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FIC: Au garde-à-vous pour les ombres

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
18 décembre 2004 à 23:46:14

Chapitre 3 : L’heure du point du jour

La question était de savoir comment entrer. Cela n’avait pas l’air très dur en vérité mais quelque chose l’avertissait qu’il ne fallait pas faire de bruit. L’épaisse grille de fer lui interdisait l’accès à la porte principale. Pourtant c’est à travers les mailles de métal qu’il avait vu l’objet qui lui faisait défaut, l’élément essentiel qui lui permettrait de se débarrasser de son complexe d’infériorité. En réalisant que le temps jouait contre elle, la créature fit le tour du magasin de jouets pour chercher un moyen d’entrer. Les murs de bétons ne laissaient apparaître que des tags et une couche noire de carbone provenant des gaz d’échappements. La poussière et la crasse étaient les déchets produits par les usines Mako qui crachaient sans scrupules leurs résidus toxiques sur le reste de Midgar. Elles recouvraient tout, même les poubelles éventrées de la ruelle longeant le magasin dans laquelle la créature s’était engouffrée.
Scrutant l’obscurité, celle-ci découvrit une lucarne en hauteur. Elle donnait sûrement accès à l’intérieur mais présentait deux inconvénients : elle se situait à plus d’un mètre cinquante du sol et semblait plus qu’étroite. Si la petite taille de la créature lui permettait d’éluder le second problème, elle n’en restait pas moins un désavantage considérable pour le premier.

Les objets alentours devenaient de plus en plus visibles, signe que, quelque part, le disque solaire s’apprêtait à poindre. Il devenait urgent de trouver une solution. Inconsciente de ses capacités, la créature n’avait pas d’autre choix que de renoncer. Mais un sentiment étrange l’envahit, la prise de conscience du temps qui lui était alloué pour resté éveillé qui était directement lié avec l’objet qu’elle cherchait, comme si l’échec qu’elle devait subir aurait des répercutions non seulement sur son complexe mais aussi sur la durée du jour.
Il était désormais temps de paniquer. Mais le stress lui permit d’avoir une idée, la deuxième.

La créature s’approcha du mur et sauta sur une poubelle légèrement décalée par rapport à la lucarne. Puis, après quelques instants de concentration, elle se ramassa sur ses membres inférieurs avant de bondir avec une souplesse féline jusqu’au rebord de la minuscule fenêtre.
Un fugitif sourire traversa son visage.

    • ******

Elle avait réussi. Elle avait triomphé de ce décor hostile pour asseoir sa volonté sur le « monde », qui se bornait pour l’instant à ce qu’elle voyait, c’est-à-dire une poubelle dans une rue sale. Elle était donc la maîtresse de tout, il lui suffisait de vouloir pour que les choses se réalisent. Elle possédait un pouvoir immense auquel seule sa petitesse imposait une limite.
« Le monde vit par moi et pour moi. »

La réussite d’un saut sur une poubelle semblerait a priori ridicule si l’on ne se replaçait pas dans le contexte. La créature n’avait en effet entrepris que peu de choses et toutes avaient été ponctuées de succès. Il n’était donc pas difficile pour elle d’établir un lien logique entre volonté et pouvoir. La victoire n’est donc qu’une question de point de vue, un fait ne dépendant que des objectifs que l’on s’est fixés ou que d’autres nous ont fixés.

