Chapitre 4 : Un Nouveau Danger
« Au sud-ouest de l’Océan Saola, l’île artificielle du Grand Protectorat fait face à l’Ile Noire. Entièrement érigée à même les eaux de l’océan par Hommes et Trolls, Cette île abrite depuis mille ans les restes de l’Armée Noire du déchu Armaggedon. Il fut impossible à Opale et à ses alliés d’éradiquer la menace que représentaient le sorcier et son armée. Vaincus, ils furent emprisonnés dans un sanctuaire en ruine sur une île jusqu’alors déserte, dans le Saola. Les pouvoirs magiques des Grands Sages scellant ce lieu devenu défendu, Tierra entrait alors dans une ère de félicité. Il y a de cela désormais 567 ans, les Ténèbres régnants fluctuèrent sur l’île. Les chefs opaliens prirent alors la décision de condamner définitivement l’île. Ils y érigèrent un gigantesque dôme magique. Chargé de magie sacrée, celui-ci empêchait les Ténèbres de sortir de leur territoire. Inquiet de la puissance éphémère du dôme, le Seigneur Troll Hypponcate suggéra alors d’ériger une gigantesque tour, face à l’île, capable de générer une magie suffisamment puissante pour maintenir le dôme indestructible et infranchissable. Douze années durant, les Trolls, fabuleux architectes, construisirent un immense édifice, monstre de pierre et de métal, prenant racine par cent cinquante mètres de fond et s’élevant dans les cieux à perte de vue, au-delà des nuages. Au sommet fut déposé la Perle des Elfes, source magique sacrée, partageant ainsi depuis plus de quatre cents ans sa puissance avec le dôme. Lucide sur le fait que, malheureusement, désactivée cette tour pouvait s’avérait nécessaire dans les siècles à venir, Hypponcate scella l’indestructibilité de son œuvre dans 13 clefs, désormais reliques des peuples tierrans, et dont le lieu où celles-ci reposent s’est fait oublier de tous, les temps s’écoulants. Ainsi naquit la Tour des Trolls, immense rempart contre la Menace Noire. Dernière pierre apportée à ce grand édifice de protection des tierrans, véritable bijou technologique et prouesse technique, le Grand Protectorat, immense plate-forme de terre et de métal, fut mis en service voilà douze ans. Doté des appareils de surveillance et de mesure les plus perfectionnés à ce jour, elle surveille sans cesse les fluctuations magiques des Ténèbres sur l’Ile Noire. »
Le livre se referma doucement. Sur la couverture, on pouvait lire « Histoire de Tierra ». Deux mains saisirent la volumineuse œuvre, qui reposait sur une épaisse table en bois, vernie, sur laquelle étaient vissées deux lampes simples, éclairants parfaitement le plan du support. Un jeune humain se leva de sa chaise. Un long manteau le recouvrait, y compris la tête d’une capuche. Bleu, le tissu dans lequel était confectionné le vêtement était sacré et permettait de reconnaître le statut de celui qui le portait. Peu répandu sur les terres de Centra, un tel habit distinguait les puissants Mages Noirs. A Opale, seuls quelques lycéens en étaient vétus. Le nombre de candidats à la « Tunique Bleue » était de moins en moins important au fil des années, avec le nombre grandissant d’échecs durant l’enseignement de ces élèves. Chez les Mages Noirs, le bleu était symbole d’Apprenti, le vert indiquait une excellente maîtrise de puissants et nombreux sorts. Le noir quant à lui distinguait le Maître parmi les mages noirs. Seul l’un d’entre eux avait l’honneur d’arborer une telle tenue sur tout le continent. Meirim, le grand sage d’Opale était ce maître.
Un mètre soixante de haut, le jeune mage se retourna. Son visage laissait paraître un jeune âge, probablement une quatorzaine d’années, mais surtout une profonde et vraisemblablement perpétuelle remise en question. En quittant sa table, il se saisit d’un bâton qui lui arrivait à mi-taille, incurvé au bout, sur lequel on pouvait distinguer une inscription : « Bâton de Sin ». Probablement le nom de cet arme à l’apparence inoffensive mais pourtant si puissante. Il s’approcha du meuble sur lequel reposait le livre avant son arrivée. La salle était immense, réputée comme la plus grande bibliothèque de Centra, la Bibliothèque Nationale ne semblait pas avoir usurpé un tel qualificatif. Les meubles fournis d’étagères s’élevaient à une hauteur que personne ne pouvait atteindre, le recours à des échelles s’avérait dans de telles situations inévitable. Les bords recouverts de fines parures dorées semblaient insensibles aux effets du temps. De larges allées se glissaient entre les étagères en bois, et de grands panneaux étaient suspendus au plafond pour indiquer les différentes zones de la bibliothèque. « Histoire ». Le jeune garçon s’arrêta sous le panneau et glissa l’ouvrage de sa main droite entre deux autres volumes. Une fois le précieux ouvrage rangé, il rejoignit l’accueil du bâtiment. Ouvrant la porte de la salle pour rejoindre l’extérieur, sa canne cogna contre le rebord de l’un des battants de la porte et dévoila une nouvelle inscription : « Vivi, Apprenti Mage Noir d’Opale ». Il sorti.
