Bon voilà ; s´en est fini de la 4° Partie...Bonne lecture
Chapitre 5
Du sommet de l’arbre, l’immense jungle se faisait toute petite sous son manteau de nuit. Quelques parts sous l’épais feuillage des arbres de la Forêt des Songes, on pouvait apercevoir la lumière se dégageant des fées noires. Chaque arbre, chaque feuille qui composait cet gigantesque canopée apportait sa couleur à la mosaïque ténébreuse. Alice, Léna et Sin étaient toutes les trois assises au bord de la branche, scrutant avec passion l’horizon que sillonnaient de sombres nuages. Sin tendit la main vers une grande colline qui émergeait de la jungle « Tu vois, Alice ? » Demanda-t-elle en pointant quelque chose vers le vide.
La jeune femme regarda vers le bout de l’index et aperçut en effet trois points lumineux formant vaguement un triangle équilatéral.
« -C’est là-bas que nous nous rendons. Expliqua la fée.
-De quoi s’agit-il au juste ?
-Personne n’a jamais vu ce que c’est…J’ai cru voir des tours une fois, c’est la porte du monde des humains.
-Ah…Et nous marcherons toute la journée de demain pour y arriver ? »
Aucune des deux jeunes fées ne répondit ; c’était une évidence. Mais Léna avait surtout peur d’évoquer une nouvelle rencontre avec une fée noire. Elle avait eu peine à expliquer à l’humaine comment elles étaient sorties de l’embuscade de l’arbre, et comment elle avait eu peur en découvrant le corps d’Alice inanimé… « Je ne pensais pas que ces créatures étaient si puissantes. » Avait dit Léna. « …et maléfiques » compléta Alice dans sa tête, n’osant évoquer son cauchemar insignifiant pour elle.
C’est au clair de lune que les trois aventurières trouvèrent le sommeil après cette éprouvante journée. Alice rêva à Adeline, cette personne qu’elle cherchait déjà, avant son amnésie ; elle ne savait pas de qui il s’agissait, ce à quoi elle ressemblait, ce qu’elle lui demanderait, ce qu’elle apprendrait…
* * *
Le ciel avait prit cette étrange et menaçante teinte orange lorsqu’elles arrivèrent à la sortie de la forêt. La jungle s’arrêtait là, à la berge d’une grosse rivière vomissant à longueur de journée des volumes d’eaux boueuses et chargées de détritus humains. Un arbre tombé lors d’une tempête et chevauchant le fleuve servait de pont. De l’autre côté s’étendait une vaste plaine marécageuse napée d’une fine brume d’où émanait un silence solennel. « C’est ici que nous avons laissé Adeline. » Fit Sin en guise d’adieu. Car lorsque Alice se retourna, les deux fées s’étaient éteintes, disparues sans un au revoir…
Alors elle se décida à marcher vers son propre destin, et elle enjamba le tronc abattu. De l’autre coté, le sol était recouvert d’une fine couche de vase nauséabonde et le brouillard qui stagnait empêchait d’avancer à pas certains. Alice cherchait quelque chose du regard ; un point de repère ; un édifice remarquable, et elle aperçut non loin d’elle une petite montagne de détritus en tous genre, canapés, circuits imprimés, machines les plus diverses empilées et concassés dans le désordre et l’indifférence les plus totaux. Les humains n’étaient donc plus loin.
Et là, sans raison, se dressait un gigantesque mur de béton. La brume était si dense qu’il était rendu impossible d’estimer la hauteur de l’édifice lézardé et parcouru de racines grimpantes qui se faufilait dans les failles du ciment, comme pour pousser un dernier ci de désespoir face à la ville qui l’avait écrasée. En longeant le mur, Alice arrivé bientôt à une échelle dont les barreaux rouillés et rompus par endroits montaient dans une étroite niche. En évitant de se poser des questions, la jeune femme escalada un à un les échelons et se retrouva plus rapidement que ce qu’elle avait pensé au sommet du mur, ses pieds nus et sals de tous les caprices de la jungle qu’elle avait du affronter reposaient alors sur du béton, et la brume qui s’était légèrement dissipée lui révéla de grandes et sombres silhouettes s’étirant vers le ciel en rivalisant de taille et de charisme, non loin d’elle. La route l’y menait directement.
Plus loin, c’était un paysage d’apocalypse qui se dévoilait ; des gravats jonchaient le sol , dominés par des squelettes de structure effondrée. Par endroit gisaient des cadavres humains, vides et sans nom, ailleurs, des flammes s’élevaient de nulle part, diffusant cette lumière de mort dans la brume qui se faisait toujours plus légère. Arrivée à une barrière aux mailles défaites, Alice put lire sur un panneau rouge et blanc ces lettres rouillées par l’oubli : « T.O.K.Y.O.C.I.T.Y ». De l’autre coté de la fragile frontière se trouvait un talus adjacent à une route aux lignes fluorescentes dans le jour mourant à la couleur qui rappelait étrangement l’odeur de rouille qui flottait dans l’air.
Même dans son ancienne mémoire, ce genre de paysage ne lui rappelait rien ; elle avait effectivement dû voyager longuement pour arriver jusque là…Elle se promena durant de longues minutes dans une rue grise et inquiétante lentement envahie par la nuit. De part et d’autre de la voie s’élevaient de gigantesques édifices sans fenêtre ni porte, rien qu’un bloc de béton dont le sommet rejoignait les plus hauts nuages du ciel. Elle fut surprise par cet intriguant détail ; cette ville était un désert humain, il n’y avait personne dans la rue, seul le bruit du vent qui n’avait même pas un papier à faire gracieusement voler s’engouffrait dans l’avenue…
Après une telle monotonie, la route bifurqua et s’engouffra sous les blocs de béton qui la bordaient. Alice se retrouva à la lumière des projecteurs fixés au plafond. Sous terre, le silence semblait encore plus complet, solennel. La voie la mena bientôt à une grande salle souterraine au milieu de laquelle coulait une paisible rivière enjambée en plusieurs endroits par des ponts. Cet endroit s’avérait être une grande place bercée par une nuit artificielle . Car le plafond était un énorme trompe-l’œil doucement éclairé par de petits projecteurs imitant la lueur des étoiles. Sur des bancs disposés sur les berges de la rivière se tenait des hommes. Vêtus de noirs, ils se tenaient droit sur leur dossier, les mains sur les genoux et le haut du visage masqué par d’étranges lunettes reliées à des oreillettes. Tous ses hommes semblaient les mêmes et ne remarquèrent pas la singularité de la personne d’Alice. Celle-ci se tint en retrait de la scène immobile de ces gens.
Il y avait quelqu’un sur le banc derrière elle. Cette personne se leva et se rangea au coté d’Alice. « Alors vous êtes arrivée jusqu’ici… » Fit-elle doucement, comme si elle avait peur de se faire entendre par tous les gens présents. Alice essaya de dévisager la femme qui se cachait sous la capuche rouge, mais ses yeux étaient voilés, alors elle demanda simplement si elle se trouvait en face d’Adeline. « Non, je ne suis pas Adeline, mais je vais vous conduire à elle. » répondit-elle avec assurance. Puis elles sortirent toutes les deux.
Lorsque nous fûmes sorties du grand souterrain, je regardai Alice une dernière fois avant révéler mon visage qui ne lui rappellerait de toutes façons rien. D’un geste gracieux, j’enlevai la capuche qui m’ombrageait le visage et elle vit mon visage pâle tout éclairé de mes grands yeux bleus, mes lèvres violettes, mon nez fin, ma beauté. Mes cheveux bruns longs et ondulés sur les flancs de mon crâne, courts dans le dos…