oki, pas de problème
Bon, j´ai finalement pu boucler le chapitre 27 !
Alors j´ai souvent pu dire de certains chapitres qu´ils marqueraient une révolution dans l´histoire, un tournant du scénario et que plus rien ne serait comme avant, mais là, je suis sûr que c´est la bonne ! Chapitre 27, un peu plus long que la normale, et pour une fin deus ex machina qui plait tant à fff
"Beyond the wasteland" de la BO de AC est excellente comme musique de fond si vous voulez vous immerger, ça semble annoncer quelque chose de nouveau pour la suite, qui tardera un peu plus à venir peut-être...
En attendant, bonne lecture à vous !
Chapitre 27
« -Que se passe-t-il ?
-Je ne sais pas…Tout s’est éteint d’un seul coup et j’ai perdu le contrôle du tram…Heureusement que nous étions dans une ligne droite, sinon nous aurions déraillé…
-Excusez-moi…J’ai entendu un coup de tonnerre…
-Oui, moi aussi, la foudre a du s’abattre sur la centrale électrique des quartiers sud, toute cette partie de la cité doit être privée d’électricité maintenant. »
Rachel entendait cette conversation de l’intérieur du wagon et lorsqu’elle reconnut la voix de Landry qui était descendu du train depuis quelques minutes, elle décida de se lever à son tour, alors elle abandonna son sac à dos noir sur la banquette et rejoignit le sombre sas de sortie. En deux pas, elle descendit les trois marches qui la séparaient de l’extérieur et bientôt, elle foula l’épais gravier sur lequel reposait le rail. La ligne se trouvait dans une tranchée de briques brunes, entre les deux rangées de barrières bleues, au-delà desquelles les bâtiments bordant les premières rues pointaient visiblement. Quelques passants s’étaient arrêtés et, penchés par-dessus la rambarde de sécurité discutaient avec le chauffeur du tram pour tenter d’élucider le mystère de ce brutal arrêt. Rachel remarqua les sillons qu’avaient creusés les importantes précipitations de la veille au pied des murets, il demeurait au fond de ces tranchées une flaque d’eau trouble reflétant le lourd ciel de traîne.
Bien que ce fut l’été, la nuit semblait guetter et le soleil se distinguait de plus en plus difficilement derrière les nuages qui se teintaient de rouge. Lorsqu’il vit la jeune fille se rapprocher de la petite douzaine de passagers descendus du tram, Landry se rendit au près d’elle et lui dit rapidement :
« -Fichue journée, hein…Rachel y répondit par un impuissant haussement de sourcil à peine suivi d’un soupir.
-Hé ! Appela un homme tout juste sorti de chez lui dans la rue avant de se pencher par-dessus la barrière. Il n’y a plus la moindre trace d’électricité chez moi !
-Ici non plus ! Résonna une autre voix dans un appartement voisin.
-Il n´y a plus aucun doute... Murmura le chauffeur en se massant sa petite barbe blanche. Il y a eu une panne de courant... Très bien, je propose que nous sortions tous de la tranchée par cet accès-là ! Déclara-t-il en indiquant du doigt un petit escalier qui montait jusque dans la rue.
-Et bien, va prendre ton sac, on va y aller aussi... Annonça Landry en regardant pauvrement Rachel. »
La jeune fille obéit silencieusement, elle remonta dans la voiture et retrouva la place qu´elle avait occupée depuis Junon. Elle y reprit son sac et aussitôt, elle abandonna le tram qui passerait donc la nuit au fond de l’humide fossé à attendre que les mécaniciens de la ville ne l´aide à regagner la gare. La quinzaine de personnes qui avaient évacué le train se retrouvèrent bientôt de l´autre côté des barrières bleues, mêlées à la petite foule du quartier qui commençait à les entraîner vers un bâtiment trapu et jauni dans un coin de la rue.
