Chapitre 18 : Etat de Conscience Altérée
-Il y a beaucoup de monde, ici, constata Thanatos. Si ça ne vous dérange pas, je vais vous soulager d’un inutile.
Il pointa un doigt vers Tyranos, et celui-ci fut attiré inexplicablement au squelette. Le visage du garçon fut parcouru d’une expression terrorisée, mais personne n’osa bouger. Et la mort cueillit un fruit qui n’était pas mûr.
Aurasmash restait figé, sans arriver à admettre que le trépas de son meilleur ami était bien réel.
De son côté, Clad se sentait bête. Quelques minutes plus tôt il en avait voulu à Tyranos car il croyait que le jeune homme allait survivre à ce combat. Une culpabilité immense naquit dans le cœur du Général de la Foi.
Tous les autres Généraux, ainsi que Chaos et Cosmos regardèrent avec horreur le plus jeune d’entre eux se faire impitoyablement occire. Ils n’eurent pas le temps de pleurer pour certains, seule la crainte d’être confronté à ce démon subsistait.
Aurasmash réagit soudainement. Ses pupilles blanchirent, et une lance se forma dans sa main, immaculée et brillante. De son côté, Clad s’était déjà jeté sur Thanatos, Zantetsuken en première.
La faux para la lame, et une main squelettique s’empoigna de la lance sacrée. Toutefois, la main dut rapidement lâcher prise car le pouvoir contenu dans l’arme magique brisait son essence négative.
Thanatos matérialisa une deuxième faux et tenta de trancher Clad, mais une colonne d’eau projeta le squelette en l’air. Une mélodie jouée à la harpe accompagna le combat, une sirène jouait pour leur victoire.
En l’air, un lion ailé attrapa Thanatos et le broya entre ses puissants membres, mais il constata vite qu’il n’y avait qu’un vieux drapé noir, pas de trace de squelette.
Le hennissement d’un cheval obligea les deux Généraux à se retourner. Dans son drapé habituel, Thanatos se trouvait sur une monture cadavérique. Dans chacune des mains du squelette, une faux qui réclamait du sang et du désespoir.
Le cheval se rua sur Clad, et finalement les deux faux le tranchèrent impitoyablement. Ondine disparut en même temps, l’expression figée. Le Général de la Foi, lui, savait bien qu’il devait mourir, mais il aurait bien aimé être utile à ceux qu’il quittait trop tôt.
Dans la tête des autres Généraux naissait cette amère impression d’être à l’abattoir.
-Si Nanaki était là, on pourrait empêcher Thanatos de nuire, pesta Chaos.
-Pourquoi ? demanda Linoa. Qu’a-t-il de particulier ?
-C’est lui qui a les derniers joyaux restants, et ce sont ces joyaux qui permettront de sceller Thanatos, répliqua Cosmos.
-En gros, il faut qu’on l’occupe ? questionna craintivement Akirzo.
Les jumeaux se regardèrent, puis firent un signe de tête affirmatif au Général de la Justice.
-Alors c’est parti, dit simplement S-Leonhart.
Ce dernier tendit le bras, positionna la paume de sa main vers le plafond, et une sphère d’eau naquit. Une fine pluie tomba dans la salle, tandis que Thanatos croisait le fer avec Aurasmash, en difficulté.
Linoa se sentit légère, bénie par les vents. De son côté, Akirzo commençait à prendre la forme d’un taureau gigantesque, qui n’impressionna personne cependant. Acro avait déployé deux lames orangées au niveau de ses poignets, et se prépara à l’assaut.
Une balle hydraulique fut propulsée sur Thanatos, ce qui le désarçonna. Celui-ci, intrigué, se retourna vers les Généraux, et contempla un taureau féroce et enragé qui lui asséna un violent coup de poing qui projeta le squelette. Derrière lui, Linoa, furieuse, l’attrapa au niveau du cou et l’entraîna dans une chute de plusieurs mètres. La nuque se brisa lorsqu’elle rencontra le sable mouillé. Acro se jeta à ce moment-là sur Thanatos et le découpa subrepticement.
Ils attendirent quelques temps. Aucun bruit. Puis le sol se mit à trembler et les murs éclatèrent.
*
**
Le château de la Coterie s’effondra, usé par le combat qui faisait rage depuis maintenant une heure ou deux. Pourtant, quatre Généraux étaient déjà tombés. Le souhait de tous était l’arrivée imminente de Nanaki.
Ils durent poursuivre le combat dans la plaine qui entourait La Coterie. Les nuages s’étaient accumulés et l’atmosphère lourde les épuisait encore plus.
Et puis, il y avait Thanatos, qui semblait invincible, car il était mort et que les morts ne peuvent plus mourir.
Les Généraux survivants se remettaient de la destruction du château et de la fuite qu’avait permise Linoa suite à son réflexe de porter tout le monde grâce à sa maîtrise des vents.
C’est cette même Général de la Sagesse qui repartit au combat la première. Ses déplacements étaient rapides et fluides, et Thanatos eut du mal à la suivre. Toutefois, le squelette jugea qu’il s’agissait de la bonne occasion pour faire un fou (en l’occurrence une folle) de plus.
La capuche s’abaissa lentement puis des cavités énucléées fixèrent Linoa, et lorsque les regards se croisèrent, c’en fut fini d’elle.
Le vent ne la porta plus et elle s’effondra sur l’herbe, se tordant de douleur. Elle hurla ce qu’elle pouvait, mais dans cette situation là, Thanatos pouvait en faire ce qu’il désirait.
La faux se leva, S-Leonhart et Gamemaniak couraient vers la femme, mais ils arrivèrent trop tard. Du moins, ils le crurent, car un petit être parvint à sauver Linoa.
Acro, tout joyeux qu’il eût été, n’avait pas hésité à s’interposer et à recevoir le croissant de lune dans le ventre. Il était pourtant heureux. Il regardait la femme avec un regard à la fois doux et désespéré.
-Maintenant, Linoa plus en colère contre Acro…
Le Général de la Sagesse, ayant perdu la raison, la recouvra l’instant de deux secondes, où une larme courut sur sa joue. Puis ses yeux s’écarquillèrent, et la crise empira. Elle se jeta sur Acro, lui donna des giffles, tenta de le réveiller, s’entailla les doigts en voulant enlever la faux, elle hurlait au petit être de se réveiller, mais bien sûr c’était inutile. Comme Soccer-Cyborg, Zell, Tyranos et Clad, le petit et indomptable Acro avait trouvé la mort. La culpabilité de Linoa, en se mêlant à sa folie, donna un tableau qui marqua profondément ses autres compagnons. Une pluie tomba faiblement, avant qu’un éclair déchire les nuages. S-Leonhart ne pouvait plus contenir sa colère, et hurla lui aussi. Il accomplit quelques signes incantatoires avec ses mains, puis fut décochée de sa bouche une flèche aqueuse qui transperça Thanatos.
Un souffle glacial capta l’attention du général de la Mélancolie. Derrière lui, Thanatos, prêt à le trancher.
Un miroir s’éleva subitement entre la Mort et l’humain.
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