IV Adieu à Minas Forë
La nuit ne finissait pas . En fait, depuis 6 jours un épais brouillard glacial enveloppait le paysage . Le royaume d´Altaïr vivait au ralenti et les gens étaient exaspérés . Kervinië tentait d’apercevoir la foule qui s’était amassée devant le Praesidium, dès que la cloche de 8h retentit . Cependant il ne voyait rien à travers la vitre arrière gauche du "rickshaw" qui l’emmenait à l’embarcadère D . Mais il ne regrettait rien de cette impossibilité, son esprit étant préoccupé à d’autres choses .
L´Empire devenait la proie d’émeutes de toute sorte . Beaucoup de ses habitants avaient alors pris un billet sans retour pour Midgard,la capit espérant retrouver la tranquillité et la sérénité . Kervinië avait dû se résoudre à quitter son poste au Ministère de la Magie qui lui assurait un revenu de 3.900 aurei par mois . Fini l’enseignement dispensé à l’Elite ; fini aussi les longs repos dans sa grande villa enfouie dans une végétation luxuriante .
D’Asgard enflait la rumeur d’un complot visant tout simplement à la destruction des deux mondes . Les attentats des derniers jours, les meurtres gratuits, la disparition de la Pierre d’Opale, tout cela affolait Kervinië . Il ne comprenait surtout pas comment une cité si prospère pouvait devenir la proie de la peur,de la haine, de la folie du désespoir . Le brouillard avait vraisemblablement mis fin au désordre régnant,mais combien temps durera cette fausse paix ?
La voie Droite semblait longue au passager . Des contrôles de sécurité s’effectuaient tous les 3 miles …. « Oui,je suis le Professeur Beren Kervinië, membre du Conseil Supérieur de la Magie . – Vous pouvez passer… » . L’Honorable professeur n’avait pas hélas le passe spécial qui lui aurait permis d’éviter tous ces retards . Depuis 3 jours , la Police de la Fédération était sur les dents, patrouillant la région, contrôlant et arrêtant les passants, envoyant à Kaban les présumés coupables de cette vague terroriste . La solution ultime préconisée par le Praesidium était l’interdiction d’user de sorts et sortilèges, sauf si la mort était imminente . Elle n’était pas encore appliquée car il n’existe pas de magie permettant d’annuler la mort . De façon pratique,la fuite était préférable,étant donné que les Vicks ont de maints pouvoirs sur la Terre,forts différents de ceux d’Altaïr .
Pourtant Kervinië n’avait pas voulu fuir sous le poids de la panique ou de l’emprise d’un conseil d’ami . Son départ était de plein gré, qui n’affectait rien ses proches . En effet,le Professeur, sémillant quadragénaire, était veuf et ses enfants n’avaient pris qu’une fois le Bifrost,pour ne pas revenir à la Cité de la Magie . Il ne faisait pas partie du Cercle Interallié des Magiciens Emerites, ni militait pour un retour aux sources des pouvoirs magiques . Sa sincérité et son goût de vivre lui permettaient d’éviter de rencontrer des personnes empreintes d’idées noires, serviteurs plus ou moins déclarés de l’Ombre . Il refusait toute forme de violence et ainsi préférait partir .
Le taxi était arrivé à l’embarcadère D . Après avoir réglé la course (13 miles à peu près à payer), Kervinië fila sur le quai où un flamboyant aérotrain s’était arrêté . Le Bifrost conduisait normalement 20 à 30 passagers par semaine, mais en raison des événements l’on pouvait approcher la cinquantaine . Un dernier adieu sur la Ville, construite en forme d’hémicycle, un dernier regard direction du ciel altaïri et c’était le saut dans Vatya, le vide qui séparait les 2 planètes . Kervinië se remémora le départ de Jénova, la Calamité des Cieux,l’une des servantes de l’Ennemi … puis s’endormit ; la magie propulsant le train avait des pouvoirs lénifiants remarquables .