Chapitre 14
- Vincent ! s´exclama Marlène en accourant vers lui. Qu´est-ce qu´ils t´ont fait ?
Vincent se hissait à grand´peine sur ses coudes mais ne parvenait pas à se relever. Darius récupéra un drap qui trainait pour que Vincent puisse se vêtir un minimum. Il serait ridicule, mais au moins ne verrait-on pas les parties les plus intimes de son anatomie. Il vit aussi que l´homme qu´il avait en face de lui était couvert de cicatrices. Et il ne parraissait pas, au premier coup d´oeil, contenir une telle force en lui... Il lui rappelait les trois bras droits de son père, cette fille, le vieux et l´espèce de lion, mais il n´avait pas ce regard méchant... Il y avait quelque chose de bizarre, comme si ce qui venait de sortir et ce qui habitait les trois autres appartenaient à la même espèce... mais là, les deux personnes semblaient cohabiter en paix.
Marlène avait mis Vincent debout, et Darius en profita pour le draper. Il se tenait debout avec difficulté, respirait par à coup, et flanchait sans cesse.
- Qu´est-ce qu´ils ton fait bon sang !?
- Ils ont voulu me ponctionner une partie du cerveau...
Si la situation n´avait pas été si grave, Gaïa aurait probablement éclaté de rire. Ponctionner le cerveau... qu´est-ce qu´ils n´allaient pas inventer !!
"Retiens-toi", entendit-elle dans sa tête. Kenan n´avait pas l´air de trouver cela aussi drôle qu´elle.
- Pour découvrir comment faire pour faire ami-ami avec mon colocataire... Ils sont stupides. Ce n´est qu´une question d´accord commun !
- Vous ne l´avez pas maté ?
Darius lui adressait la parole pour la première fois. Vincent sembla ne remarquer sa présence qu´à cet instant. Il braqua son regard sur celui du jeune roux. Darius se sentit pénétré et sondé jusqu´au plus profond de son coeur. Si Vincent n´avait pas le pouvoir de lire dans se pensées, il semblait néanmoins être en train de le jauger, de le cerner. Et plus effrayant encore, Darius sentait qu´il y parvenait.
- Non, je ne l´ai pas maté, jeune M. Shinra. Nous cohabitons dans la paix ou tout au moins tentons nous de le faire... Pour ce qui vient de se passer, ils l´avaient poussé à bout. Par ma torture à la fois physique en mentale... non Marlène je ne te dirai pas ce qu´ils mon fait. Il a fini par craquer, et je n´ai pas pu le calmer. Il est entré en rage, c´est ce qu´ils voulaient. Ils ont réussi a lui extraire du sang... au prix d´une bonne dizaine de vies, ajouta t-il en lancant un regard circulaire à la pièce comme pour appuyer ses paroles de preuves en images : des corps de laborantins étaient éparpillés dans la salle.
Il flancha encore une fois. Darius se précipita pour l´aider.
- Merci jeune M. Shinra.
- Je m´appelle Darius. Sortons de là.
Kennan avait fouiné un peu partout et retrouvé les vêtements de Vincent. Pleins d´un liquide maronnasse, ils n´étaient plus utilisables, aussi apporta t-il la tenue de l´un des laborantins morts sous les coups de la Bête.
- Je déteste les scientifiques et me voila contraint de leur ressembler...
- Pourquoi ?
- Je vous raconterai. En attendant, sortons. Darius, tu connais sûrement la sortie... Une fois dehors, nous aurons à discuter...
La sortie ne fut pas une sinécure... Vincent avait du mal à se remettre de ce qui c´était passé dans le laboratoire. Il n´avait aucune blessure apparente, mais il semblait que ce qu´il avait vécu était encore plus terrible que tout ce qu´on pouvait imaginer. Sa transformation l´avait par surcroit épuisé.
- Ca va aller, disait-il toujours, il ne me laissera pas mourir.
Marlène s´inquiétait tout de même : la dernière fois il n´avait pas mis tant de temps à se ressaisir ! Mais la dernière fois, il avait pris trois coups de poing, pas subi sévices et tortures...
Pour ajouter aux difficultés, l´alarme avait été donnée quelques minutes plus tôt... le barouf qu´ils avaient fait en sauvant Vincent n´était pas passé inaperçu et le scientifique avait réussi à s´enfuir... une lumière rouge les aveuglait et la sortie était bloquée...
- Fais marcher ta petite tête de rouquin, lacha Gaïa, parce que là on est coincé !
Darius réfléchit aussi vite que possible. Cela faisait un an qu´il habitait la Tour et en connaissait tous les interstices... Il les mena à travers salles et corridors pour arriver dans une bibliothèque...
- Qu´est-ce qu´on fout là ?! s´énerva Gaïa. Tu nous as trahi c´est ça ?
- Arrête de dire n´importe quoi et réfléchis un peu ! Si je devais vous trahir, ce ne serait certainement pas maintenant, sinon je ne vous aurais pas sorti de cellule ! Ce passage secret n´est pas franchement original, mais très pratique au demeurant... écartez vous...
Il tira sur un livre, et une trape s´ouvrit dans le sol. Un escalier en colimaçon...
- Si tu connais ce passage, ton père aussi, remarqua Kenan. S´il n´a pas posté des gardes à la sortie, c´est que soit il l´a oublié ce qui me décevrait grandement, soit il prépare un coup fumant...
Darius secoua la tête.
- Tu constatera que mon père est très décevant... c´est un raté fini !
Kenan avait déjà entendu ça dans la bouche de quelqu´un... un homme roux d´une quarantaine d´années, tout vêtu de blanc...
- On se crache tous dessus dans la famille, ajouta Darius, comme pour répondre à la remarque silencieuse de Kenan. c´est une tradition... sauf que mes parents décrochent la palme... bref descendez vite !
Ils suivirent encore un corridor et, après une heure de marche difficile, une petite trappe leur apparut au dessus de la tête. Ils se retrouvèrent dehors, à quelques kilomètres de la Midgar en reconstruction, en plein air. Il faisait nuit et il pleuvait.
Gaïa inspira une grande goulée de l´air frais que la nature lui offrait. Après la puante Midgar, cela lui fit l´effet d´un baume...
- Ton père est vraiment débile... il la connaissait cette sortie... dit Marlène.
- Il a déjà dû envoyer des troupes... intervint Vincent. Sans doute ne sont-elles pas encore arrivées... partons, nous nous reposeront plus tard...
- Tu es épuisé...
- Je préfère être épuisé que mort, répondit Vincent. Je te le dis, sans une blessure particulière, je ne risque rien.
Ils continuèrent donc dans la nuit. Ils avaient froid. Ils n´avaient plus ni couvertures, ni vêtements, et Vincent se balladait a moitié nu, dans une blouse de laborantin...
Au petit matin, exténués, ils atteignirent un petit village aux maison aux toits bleus.
- Kalm, soupira Vincent.