Baudouin est connu pour être un homme profondément croyant, catholique. Il n’apprécie pas l’évolution de la société qui amène, dès 1971 et en vain, une proposition de loi sur l’avortement. La proposition de loi Lallemand-Michielsen, qui se base notamment sur le livre Abortus pro/contra de l’expert en science éthique Hugo Van den Enden, rencontre ensuite une forte opposition et des pressions de diverses personnalités politiques, comme en a témoigné Roger Lallemand19, et du roi.
En 1990, celui-ci refuse donc, par scrupule de conscience personnelle, de sanctionner cette loi qui propose la dépénalisation conditionnelle de l'avortement. Le 30 mars, Baudouin écrit au premier ministre Wilfried Martens : « Ces derniers mois, j’ai pu dire à de nombreux responsables politiques ma grande préoccupation concernant le projet de loi relatif à l’interruption de grossesse. (...) Ce projet de loi soulève en moi un grave problème de conscience. (...) Vous comprendrez donc pourquoi je ne veux pas être associé à cette loi. En signant ce projet de loi et en marquant en ma qualité de troisième branche du pouvoir législatif, mon accord avec ce projet, j’estime que j’assumerais inévitablement une certaine coresponsabilité. Cela, je ne puis le faire pour les motifs exprimés ci-dessus. (...)20. » Le Souverain invite dès lors « le gouvernement et le Parlement à trouver une solution juridique qui concilie le droit du Roi de ne pas être forcé d’agir contre sa conscience et la nécessité du bon fonctionnement de la démocratie parlementaire »20.
Sur la base de l'article 93 de la Constitution21, une parade juridique est trouvée : le Conseil des ministres constate que le roi est « dans l'impossibilité de régner » ce qui permet aux ministres réunis en conseil de sanctionner la loi le 3 avril 1990. Le 5 avril suivant, le roi est rétabli dans ses fonctions après un vote des Chambres réunies constatant que l'impossibilité de régner a pris fin. Certains Belges, dont Guy Verhofstadt22 considèrent cette astuce comme inconstitutionnelle puisque la Constitution n'envisage que les cas de maladie ou d'éloignement physique du roi, que la Constitution23 ne donne les pouvoirs du Roi aux ministres qu'en cas de décès de celui-ci24, qu’en cas d'impossibilité de régner, c'est aux Chambres réunies de pourvoir à la tutelle et la régence25.
L’attitude du roi, qui a donc posé un sérieux problème institutionnel, a cependant pour conséquence une augmentation de sa popularité telle qu’il est proclamé « homme de l’année » par les médias.