Chapitre 5 : Réveil et Premiers Affrontements
L’ascenseur venait de monter les douze étages du Lycée d’Opale. Partis du rez-de-chaussée, il avait franchi les étages avec une vitesse impressionnante, passant la cafétéria au premier étage, les salles de cours aux deuxième et troisième, qui accueillait également la bibliothèque de l’établissement. Les salles d’entraînement avaient été installées sur les trois suivants et jusqu’au onzième étaient installées les chambres. Au dernier étage se trouvait donc l’administration, rouage imposant du lycée, à la tête duquel Hanjy dirigeait ce gigantesque établissement de quelques cinq mille élèves. Son bureau venait juste d’ouvrir ses portes, au bout d’un long couloir sur lequel venait de se séparer les deux battants de l’ascenseur. Quatre jeunes étudiants en sortirent. De grandes statues de pierre ou de métal trônaient dans ce couloir recouvert d’un tapis rouge, bordé de filaments dorés et parfaitement tissés. La propreté qui régnait dans ce lieu donnait l’impression que tous les éléments de ce magnifique décor étaient neufs. David, Vivi, Patrick et Jérôme s’approchaient du bureau de leur principal. Rares étaient les étudiants qui avaient eut l’occasion de fouler le sol du bureau de Hanjy. Autant ce dernier avait l’habitude de rendre visite à ses étudiants dans leurs salles de cours, autant ce douzième étage leur était inconnu. David frappa à la porte. Ils entrèrent. La grande baie vitrée baignait le bureau de lumière. Le ciel de la plage située derrière le Lycée était d’un bleu envoûtant. Aucun nuage ne venait filtrer les rayons du soleil. Derrière son bureau, assis sur un imposant fauteuil de cuir, Hanjy semblait en profonde discussion avec Meirim. Les murs de la salle étaient recouverts de tableaux représentant soit le lycée sous divers angles, soit les grands personnages de la vie d’Opale. On pouvait en apercevoir un de Floran Quendzidine, premier maire d’Opale. Un autre tableau, immense, était fixé à la droite du bureau d’Hanjy. Aucune inscription ne permettait de voir qui il représentait. Les quatre jeunes hommes passèrent sous un lustre gigantesque. Aucun mouvement. L’imposante apparence de cet assemblage d’ampoules et de chaînes de bronze semblait pourtant si légere de par son immobilité. En les voyant s’arrêter devant son bureau, Hanjy se retourna vers eux.
- Bonjour Chevaliers, salua Meirim.
Les quatre lui renvoyèrent un « Bonjour Maître » et tournèrent leur regard vers le directeur qui venait de saisir une télécommande dans l’un des tiroirs de son bureau. Un écran ornait le mur ouest de l’immense salle. La lumière se tamisa et Hanjy enfonça un bouton du petit rectangle de plastique qu’il tenait fébrilement. Une première image apparut à l’écran.
- Voici le dôme de l’Ile Noire, commença Hanjy.
- Vous pouvez y voir une fissure béante, continua Meirim en se rapprochant des quatre chevaliers, déjà absorbés par la situation. Ce matin, jaillit de cette fissure une immense sphère de ce que l’on appelle la Matière Noire. Elle percuta un bâtiment de surveillance du secteur D du Grand Protectorat.
Une nouvelle image, montrant une vue aérienne de l’île venait de faire son entrée sur l’écran lumineux.
- Ce bâtiment fut entièrement pulvérisé. Il n’en reste que le cratère, immense que vous voyez sur cette photo. Le dernier rapport de l’armée fait état d’un mort dans cette explosion, un colonel dont nous n’avons toujours pas retrouvé le corps. Il y apparaît également que cette sphère est due à un sursaut d’activité des Ténèbres sur l’Ile Noire. Jamais les mesures de fluctuation ne s’étaient emballées à un tel point. Le niveau d’alerte maximal nous a été confirmé par le général Ryle ce midi. Depuis, nous n’avons plus ni nouvelles ni relations de communication avec le Grand Protectorat. Il est fort possible que nous devions faire face à un réveil de l’Armée Noire. Si cette terrible nouvelle venait à se confirmer, c’est un cataclysme qui s’abattrait sur Tierra et ses habitants.