La question était maintenant de savoir comment entrer. Comme elle avait pu s’en apercevoir, tout ce qu’elle voyait pouvait interagir avec elle et en conséquence elle était incapable de traverser la vitre. Elle découvrait enfin qu’une victoire ne dure que jusqu’à ce qu’on rencontre un nouvel obstacle. Le « monde » n’était donc qu’une suite linéaire de questions, d’idée, de succès et de frustrations. Du moins c’était là toute son expérience de la vie.
La créature leva un membre supérieur pour caresser les carreaux opacifiés par la saleté. Et ce fut en le portant à hauteur de ses yeux qu’elle remarqua pour la première fois un fin bracelet de métal qui cerclait son poignet. Sur le bijou étaient enchâssées plusieurs pierres de différentes couleurs visiblement faites de verre ou de cristal teinté. Leur faible lueur intrigua la créature à qui elles rappelaient de vagues souvenirs. Bleu, jaune, vert, violet… Elle associait à cette farandole irisée un sentiment de sécurité et de puissance. Instinctivement, elle effleura du doigt l’une des perles et se sentit submergée par une vague de chaleur plutôt désagréable. Des images confuses traversaient son esprit. Après un instant d’hésitation, elle toucha brusquement une pierre verte en marmonnant quelques mots. Un flash de lumière précéda un bruit sourd mais puissant. Un flot de matière scintillante jaillit alors de son membre supérieur tendu vers la vitre, qui se retrouva d’un coup couverte d’une fine pellicule de glace. Le choc du gel sur le verre fit vaciller la créature qui n’avait pas été un seul instant maîtresse de la situation. Hébétée, elle fixait la glace luisante avec la bouche ouverte. Elle se jeta alors sur la lucarne toute griffe dehors, pulvérisant l’obstacle fragilisé qui lui faisait face.
La créature atterrit souplement sur les dalles froides à l’intérieur du magasin. Contemplant avec fierté ce nouvel espace qui s’offrait à elle, elle chercha des yeux ce pour quoi elle avait enduré toutes ces épreuves.

C’était un monstre gigantesque et blanc qui faisait près de quatre fois sa taille, un géant difforme que seul son large sourire rendait sympathique. Mais la créature se sentant reine du monde, elle ne fut pas du tout impressionnée. Son premier réflexe fut d’essayer d’entrer en communication avec le monstre.

    • ******

« Pourquoi ne répond-t-il pas ? Il a pourtant l’air bien vivant, comme moi. Il a une bouche : il peut parler. Il a des oreilles : il peut m’entendre. Il a des yeux : il peut me voir.
Suis-je si insignifiant ? Ou alors il ne parle pas la même langue ?
Je sais : il est comme moi, il dort. Il faut sûrement attendre qu’il se réveille et qu’il regarde le monde autour de lui pour pouvoir discuter avec la Voix et réaliser qu’il est vivant. S’il cherche le Créateur, je lui dirais que c’est moi.

Comment oses-tu m’ignorer ? Ne fait pas semblant de dormir, tu as les yeux ouverts. Je suis le Créateur, je suis celui par qui tout vit. Je suis l’alpha et l’oméga, le début et la fin. Tu n’as pas le droit de me mépriser, je suis le maître.
( Et s’il ne réagit pas, que dois-je faire ? Je suis trop faible pour le forcer à faire quoi que ce soit. Peut-être sait-il que je ne suis pas le Créateur. Peut-être est-il moins stupide qu’il ne le semble. J’ai le pouvoir : ma volonté devient à chaque fois réalité, pourquoi me résiste-t-il ? Ca m’énerve, j’ai envie de me jeter sur lui pour lui infliger ma colère. Mais il a l’air plus fort que moi, et s’il a deviné que je joue les usurpateurs, je n’aurais aucune chance.
Il doit donc y avoir une autre solution.)

C’est vrai, tu l’as deviné, je ne suis pas le Maître. Tu es aussi imperturbable que perspicace. J’ai éprouvé ton esprit et tu sembles digne de moi. Ta force et ton charisme font de toi un allié idéal et un ennemi redoutable. Aussi je te propose une association : je cherche le Créateur, et toi aussi sûrement. Prête moi tes muscles et ma connaissance du monde extérieur nous mènera à Lui sans encombre. C’est une occasion unique, qu’en dis-tu ? »

Le monstre ne bougea évidemment pas, tel le bon Cerbère du magasin de jouet qu’il était. Mais la créature ignorait la signification du mot « jouet ». Dérangée par l’impassibilité du monstre, elle se mit à jurer et pester à son encontre sans plus de résultat.