Il s’agissait d’une auberge, le gérant venait d’annoncer à l’un des badauds qu’il ferait don de ses appartements en attendant que les services de la cité eussent rétabli le courant. Landry suivit la foule avec recul, car il gardait un œil bienveillant sur Rachel, restée à l’écart des passagers, le regard dans le vide et s’entourant fébrilement de ses bras. Le jeune homme s’arrêta et la regarda avec un petit sourire qu’il ne simula pas. Lorsque l’adolescente l’eut rejoint, elle s’appuya contre l’épaule de son seul ami et se plaignit dans un profond soupir : « Je ne reviendrai donc jamais à la maison ?! »
Landry ne répondit pas, il se serra simplement davantage à elle et lorsque la dizaine de voyageurs rentrèrent dans le bâtiment qui occupait noblement le coin de la rue, les deux adolescents s’assirent à un banc de pierre, au pied de la façade. Dans ce quartier périphérique, les constructions ne semblaient pas aussi modernes qu’au centre-ville et les grandes barrières rocheuses étaient encore visibles au-dessus des toits bruns, tandis que vers le sud, les jardins d’Adora se dessinaient encore et le porche sous lequel passait la ligne de tramway délimitant l’entrée du quartier ne se discernait pas encore tout à fait à cause des résidus de brouillard humide. Plus aucun bruit ne perçait, ni même au loin ; la vie semblait avoir complètement perdu son sens lors de la coupure d’électricité et le monde s’était arrêté.
« -Quelle salle journée, n’est-ce pas ?! Fit soudainement Landry visiblement accablé par ce calme.
-J’ai connu mieux…Répondit la jeune fille en croisant les mains sur son ventre, marquant le début d’un long silence…
-Je voulais savoir…Reprit Landry de nouveau agacé par la quiétude, ce qui eut le mérite de faire sourire Rachel. Comment on va l’appeler ?
-Oh…Michel(le), comme ça on ne s’inquiètera pas de savoir si ce sera une fille ou un garçon…Rétorqua spontanément Rachel avec un sourire.
-Bien…Déclara alors le jeune homme en se levant brutalement pour ne pas laisser transparaître que lui aussi s’empêchait de rire. Je vais à l’intérieur pour…pour boire un coup… »
Landry disparut alors derrière la porte en bois de l’auberge et se mêla à la foule parlant fort et riant parfois en toute quiétude autour d’un verre, ne se souciant guère de leur impuissant statut de misérables humains, si fragiles, si chétifs. Rachel n’y pensait déjà plus. Elle pencha doucement la tête derrière elle et regarda le ciel, il était à présent tout ensanglanté et quelques sombres vagabonds l’arpentaient en silence. Il n’y avait alors plus aucun bruit, sinon le lointain murmure des hommes. Un terrifiant silence dont la chute paraissait inéluctable et terriblement proche…Une lueur argentée s’alluma bientôt dans les plus hautes strates des cieux ; ce n’était pas la lumière artificielle des hauts monuments de Gaïa, mais le réel appel de la nature.
Soudain, un horrible cri déchira l’atmosphère et alarma Rachel qui se leva immédiatement. La jeune fille explora du regard le quartier tout autour d’elle, essayant de deviner d’où pouvait avoir été poussé ce hurlement en se guidant de l’écho de celui-ci dans l’air chaud. Mais tout ce qu’elle vit fut un incroyable dédain des gens qui continuaient de se promener, de parler gaiement, comme si aucun d’entre eux n’avait entendu cette terrifiante plainte. Rachel chercha curieusement, et se laissant guider par son pressentiment, elle traversa la rue et arriva bientôt le long des barrières bleues du tramway et alors elle se pencha par-dessus la rambarde et inspecta le fond de la tranchée.
