Le fait que je devais demander l´après-midi même à Emilie si elle voulait bien manger avec moi le lendemain midi me faisait extrêmement stresser, tant et si bien que j´oubliai encore une fois le contrôle d´Histoire...
J´écrivis ce que je pouvais et rendis mon torchon au prof sans aucune crainte d´avoir une mauvaise note. Eh, c´est que j´avais des choses plus importantes à faire.
J´attendis dans le couloir qu´Emilie sorte de la classe. Elle sortit parmi les derniers : "elle est sérieuse et intelligente !" pensai-je, ce qui m´arrangea bien parce que je voulais lui parler seul.
"Je voulais te demander un truc..."
"Ouais ?" dit-elle en souriant.
Doux Jésus, son sourire était une torture. Je ne pus m´empêcher de bafouiller et de rougir :
"Je... Tu, manger... faim... demain"
"Quoi ?"
Je me ressaisis et lui expliquai les choses de manière plus clair : "Je me demandais si t´accepterais... de manger avec moi demain midi, après les cours. Enfin, si t´as envie..."
"Ouais, d´accord."
"Bon bah..."
"Ouais...
"Euh..."
"Salut alors."
"Oui."
Je m´approchai pour lui faire la bise (ouch que ça sent bon !
) puis la regardai s´en aller, un filet de bave coulant le long de mon menton.
Je rentrai chez moi et n´ouvris même pas mon agenda. J´étais un rebelle maintenant. Suivre en cours, faire ses devois, c´était plus pour moi, ça !
Je m´endormis en pensant à cette merveilleuse journée.
Le lendemain, je me demandai tout d´abord en m´éveillant quelle était la chose qui me rendait heureux, étant donné que d´habitude, c´était limite si j´agressais pas les autres prenant leur petit-déjeuner sereinement.
Et je me souviens : c´était Emilie ! J´allais la voir presque toute la journée !
La journée en cours fut normale, c´est-à-dire chiante, affligeante, soporifique, pour ne pas dire abrutissante.
Mais lorsque la sonnerie annonça midi, mon coeur se mit à danser la tecktonik dans ma poitrine !
Emilie me rejoignis à l´extérieur et me demanda : "Alors, où est-ce qu´on va ?"
En tant normal, j´aurais répondu "Dans ton cul !" mais il s´agissait de ma fiancée, tout de même.
"Ben, il y a un resto là-bas où on peut bouffer des hot-dogs. Ca te va ?"
"Ouais, parfait."
Ainsi nous nous dirigeâmes vers ce fameux restaurant. Mais j´étais tellement stressé que je n´avais même plus faim. Elle, pourtant, paraissait tout à fait tranquille.
"T´es bien silencieux" dit-elle.
Je remarquai alors que je n´avais pas ouvert la bouche depuis tout à l´heure ! Mon dieu, quel sombre imbécile !
"Désolé, j´ai pas l´habitude de parler beaucoup, d´ailleurs tu risques de te faire chier avec moi..."
"Mais non, dis pas ça !"
Oh, quel ange ! Elle commença à faire la conversation toute seule, et puis petit à petit je la rejoignis, et enfin je me libérai ! Pas autant qu´avec mes potes, mais au moins j´arrivais à formuler des phrases censées !
J´avais même retrouvé l´appétit en arrivant au restaurant. J´engloutis deux hot-dogs et un coca, en me rendant soudain compte que j´étais en train de bouffer comme un porc.
"T´as vu le serveur, il a une tête de tic-tac, tu trouves pas ?" me dit-elle.
Je la regardai d´un air ahuri, puis nous éclatâmes tous les deux de rire. Ce qu´elle était drôle, cette fille !
Une fois bien rassasié, je pensai à régler l´addition. Et là, malheur des malheurs... Je ne trouvais plus mon argent. Je la regardai d´un air terrifié, me forçant à sourire.
"Euh, merde..." dis-je.
"Quoi ?"
"Je trouve plus mon argent."
En réalité, j´avait tout simplement oublié d´en apporter, mais il ne fallait pas qu´elle apprenne que j´avais fait preuve de tant de négligence. Non mais sérieux, il n´y avait que les no-lifes pour penser qu´on pouvait s´aventurer dehors sans argent, qui plus est avec une fille !
"Je comprends pas, dis-je, j´avais un billet dans ma poche, mais je le trouve plus..."
"Laisse, je vais payer."
Dans quel pétrin je m´étais fourré...
"Attends... Je te rembourserai, je payerai le repas. Je suis désolé, je voulais pas que ça se passe comme ça..."
"Non, c´est pas grave."
"Si, je tiens à payer. Je te ramènerai l´argent ce soir."
J´espérai que ça suffirait à me rattraper.
Nous sortîmes et elle se tourna vers moi :
"Bon, c´était sympa ! Mais il faut que j´y aille là, j´ai des courses à faire avec ma mère... Enfin, je peux pas rester..."
"D´accord. A ce soir alors."
"Ouais !"
Elle se pencha et déposa un baiser sur ma joue, tout prêt de la bouche, en insistant bien. Puis elle me sourit et s´éloigna.
J´espérai qu´elle n´avait pas remarqué mon air ahuri.