Soudain une pensée traversa son esprit. En effet, elle n’avait pas songé une minute que ceci pouvait être une « chose », c’est-à-dire un être qui existe mais qui ne vit pas. Elle avait eu tant de mal à différencier les choses des être vivants qu’elle voyait tout l’univers remis en cause et pour la première fois, elle eu conscience que la situation lui échappait.
Le jour se levait.
Elle eut une idée, encore une. Repensant aux pierres colorées, elle se concentra sur l’une d’elle et, sans appréhension, tendit la main vers le monstre qui fut immédiatement enveloppé d’une aura scintillante. La créature grimpa aussi rapidement qu’elle put sur le crâne de la chose rendue vivante par pouvoir de la matéria. Le monstre regarda autour de lui d’un air stupide mais sympathique puis, sa bouche ouverte laissant apparaître des crocs démesurés, il se mit en branle lourdement.
Ce n’était peut-être pas le succès escompté, mais la créature détenait maintenant le pouvoir, un pouvoir sous forme d’esclave aveugle et obéissant.

capelle3313
capelle3313
Niveau 10
18 décembre 2004 à 23:53:10

Hop, plus rapide que l´éclair, je poste mon commentaire ( oui, la rime est volontaire, et celle-là non pas par contre).

Donc, voilà enfin le mystère du " qui est-il?" résolu, pour ma part. Le contexte est assez bien recherché en réalité.

Comme toujours, le style reste très bien, mais c´est désormais une habitude, un récit attractif parsemé de quelques existencielles questions, qui nous fait naviguer entre le narratif, cher à toute fanfic, et la considération de l´être.

Un troisième chapitre que l´on peut peu-être classé come une charnière dans le récit, où l´on situe enfin l´épisode qui nous est narré.

:)

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
18 décembre 2004 à 23:59:16

et encore un commentaire original, c´est devenu une habitude aussi...

Aeris41
Aeris41
Niveau 10
19 décembre 2004 à 00:03:11

hmmmmm je pense deviner qui est cette créature!
c´est très très bien, el_indyo !
j´ai hate de voir la suite!

fffanatic
fffanatic
Niveau 10
19 décembre 2004 à 10:45:10

Moi aussi j´ai quelques doutes sur l´identité de cette créature.
Par ailleurs je trouve que certains passages de ce chapuitres fon penser à certains passages de la Trilogie des " Fourmis" de Bernard Werber. Influence volontaire ou non? ( en tout cas j´adore cet auteur)
En somme un excellent chapitre encore une fois.

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
19 décembre 2004 à 18:46:18

:d) fff

même si j´ai lu deux des " Fourmis", je t´assure que je n´ai pas volontairement inséré cette ressemblance. Ca doit venir de mon subconscient...^^

Ryle87
Ryle87
Niveau 10
19 décembre 2004 à 19:57:20

La suite :content:
Je la lirait sans doute demain je suis trop crevés aujourd´hui :-)

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
19 décembre 2004 à 20:40:08

:d) Ryle

gros feignant, va^^

Nanaki7
Nanaki7
Niveau 10
19 décembre 2004 à 22:09:37

Up anti flood.

capelle3313
capelle3313
Niveau 10
19 décembre 2004 à 22:15:51

Et notre quatrième chapitre, c´est pour quand l´avant-première?

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
19 décembre 2004 à 22:50:37

a peine le 3ème est-il arrivé que ces petits gourmands demandent le suivant

pss pss pss

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
19 décembre 2004 à 23:14:55

j´aime pas le flood hors des zones réservées à cet effet. Aussi le premier qui vient flooder par ici je le démonte à grand coup de latte en travers de la gueule et je lui colle Jéricho au cul.......................... Compris ?

fffanatic
fffanatic
Niveau 10
19 décembre 2004 à 23:18:05

el_Indyo :d) même si cela aurait été volontaire je ne t´aurais pas blâmé bien au contraire cela aurait juste prouver qu´on peut etre forumeur et érudit... Tu vas continuer a faire des posts de tes chapitres une fois par semaine ou tu vas espacer par la suite?