Ce fut là qu’elle trouva avec trouble la petite fille à la robe blanche. Elle était assise, adossée contre le mur et regardait Rachel de ses implorants yeux bleus imbibés de larmes. De grandes cernes rouges démarquaient son regard sombre, tout dans son visage indiquait qu’Elle avait longuement pleuré, elle semblait catastrophée et sa bouche en était encore toute tordue de remord.
« Va-t-en ! Hurla-t-elle en apercevant Rachel à quelques mètres au-dessus d’elle. Tu dois partir d’ici Rachel ! J’ai vu l’avenir et tu vas mourir demain ! Mais il est encore temps de fuir ! »
Rachel la regarda minutieusement et avec perplexité. Lorsque le spectre eut fini, Elle ferma lentement les yeux, versant ainsi une larme transparente que retinrent un court instant ses cils avant de rouler lentement sur sa joue. Alors Elle pencha la tête et posa le front sur ses genoux qu’elle entourait de ses bras. Ce ne fut qu’après avoir médité et pleuré dans cette position pendant la moitié d’une minute qu’elle murmura assez distinctement pour que Rachel l’entende : « Voilà. C’est tout. Au revoir Rachel… »
Mélancoliquement.
Puis le vent balaya le fond de la tranchée, et souffla dans les haillons dans la petite fille recouverte d‘un voile poussière. Elle disparut lentement, devenant petit à petit transparente et bientôt, elle avait complètement disparu, emportée par le vent. Rachel se trouvait toujours appuyée à la rambarde, le fer froid appuyant sur sa peau et le souffle qui emmêlait vivement ses cheveux lui donnèrent froid. Les paroles du spectre demeurèrent énigmatiques, la jeune fille ne voyait pas comment les comprendre. Les colères de la nature n’avait donc pas suffi à écraser Gaïa. Ou bien elle serait elle-même le prochain appât de la mort. Rachel plissa les yeux pour se focaliser sur ses pensées qui l’effrayaient déjà. Le fantôme lui avait déjà prédit qu’elle tuerait ses proches de ses propres mains. De ses propres mains ! Pour se défendre ?! Le danger serait donc eux ?
Landry arriva en silence derrière elle, il déposa un verre plein sur la rambarde à côté du bras de Rachel.
« -Un soda ? Invita-t-il. La jeune fille ne répondit pas, elle semblait extrêmement perplexe derrière ses yeux noirs. Quelque chose ne va pas ?
-Je me demande ce que nous réserve l‘avenir…
-Ca tu l’as dis ! Jeta le jeune homme en prenant une goulée dans son verre. »
Rachel sentait la soif dans sa gorge. Alors elle dirigea sa main vers son soda, mais au moment de le saisir, elle interrompit son geste, subitement intriguée par quelque chose. A la surface de l’eau venaient de ses dessiner des ondulations. Elle ne bougea pas d’un cil, maintenant implacablement son regard sur sa coupe, et alors elle vit les frissons parcourir de nouveau la surface du liquide.
« -J’ai l’impression que ça ne va vraiment pas…Rappela Irvin alerté par cette étrange procession.
-Regarde le verre…Les ronds dans l’eau…
-Oui…C’est étrange…Confirma le jeune homme en se penchant à son tour sur le verre. Il tourna alors la tête vers le tram qui reposait toujours au fond de la tranchée.
-Ca se rapproche… »
Les deux adolescents froncèrent ensemble les sourcils, se concentrant sur l’atmosphère, essayant de percevoir ce qui se passait. Les ondulations ne cessaient de se répéter, gagnant à chaque fois en amplitude. Rachel leva alors les yeux au ciel, elle vit les nuages qui s’éloignaient vers l’océan et le ciel rouge dans lequel le soleil depuis longtemps absent avait déjà bien terni son rayonnement. Aucune tempête ne se préparait en cette fin de soirée, mais une silhouette se dessina bientôt dans le firmament, loin, et commençant à gronder de la même façon que le tonnerre… « Mais ça ne ressemble en rien à tout ce que j’ai jamais vu… »