*
Une imprimante venait de se mettre en route. Plusieurs feuilles de papier en sortaient avec une cadence infernale. Le bac de réception de la machine venait de saturer et les feuillets s’échappaient pour aller se poser sur le carrelage de la salle. Exiguë, elle ne contenait qu’une longue console, habillée de levier et de boutons. Un clavier immense trônant au milieu et une énorme baie vitrée donnait une vue imprenable sur l’Ile Noire et son dôme. Juste derrière le fauteuil qui se tenait au centre la pièce, une table en métal restait d’une sobriété affligeante. La porte s’ouvrit si violemment que le tas de papier qui s’amoncelait sur le sol de la pièce s’envola dans toute la salle.
- Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ! !!!
Un jeune homme venait d’entrer. De taille moyenne, le treillis militaire qu’il portait le rendait impressionnant. Sa casquette laissait apparaître quelques cheveux, bruns, visiblement courts, qui surmontaient des yeux marrons dont les sourcils venaient de se froncer à la vue de la folie qui venait de frapper son imprimante. Il approcha et se baissa pour ramasser les quelques feuilles qui avaient succombé au puissant souffle de la porte à son ouverture. Une chaîne visiblement dorée venait de s’échapper de sa veste mais il la remit si vite en place qu’il était impossible de lire ce qui était écrit dessus. Après avoir appuyé sur le bouton d’arrêt de l’imprimante, celle-ci cessa de donner signe de vie. Le jeune soldat se releva en cherchant la première feuille qui avait été imprimé. Il finit par la trouver et ramena son fauteuil au bureau auquel il s’attela. Ses yeux parcouraient le graphique dont les lignes suivaient la longueur de la feuille de papier qu’il tenait. Plus il la parcourait, plus ses mains tremblaient. Comme pour se rassurer, il leva les yeux en haut de la feuille pour y lire le titre de ce graphique qui semblait presque le terrifier. « Fluctuation d’énergie. Alerte ». Ses mains se crispèrent brusquement et la feuille se déchira violemment en son milieu. Le geste fut si violent que l’on aurait pu sentir la douleur du papier. Le jeune homme se leva rapidement de son siège et se retourna pour prendre précipitamment la direction de la porte. Un violent craquement se fit alors entendre. Un sifflement suivit. L’homme s’arrêta net et se demanda ce qui pouvait bien siffler de la sorte. Il se retourna doucement et s’approcha fébrilement de la baie vitrée qui lui faisait face. Plus il en approchait, plus le sifflement se faisait crispant. A peine avait-il posé le pied à terre que l’énorme sphère noire et vibrante se dirigeait vers lui. Aussi impressionnante que terrifiante, celle percuta la façade du bâtiment dans un vrombissement pénible. Le jeune soldat n’eut pas le temps de réagir, il ne vit que la vitre éclater, une violente explosion se produisit. La salle fut entièrement pulvérisée sous le choc. Une déflagration terrifiante suivit, anéantissant le bâtiment que la mystérieuse sphère venait de percuter. Une épaisse fumée noire prit la place du mastodonte et se dissipa avec peine, laissant derrière elle un cratère béant. Toute l’Ile du Grand Protectorat avait tremblé sous le choc. L’alerte fut immédiatement donnée. Militaires et pompiers arrivèrent sur place aussi rapidement que la sphère avait pulvérisé le bâtiment dont il ne restait plus aucune trace.
- Mais qu’est-ce qui s’est passé dans le secteur D ? ! Il n’en reste plus rien !
Personne n’osait répondre à l’impressionnant général qui enrageait de la destruction de l’un de ses bâtiments. Une réunion de crise avait immédiatement été instaurée.
- Rien ! Personne n’a rien vu. Juste un sifflement puis une explosion.
-Et le colonel qui était de garde ? On n’a pas retrouvé son corps ?
- Non, Général !
Le général retourna ses deux mètres de muscles et fixa ses yeux bleus sur la grande fenêtre qui donnait sur le cratère de l’île. Il retira sa casquette, laissant apparaître ses cheveux bruns, trempés de sueur.
- Il faut que l’on sache ce qui s’est passé. Appelez …
La porte de la salle de réunion s’ouvrit violemment. Un jeune soldat entra, essoufflé. Il tenait un dossier dans la main et le tendit au général.
- On sait ce qui s’est passé. C’est une catastrophe mon Général.
Ce dernier saisit le fascicule et, inquiet, l’ouvrit.
- Nom de . ..