Les quatre chevaliers étaient soufflés par la nouvelle. Eux qui avaient fêtés le millénaire de la défaite de cette même armée devaient aujourd’hui faire face à son imminent réveil. L’écran s’éteignit et la luminosité se rétablit comme à l’initiale. Ils se retournèrent. Jamais ils n’avaient vu leur maître aussi inquiet. David se risqua à poser la première question.
- Matière Noire ? . ..
- La Matière Noire fut découverte il y a environ trois cent vingt ans. Pendant la grande guerre, les armées d’Armaggedon semblaient ne jamais souffrir de baisse d’effectif. Plus Opale et ses hommes éliminaient de soldats noirs, plus ils revenaient nombreux. Ne sachant pas pourquoi ils ne parvenaient pas à en éliminer autant qu’ils le voulaient, ils se contentèrent d’avancer vers l’Ile Noire, jusqu’à la victoire finale. On a découvert, il y a plus de trois cents ans donc, de gigantesques puits sur le sol de l’île. Après analyse, on s’est aperçu qu’il s’agissait d’une matière qui nous était inconnue. Les scientifiques qui l’étudièrent parvinrent à la conclusion, après moult expériences, qu’il s’agissait de la matière qui devait constituer les soldats noirs. Tous les écrits font en effet état d’ « êtres sans chair, sans peau, sans âme, avec pour seul et unique but, nous détruire. Chose étrange, ils ne semblent pas ressentir le moindre sentiment, ni même la douleur. Les détruire en devenait presque trop facile et décourageant.». Ces puits ne semblent également n’avoir aucune limite de capacité. On ne sait pas d’où provient cette Matière Noire, ni comment elle est produite. La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que l’Armée Noire possède des effectifs infinis. Jamais, à moins de trouver le moyen de détruire de tels puits, cette armée ne sera éradiquée, repondit rapidement Vivi.
- Comment est-ce que tu sais tout cela, lui demanda Hanjy.
- La Bibliothèque Nationale de Centra monsieur . ...
Hanjy s’en retourna vers son bureau et saisit une feuille. Il s’approcha des quatre chevaliers et prononça :
- Chevaliers d’Opale, voici votre mission. Vous devez vous rendre sur l’Ile du Grand Protectorat pour aider le général Ryle et ses hommes à contenir l’Armé Noire en attendant la réparation du dôme. Vous effectuerez cette mission en tant que Chevalier d’Opale, n’oubliez pas vos pendentifs.
- Malheureusement, continua Meirim, le Pandémonium est encore en réparation après les dommages qu’il avait subit lors de la dernière mission. Un itinéraire vous a été tracé pour vous rendre au Grand Protectorat.
Le Grand Sage sorti un rouleau de son manteau et le tendit à Vivi.
- Tiens mon garçon, prend soin de cette carte de Tierra. Votre itinéraire est le suivant.
L’écran s’alluma de nouveau et afficha un planisphère de la planète. Opale était située au centre d’un petit pays baptisée Centra, dans lequel apparaissait une autre ville, Munienne. D’Opale partait un long tracé rouge que l’on pouvait suivre jusqu’au Grand Protectorat.
- Vous commencerez par vous rendre en Ibéria, au sud d’Opale, en train. Une fois dans la capitale, Esdrid, vous changerez de gare et prendrez celui qui vous emmènera en Caloria au sud. Vous ferez escale à Marager puis à Troie. Ici vous attend un de nos relais sur place avec une voiture pour vous emmener en Amérigo, à Saola où vous prendrez le bateau pour le Grand Protectorat.
- On va devoir passer par Horizon sur le Grand Pont, dans ce cas, remarqua Jérôme, tout en observant avec attention le planisphère lumineux qui lui faisait face.
- Oui, vous avez l’autorisation d’y faire escale, intervint Hanjy, avant de continuer. Tâcher de ne pas oublier que cette nouvelle reste pour l’instant ultra secrète. Seul nous et l’Armée sommes au courant. Du moins, pour l’instant.
Hanjy semblait résigné. Patrick s’approcha.
- Ne vous en faites pas Monsieur. Nous irons au Grand Protectorat et réglerons cette affaire.
- Patrick, tu dirigeras cette opération. En cas de problème quelconque, vous avez carte blanche.
Les quatre chevaliers prirent congé et regagnèrent l’ascenseur.
- Ne vous en faites Hanjy, ils seront à la hauteur.
- Je l’espère, ils sont notre seule chance si jamais . .. Armaggedon . ..
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