Mon récent voyage au Québec m´aura permis de faire une partie de " Final Fantasy VII" tel que je le souhaitais : en version américaine. L´occasion d´effectuer une comparaison peu flatteuse pour une traduction française Playstation de sinistre mémoire...
On le sait, quand " Final Fantasy VII" a été diffusé dans nos vertes contrées, la situation du jeu vidéo en France n´était pas la même qu´à l´heure actuelle, et de loin. En l´an de grâce 1997, à l´aube du règne de la Playstation, point n´était connu du grand public d´autre mètre-étalon que l´angle d´attaque enfantin dont la Super Nes/Nintendo se faisait le dernier des sicaires en date. Si le marché PC faisait montre d´un certain sérieux, rien n´indiquait que les jeux pour consoles de salon mûrissent un tant soit peu. Cela n´excuse pas le massacre, mais permet de le comprendre...
La version américaine n´est pas parfaite. Certains choix de réponses sont toujours mystérieux ( ah, la fameuse tour aux cinq étages d´Utaï où, pour certains des boss, on n´a aucune idée de ce qu´il faut leur répondre pour accepter le combat ! ), les concepts sont expliqués avec simplicité ( une manière pour les traducteurs de transposer la froideur et la sobriété des dialogues japonais) et on observe quelques imprécisions. Mais c´est toujours mieux, infiniment mieux, que la traduction française.
Les pires soupçons se trouvent ici confirmés : quand Wedge, dans le premier Réacteur Mako de Midgar, lance " N´oublie pas que notre peuple a risqué sa vie, juste pour ces codes", c´est bien sûr " people" qui a été interprété comme le ferait un enfant qui vient de découvrir la langue anglaise. A peine plus loin, quand Cloud Strife dit : " Tout ce qui m´intéresse, c´est de finir ce boulot avant l´arrivée de la sécurité et des gardiens de robots", c´est une traduction erronée de " Roboguards". Tout le reste est à l´avenant, jamais tout à fait horrible, mais passablement cataclysmique dans son inégalité.
Pourtant, certaines tournures sont excellentes, il y a des passages superbement traduits, et même plus fluides que la version américaine : tout le passage de l´exécution publique de Barret et de Tifa bénéficie de répliques claires, d´un niveau honorable. Et d´autre part, on a droit à des contresens majeurs, des absurdités notoires occasionnées par de simples omissions de négation : Bugenhagen dit : " Lorsque l´Energie Spirituelle est extraite avec force et mise en forme, elle peut accomplir sa véritable destinée" alors que cela est contraire à ses idées tout comme au propos de l´aventure : la traductrice semble avoir oublié que " can´t" est bien une forme négative...
Notons encore l´emploi quasi systématique du langage familier, et cela quel que soit le rang du personnage, ainsi qu´un tutoiement qui vient parfois fort mal à propos ( Tifa à Mideel, s´adressant à un vieillard inconnu : " Quoi... attends un instant ! Qu´est-ce que tu viens de dire ? ").
En bref, le massacre prend une nouvelle ampleur, même si l´on savait déjà depuis des lustres qu´il s´agissait d´un charcutage.