Il déposa le livret sur la table et regarda ses hommes assis, anxieux, autour.
- Appelez le Lycée d’Opale. Immédiatement. Nous sommes perdus . ..
*
Le téléphone sonna. Un homme posa la main sur le téléphone et, assis dans son fauteuil, répondit à l’appel.
- Lycée d’Opale, Directeur Hanjy.
- Ici le Général Ryle de l’Armée de Tierra, responsable du Grand Protectorat. Il faut absolument que vous nous envoyiez des hommes ici. Un des nos bâtiments de surveillance vient d’être détruit et nous ne savons pas par quoi. Nous avons examiné le dôme et une fissure vient d’apparaître.
- Je . .. Relancez la Perle et refermez-la.
- Nous sommes en train de le faire mais l’activité de l’île vient d’atteindre des sommets sur nos écrans. Il nous faut absolument des Chevaliers d’Opale. Je crains que nous ne soyons en très mauvaise posture, monsieur le directeur.
- Faxez-moi votre rapport immédiatement et prévenez Fantasia. Le maire est à Opale. Si vous dites vrai, je vous enverrai nos meilleurs éléments.
Le fax du bureau se mit immédiatement en route. Le directeur raccrocha et se leva de son fauteuil de cuir. Une baie vitrée parcourait le bureau luxueux, d’où on pouvait apercevoir une plage magnifique, sur laquelle semblait s’entraîner quelques hommes et femmes. Une des fenêtres de la baie était ouverte. Le vent s’y engouffra et atteignit le visage du directeur. Ses longs cheveux blonds s’envolèrent et dévoilèrent des yeux marrons d’où s’échappait l’inquiétude. Il détacha les boutons de son costume et enleva sa cravate. Il paru immédiatement se sentir plus à l’aise. Le fax venait de s’arrêter. Hanjy saisit les feuilles et alla directement à la conclusion du rapport qu’il lu d’une traite. A peine eut-il finit qu’il se précipita sur un interphone posé sur son bureau. Il y appuya sur une touche :
- Appelez-moi tous les Chevaliers qui sont en mesure de partir en mission et Maître Meirim. Faites-les venir dans mon bureau immédiatement !
*
Sur l’île du grand Protectorat, la tension était à son paroxysme. Tous les soldats étaient sur le pied de guerre. Tous étaient réunis devant le siège du bataillon. Le général Ryle en sortit.
- Soldats, une fissure vient d’être découverte dans le dôme. Malgré la montée en puissance de la Perle des Elfes, nous ne semblons pas en mesure de la refermer complètement. De plus, il semblerait que les Ténèbres qui règnent sur l’Ile Noire soit passablement énervés. Nous devons malheureusement nous préparer à une éventuelle attaque. Vous avez l’ordre de rester sur vos gardes. Nous ne savons pas ce qui va se passer. Des Chevaliers d’Opale vont nous être envoyés pour nous aider. Mais d’ici à ce qu’ils arrivent, nous sommes les seuls à pouvoir contenir l’Armée Noire si elle venait à se réveiller.
La stupeur se lisait sur les visages des milliers de soldats qui ne savaient pas quoi penser de cette terrifiante nouvelle.
- Regagnez vos positions et gardez les yeux ouverts. Rompez !
Ryle quitta le palier du siège et pénétra dans le bâtiment. Il traversa le couloir qui partait de l’entrée et rejoignit l’ascenseur. Un colonel voulut le suivre mais il l’arrêta en lui demandant de l’attendre ici. L’ascenseur monta au dernier étage. Ryle sorti et approcha une porte sur laquelle était inscrit son nom. Une fois dans sa chambre, il se dirigea vers son lit et s’accroupit. Il tira du dessous une malle qu’il ouvrit. A l’intérieur il prit une hache visiblement très aiguisée qui reflétait la lumière sortant des fenêtres. Il prit une bretelle qu’il attacha en bandoulière autour de son torse. Dans son dos apparurent deux crochets le long de la lanière. Il y posa sa hache qui s’y accrocha. Puis il sorti et reprit l’ascenseur pour rejoindre le rez-de-chaussée. Arrivé à l’entrée du bâtiment, son colonel prononça doucement :
- Belhamel.
- Oui c’est le nom qui a été donné à ma hache par mon arrière-grand-père.
Ryle fixait l’horizon et retroussa ses manches puis ironisa :
- Je ne la sors que pour les grandes occasions.
Le colonel sourit et aperçu un objet qui se déplaçait péniblement sur le sol. Poussé par le vent, il s’arrêta à ses pieds. Il le ramassa précipitamment et y jeta un œil.
- Mon général, c’est le badge du colonel qui était dans le bâtiment du secteur D . ..
- Faites voir . .. Oui, c’est bien le badge de ce malheureux . ..
Ryle ferma les yeux, les rouvrit et lu :
- Colonel de Seconde Classe Flipmode