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
19 décembre 2004 à 23:24:13

je compte faire un chapitre par semaine et grace au vacances, j´espère m´avancer assez pour tenir ces délais

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
20 décembre 2004 à 00:10:13

:bye:

Ryle87
Ryle87
Niveau 10
21 décembre 2004 à 20:27:47

Oups toujour pas lut :(
Mais :up: anti flood :)

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
21 décembre 2004 à 21:33:27

Faudrait penser a lire, mon Rylou

:up: against da flood

Ryle87
Ryle87
Niveau 10
21 décembre 2004 à 21:35:54

C´est pas bien de profité du flood pour remonté ta fic mon Indyounet :-)

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
24 décembre 2004 à 18:46:25

bon ben on est vendredi, c´est Noël ( ou presque) et je vous poste un petit cadeau à mettre sous le sapin :-)))

El_Indyo
El_Indyo
Niveau 9
24 décembre 2004 à 18:47:40

Chapitre 4 : L’heure du jour

« - Je te jure que j’ai entendu quelque chose.
- Je sais, moi aussi.

- Qu’est-ce qu’on fait à ton avis ?
- Ben il faudrait aller voir quand même, non ?

- Non.
- Allez, fais pas la fillette. Je vois pas de quoi tu as peur, si ça se trouve c’est juste un chien ou un chat qui est resté enfermé à l’intérieur et qui cherche à sortir.

- Ou alors c’est un terroriste armé qui va nous buter.
- Dans un magasin de jouet ?

- Tout est possible ces derniers temps. Je ne veux pas risquer ma vie inutilement.
- Oui mais si on n’agit pas dans une situation comme celle-ci, on n’agira jamais.

- Pour être franc, ça ne me dérange pas vraiment.
- C’est dans des moments comme celui-ci que je voudrais être muté dans un bureau pour tamponner de la paperasse. Dommage que la liste d’attente soit aussi longue.

- De toutes façons, il y a autant de risques de se faire tuer dans un bureau, il font tout exploser ces foutus terroristes. Ils attaquent n’importe quoi, au moins nous on a la possibilité de s’enfuir en courant… Pour se faire fusiller ensuite par la Shinra. C’était vraiment pas ce à quoi je m’attendais en m’engageant comme soldat.
- Ben techniquement on est formé pour se battre, non ?

- Mais justement, on ne se bat pas, on est juste bon à se faire assassiner ! Moi je me suis engagé pour protéger la population et leur offrir la liberté, j’essaye de les défendre et ils veulent ma mort.
- Et on ne peut même pas démissionner.

- Tu m’étonnes : qui voudrait nous remplacer ? On ne sait même pas pourquoi on meurt. C’est quoi cette histoire d’éco-guerriers ? Je ne comprend pas ce qu’ils défendent ces mecs, comment veux-tu que les gens les soutiennent ? Alors avant ils nous détestaient parce qu’on représentait la répression et maintenant ils nous haïssent parce qu’on n’arrive pas à choper ces types.
- Je sais, t’as raison. Rien qu’en pensant à tous ces pauvres types de l’usine…

- Tu te rend compte que j’ai du envoyer mes gosses à Kalm ?
- Tu penses que c’était nécessaire ? Je veux dire : faudrait pas sombrer dans la paranoïa.

- Ma femme a insisté. Elle ne supporte plus Midgar, elle ne supporte plus de savoir que tous les jours des soldats comme nous se font tuer dans les rues.
- Tu crois qu’elle va te quitter ?

- Je n’en sais rien, je n’ai même pas la force de penser à un futur plus éloigné que ce soir.
- …

- Tout ça à cause de ces terroristes. Au moins avant il y en avait mais ce n’étaient pas des assassins et ils pouvaient au moins se targuer de défendre une cause valable.
- Ouais mais la Shinra s’en est occupé, on a au moins servi à quelque chose.

