Tifa et Parkko replantaient un carré de patates. En approchant, Kev0 comprit la nécessité de ce travail. C´était une tâche ennuyeuse, mais ils n´avaient pas le choix. Les aventures précédentes avaient laissé le village Stolfo presque à cours de vivres.
Le compost était déjà en place, et à présent, Parkko bêchait la zone d´agriculture. Tifa, elle, partit chercher le nécessaire.
Il y avait quelque chose d´anormal dans ce tableau, mais Kev0 ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Ce n´était pas la présence de Tifa Lockhart : il était bien placé pour savoir que cette magnifique jeune fille les avait rejoints au cours de leur quête, puisque c´était elle qui l´avait sauvé du repaire de leur ennemi. Non, un autre élément n´était pas à sa place.
Kev0 leva les yeux. Le ciel était bleu. Des nuages légers et filandreux voguaient avec fluidité dans la voûte de l´azur, emportés par un vent doux. C´était le meilleur temps que l´on puisse rêver. La température était parfaite, le soleil matinal réchauffait tendrement sa peau. Qu´est-ce qui n´allait pas ?
Il observa les maisons. Mis à part les dégradations minimes occasionnées par la révolution d´EvilCid puis l´apparition de Yoshiyuki, tout était parfait.
Il se figea.
Parkko le fixait.
Et il comprit enfin quel était l´élément anormal.
Ce jeune homme était mort.
Il fut envahi par la peur.
Son regard était retenu par celui de Parkko... ou de la chose qui ressemblait à Parkko. Les grands yeux marrons, légèrement cernés, avaient des iris d´une profondeur prodigieuse. Etaient-ce là les yeux d´un être humain ?
Puis Parkko parla :
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Kev0 se détendit. Oui, c´étaient des yeux humains. Par auto-suggestion, il était parvenu à se persuader, l´espace d´un instant, qu´une entité néfaste s´était substituée à son ami.
Mais ce n´était pas moins un mort qu´il avait en face de lui.
- J´ai un bouton sur le nez ? s´enquit feu Parkko.
Kev0 hésita.
- Euh... bonjour, Thomas...
" Je ne vais quand même pas lui demander s´il est trépassé", songea-t-il. " J´aurais l´air idiot ! "
- Euh... beau temps...
- Ah oui ! s´exclama le défunt. J´ai compris !
Il cala la bêche sur ses épaules et eut un grand sourire.
- Tu n´es pas au courant, hein ! Tout le monde est revenu !
Kev0 jugea préférable de se taire.
- Je me souviens de ma mort, poursuivit Parkko. Yoshiyuki était là. Il m´a demandé où étaient mes amis. J´ai dit qu´il ne leur ferait jamais de mal. La bombe que j´avais réactivé a achevé son compte à rebours. Après, je me souviens avoir ressenti une atroce brûlure.
Kev0 aurait voulu parler, cette fois, mais quelque chose dans sa poitrine serrait, serrait, et son coeur battait très fort. Il en avait la nausée.
- Et puis je me suis réveillé. Sur la grande place. C´était comme un mauvais rêve. Ma mort, un cauchemar ? Nous sommes nombreux, nous, les miraculés. Nous sommes réapparus dans la nuit.
Kev0 vacilla. Mais Parkko, qui ne semblait pas davantage observateur que " de son vivant", ne cessa pas de parler pour autant.
- Tu t´es levé tard, Kev´, aussi tu n´étais pas présent à la réunion du village où le miracle a été annoncé. On doit cultiver très vite et chasser beaucoup de ces bestioles roses d´Utaï : on manque de bouffe à mort.
Sur ces entrefaites, Tifa revint avec un sac d´engrais et un paquet de plants de pommes de terre.
- Salut, Kev´ ! Tu as l´air bien pâle !
- Il n´était pas au courant que je n´étais plus mort, fit Parkko.
Tifa éclata de rire.
- Je sais, ça fait bizarre, ça rend nerveux, mais on s´habitue vite !
- Je... je ne sais pas si j´y arriverai, confessa Kev0.
- Il y a une personne qui pourrait te renseigner, reprit Parkko. Celui qui a fait le recensement des villageois ressuscités.
- Où puis-je le trouver ?
- Tu as de la chance, il est juste derrière toi.
Kev0 se retourna.
A deux pas de lui, un jeune homme se tenait, plus grand que dans son souvenir. D´une impassibilité marmoréenne, il ne faisait pas un mouvement, mais ses yeux étaient ardents.
Quand il ouvrit la bouche, ce fut d´une voix mielleuse.
- Comme on se retrouve...
Kev0 avait reconnu l´individu à l´attitude étrangement froide et sardonique.
- Peux-tu tout m´expliquer ? Peux-tu me raconter comment c´est arrivé ?
- Tu n´as qu´à me suivre dans un lieu plus tranquille, mon cher Kev.
- Bien entendu... Hellmaster.