solide ! On étudie encore ces matériaux pour découvrir le secret de leur résistance.
- Vous avez dit que la ville se trouvait sous le sol, intervint Hustouk. Mais alors, Kridath est truffée de souterrains !
- Exactement. Ils servent le plus souvent de repaires aux criminels, c est pourquoi les forces de l ordre y font des descentes, de temps en temps.
- Et d où savez-vous cela ? demanda Vladek.
- Il suffit de lire des livres, répondit le Prince.
Pour une raison inconnue, le capitaine se renfrogna. Alexandre était troublé. Avait-il commis une maladresse ?
- Il semblerait que nous soyons arrivés, déclara soudain Artus.
La forteresse se dressait devant eux.

Le Prince et son escorte franchirent d autres contrôles, laissèrent leurs chevaux à un garde, et pénétrèrent dans le bâtiment. On les mena au bureau de Kogard, où le gouverneur passait l essentiel de son temps. Lorsqu Alexandre entra dans la pièce, il remarqua aussitôt l agitation qui y régnait. Le bureau était devenu le quartier général des défenseurs de Kridath. C était d ailleurs un bon choix : la salle était spacieuse, et ses fenêtres s ouvraient dans toutes les directions, donnant une large vue sur les environs de la ville. Des militaires et des civils s affairaient partout, consultant des cartes ou des livres, simulant des combats sur des schémas, donnant des ordres à des messagers, commandant à boire...
Stall Kogard était assis à sa table de travail, penché sur un plan de la cité. C était un homme âgé, à l air dur. Il était vêtu d un habit pourpre et or. Il paraissait très concentré Lorsque le garde qui avait accompagné Alexandre vint lui annoncer que des envoyés du roi étaient ici, il ne leva même pas les yeux.
- Je suppose qu ils viennent me demander encore une fois de me replier sur Dümrist. Et la réponse est toujours la même : non !
- Je comprends très bien votre point de vue, déclara le Prince en s avançant. Vous souhaitez protéger tous les réfugiés qui s entassent dans votre ville. C est très honorable de votre part. Mais je suis pas venu vous donner des ordres.
Le gouverneur se redressa et dévisagea le jeune garçon. Il eut un sourire moqueur.
- Maintenant, on envoie des gamins pour... Votre Altesse !
Son attitude avait changé du tout au tout. Il arborait maintenant une expression d extrême déférence. Toutes les personnes présentes dans la pièce avaient interrompu leur travail et s étaient tournés vers le Prince.
- Heureux de voir qu il y a au moins une personne qui me connaît dans toute cette cité, dit Alexandre.
- Mais, que faites-vous ici ?
- Comme je le disais, je ne suis pas venu pour vous donner des ordres. Je veux mettre en sécurité les cendres de Saint Gapor.
Il y eut un silence. La situation avait quelque chose de ridicule. Soudain, tous éclatèrent de rire. Alexandre s attendait à cette réaction et adopta un petit sourire gêné.
- Bon, reprit-il. Vous vous êtes tous bien amusés, pourrais-je connaître votre réponse ?
- Mais enfin, Altesse, répondit Kogard, vous vous rendez dans une ville presque assiégée pour récupérer de vieux ossements ?
- Ces reliques sont des cendres, intervint Artus. Et mon maître, le général Thul lod, y attache une grande importance.
- J ai toujours pensé que Pyers devenait gâteux, répliqua le gouverneur. Apparemment, c était vrai.
- Bon, pourrais-je connaître votre réponse ? ! s exclama le Prince.
Kogard reprit un air sérieux.
- Si vous y tenez vraiment, je vous autorise à récupérer ces... choses. Sylvia va vous conduire à la cathédrale.
- Sylvia ?
- Ma fille.
Une jeune femme d une vingtaine d années se détacha du groupe des subordonnés du gouverneur. Elle était blonde, plutôt jolie et visiblement sportive. Elle portait un pourpoint bleu, et de ce détail Alexandre déduisit qu elle méprisait les convenances. La bienséance voulait en effet que les femmes portent des robes, même en temps de guerre.
- Si vous voulez bien me suivre... dit-elle d un ton mielleux tout en s inclinant.
Juste avant de quitter le bureau, Sylvia échangea un clin d oeil avec son père. Cet événement n échappa pas au Prince, qui commençait à ne plus supporter qu on lui adjoigne un chaperon à la moindre occasion. La liste des personnes à éloigner venait de s allonger d un nom.

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 11:12:04

Voilà. Vous devriez pouvoir vous faire un avis d´ensemble.

Shadowknights
Shadowknights
Niveau 10
27 juin 2005 à 15:55:50

waouh,y´a du monde aujourd´hui
bon aller :bye:

Sylvarant
Sylvarant
Niveau 10
27 juin 2005 à 15:59:03

KaiM on s´en fout

BlueSheena
BlueSheena
Niveau 10
27 juin 2005 à 16:39:36

Nan je suis pas parie ! !! J´était juste en révision intensive pour l´histoire maintenand je peux revenir ! !
pfffuuuu . ... fini le brevet de francais et d´histoire tout va mieux mantenand il ne reste plus que les maths ( bof) et c´est les vacances ! !! ( merci que ceux qui sont en vacance depuis un mois de ne pas faire de commentaire)

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 17:07:55

Sylvarant :d) Si ça t´intéresse pas alors TU t´en fous. Ca ne veut pas dire que personne ne veut lire cette histoire. Donc ton " on" est déplacé et ton commentaire pas très constructif.

Sheena :d) Chuis en vacances depuis un mois gniark. T´as remarqué que j´ai écrit une suite?

BlueSheena
BlueSheena
Niveau 10
27 juin 2005 à 17:14:07

oui oui j´ai vu c toujours autant super ( c francais ? ?)
tien j´ai un site qui devrait t´interresser

elwing10
elwing10
Niveau 10
27 juin 2005 à 17:14:43

:salut: a ts!! sa va?

Sylvarant
Sylvarant
Niveau 10
27 juin 2005 à 17:14:45

Dsl KaiM

KaiM
KaiM
Niveau 11
27 juin 2005 à 17:41:59

Sheena c´est quoi ton site?

elwing10
elwing10
Niveau 10
28 juin 2005 à 17:42:18

slt a tous!!!sa va ? enfin si ya qqun...moi g fini le brevet!!!!

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