- On a au moins fait quelque chose de bien.
- C’est notre devoir de faire le bien, nous sommes de soldats Shin…

    • ******

Un rugissement tonitruant résonna dans le magasin et les vibrations provoquées par celui-ci firent trembler les murs de la rue dans laquelle se trouvaient les soldats. Une bête monstrueuse devait se terrer à l’intérieur, détruisant tout à en juger par les bruits qui en provenaient. Les vitres alentours avaient volé en éclat. Le premier soldat crut à un attentat, le second à la fin d’une ère.
Le milicien qui s’était senti attaqué empoigna son arme et mitrailla en hurlant la devanture du magasin jusqu’à épuisement du chargeur. Il n’était pas prêt à mourir, et même si cela devait arriver, il comptait vendre chèrement sa peau. Il pensa à sa femme, ses enfants, rechargea et tira de nouveau.
Le second, qui était moins nerveux, était d’abord resté immobile, tétanisé par le choc. Puis quand il vit son compagnon vider toute sa haine sur le bâtiment, quand il vit les balles crépiter sur la grille de métal, quand à son tour il sentit cette frénésie envahir ses veines, il saisit une grenade mais hésita avant de la lancer, craignant qu’elle ne ricoche sur le rideau de fer. Des larmes coulèrent sur ses joues : il avait peur, il était désespéré, il n’avait pas pensé une seconde à appeler des renforts mais dans un cri déchirant, il prit lui aussi sa mitraillette et fit feu de concert, rajoutant des notes d’une furie pathétique sur la partition que jouait son ami. Ce que les passants virent fut une dramatique symphonie orchestrée par la peur de mourir, la haine et une multitude de sentiments mêlés qui dansaient un ballet confus dans les têtes des jeunes miliciens, une catharsis sous forme de requiem, un exutoire à toute cette amertume refoulée, transformée en un chant funèbre que nul n’aurait osé interrompre. Ce concerto où les cris avaient autant d’impact que les balles semblait ne jamais devoir s’achever, comme si le métronome universel avait tout à coup décidé de battre la mesure à jamais, dans l’espoir vain que toute la haine du monde puisse s’évacuer dans cette mélopée brûlante.

    • ******

« Qu’est-ce que… ? On m’agresse ? Juste au moment où je commençais à m’amuser avec toutes ces choses, alors que je commençais à comprendre l’utilité de ces pierres.
Bon sang mais… Ils font tout exploser ? Du bruit, les objets qui éclatent… C’est après moi qu’on en veut ?
Peut-être qu’il ne fallait pas entrer. Cela expliquerait pourquoi tout était barré devant. Ou peut-être qu’il ne fallait pas faire de bruit. Le bruit est interdit, à moins que ce ne soit à cause du fait que je me sois amusé avec ces choses sur les rayons. Je n’aurais peut-être pas du les brûler toutes, avec la magie…

Le mal…

Ce sont des choses, il n’y a aucune raison de les respecter, je peux en faire ce que je veux… Non ? Rien n’est vivant ici, j’ai le droit de faire tout ce qui me plait. Après tout, c’est mon monde, il a été créé pour moi.
Ah, ce bruit, c’est insupportable, je ne peux même pas penser. Je veux que cela cesse… Je veux que cela cesse… Pourquoi est-ce que le monde ne m’obéit plus ? Arrêtez ce vacarme !
Je ne savais pas qu’il y avait des interdits, arrêtez ! Vous ne pouvez rien m’interdire de toutes façons…

Ce sont des objets. Ils n’ont pas de vie propre, qu’est-ce qui peut justifier qu’on m’en veuille ?
Je n’ai pas le droit. Comment pouvais-je le savoir ? C’est la punition du Créateur ? Non, le Créateur est bon, miséricordieux, il ne saurait me faire cela à moi, sa création.
Mais alors quelqu’un d’autre accorde donc de l’importance à ce qui ne vit pas. Et pas à moi ? On ne peut plus m’ignorer désormais, je suis grand et fort, et grâce à l’entonnoir je peux faire encore plus de bruit. Voilà un objet spécialement adapté à mes besoins : je parle et il crie pour moi.
Donc s’ils ne m’ignorent plus, ils me jalousent : je suis le préféré du Créateur, et pas eux.

Ils m’agressent, moi un innocent, moi la créature frêle qui découvre le monde. C’est un acte que le Créateur vengera, mais quand ?
Cela n’en finit plus, ils m’attaquent, ces monstres sans scrupule. Ils veulent écourter le jour après tous les efforts que j’ai faits. Je ne sais pas si ce monde est cruel ou s’Il cherche à m’éprouver mais ce que je sais, c’est que je dois agir.

Les terroristes… Les assassins du monde donc mes assassins. Le Créateur m’a mis en garde contre eux, ce sont nos ennemis, et ils sont venus aujourd’hui pour me prendre. Mais les meurtriers ne triompheront pas, ils ne triompheront jamais car Il m’a fait maître de tout et eux ne peuvent rien.

Le bruit a cessé. Si je ne contre-attaque pas tout de suite, je ne pourrais pas Le retrouver. C’est pour cela que je devais être fort : pour faire respecter sa justice. »

    • ******

Soudain, une déflagration retentit. La façade du magasin vola en éclat et le rideau de fer fut projeté contre le mur d’en face, heurtant au passage l’un des soldats. Le second, pétrifié, ne pensa même pas à aller secourir son ami inconscient. Il attendait avec des yeux ronds de voir la faction terroriste débarquer pour raser le secteur. Mais au lieu de cela, il ne vit qu’une peluche obèse sur le sommet de laquelle se dressait une petite bête. Celle-ci le regarda un peu effarée elle aussi mais son étonnement laissa vite place à un sourire narquois. Une lueur maligne brûlait dans ses yeux. Elle était la bête traquée dont l’instinct sauvage se réveille tout à coup et qui fait face sans prévenir, décidant que la fuite ne résoudrait rien, se résolvant à l’attaque. Il était le chasseur infortuné, ne devant ce titre qu’au fait qu’il s’était trouvé là au mauvais moment, un trappeur improvisé qui se voyait lui aussi comme une proie innocente.

Désespéré, il tourna les yeux vers le corps de son compagnon tué par le choc. Il ne pensait toujours pas aux renforts qu’il aurait pu demander, enfermé dans son délire paranoïaque, pressentant une fin qui pouvait pourtant être évitée.

Ce sont dans de tels moments, quand la bataille tourne à notre désavantage, que l’on tente des gestes stupides ou irréfléchis, comme si ces occasions les transformeraient en actes salvateurs. Les exploits, les actions héroïques naissent pourtant de ces folies, coups imprévisibles du destin auxquels ne s’attendent pas les adversaires, malheureuse victoire qui entre dans les livres d’histoire sans changer les titres de chapitres.
Le soldat ne voyait plus rien, il ne pensait plus à rien, il vivait, c’est tout. Et pour la dernière fois pensait-il. Il saisit alors son couteau et se jeta en hurlant sur le monstre terroriste. Celui-ci, stupéfié devant tant de fureur, n’évita le coup qu’avec peine, ne maîtrisant encore que difficilement ses pas. La lame avait entaillé sa chair au niveau du flanc. Reprenant appui, la créature fit de nouveau face à son agresseur. Il haletait, son couteau dégoulinant du sang volé au monstre.
Mais au deuxième assaut, alors que le soldat se portait à sa hauteur, elle leva son membre supérieur vers lui et lança une boule de feu dans sa direction. Repoussé par le choc, le corps du soldat vola jusque dans le magasin et s’écrasa brutalement sur des débris épars. Il s’y était attendu, il avait rejoint son compagnon sans appréhension.

La créature attendit et sentit l’air vibrer. Des gens avaient assisté au spectacle et donnaient l’alerte. Devant ce vent de panique grandissant, elle ordonna au monstre de courir. Mais au détour de la ruelle, une main le saisit et l’entraîna sur le côté. La créature se retrouva face à un homme de taille moyenne et aux traits tirés qui manquait sûrement de sommeil. Il découvrit ses dents sales dans un sourire qui se voulait accueillant et s’adressa rapidement à elle :
-« Tu es revenu. Juste quand nous avions besoin de toi. »

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