Chapitre 7 : Fureur et Désolation
Tout seul dans la nuit, il courait, essuyant tant bien que mal ses larmes, ses mains plaquées contre son visage pour ne plus rien voir d’autre que les ténèbres et fuir sa triste réalité. Une poubelle s’opposa à sa course effrénée, et il chuta sans retenue. Pourtant, cela ne le contraria pas plus que ça et il poursuivit son chemin bien sombre, bien obscur, mais surtout bien inconnu.
Il reniflait parfois et entre deux hoquets, il appelait sa mère. Il la cherchait désespérément dans sa fuite confuse. Pourtant, elle ne viendrait pas, et un mur s’était installé entre son souhait et la réalité.
« Maman », comme il l’appelait, était morte depuis tellement longtemps… Il ne l’avait jamais connue. Cette personne qui aurait dû l’aimer et qu’il aurait dû connaître resterait à jamais un souvenir trouble, infondé…
Mais elle n’existait pas dans son monde, donc il essayait de la créer, il se forcer à l’inventer, pour être un enfant normal… Un enfant comme un autre.
Hélas c’était impossible. Est-ce que les enfants normaux tuent leur papa et laissent le cadavre dans la maison ? Non.
Comme il ne connaissait pas maman, c’était de la faute à papa.
Un gigantesque éclair parcourut le ciel, noir et nuageux, en se dirigeant vers la terre.
Il était en train de l’égorger. De quelle façon un enfant comme lui pouvait-il égorger ?
En prenant une lame de rasoir pendant le sommeil de papa.
Le sang coulait et coulait.
Et coulait encore.
Un autre éclair pourfendit la nuit sur son cheval au galop.
Monarch se cogna à un homme, debout, immobile, qui le regardait l’air compatissant. Il semblait l’avoir attendu.
« Monarch, c’est ça ? »
Mais le garçon était perdu dans son univers, il ne trouvait plus d’issue. La porte vers le monde extérieur était obstruée par de nombreux meubles et cadenassée à un nombre infini de tours.
« Tu as un avenir qui te sera trop dur. Tu seras amené à tuer ceux que tu aimes. »
Cet homme qui lui parlait se dénommait en réalité Flipmode. A cette époque, il n’avait pas encore cette démence qui lui donnait un aspect froid et chaleureux en même temps. Il faisait partie d’un ordre de l’Eglise, qui n’était pas reconnu officiel pour éviter à l’Eglise une réputation de magicienne ou sorcière : l’ordre des Exorcistes.
Comme Monarch n’écoutait pas Flipmode, celui-ci lui mit une main sur les cheveux, et s’accroupit.
« Je vais te soulager. Même si tu vas dormir longtemps, tu ne seras pas peiné par la perte de tous ces êtres. Plus tard, si tu te réveilles un jour et que tu t’en rappelles, tu m’en seras peut-être reconnaissant. »
Alors que Flipmode commençait à se concentrer, il sortit de sa poche une sphère, qui deviendrait le réceptacle de l’âme de Monarch.
Qu’est-elle devenue ?
C’est assez compliquée. L’exorciste a délaissé le corps et a gardé la sphère.
A à peu près cette même époque, une fille destinée à devenir Grande Prêtresse mourut avant l’âge. Elle avait quatre ans et se nommait Ashe.
Flipmode y implanta alors l’âme de Monarch dans la plus grande discrétion.
Malheureusement, l’âme de Monarch reçut un choc : celle de Ashe, bien que le corps eût trépassé, y était encore sauvegardée. Ces deux esprits se battirent et celui de Monarch étant plus fort, garda possession du corps d’Ashe, toutefois il perdit toute mémoire de cet événement.
On dit aussi que comme Flipmode fut en quelque sorte l’arbitre de ce duel interne, sa santé mentale déclina très rapidement.
Et il ne redevint jamais comme avant.
Et le corps de Monarch dans tout ça ? Quelle âme y a été implantée ?
En réalité, dire qu’une nouvelle âme s’y est incarnée serait faux. Flipmode, dans son opération délicate n’a pas complètement extirpé toute l’âme de Monarch.
Ce fait entraîna deux conséquences : l’âme de Monarch évolua dans le corps d’Ashe et ne se rappela plus de sa vie précédente. Toutefois, il était parfois atteint par des flashs, qui en fait étaient émis par le reste de son âme, qui restait dans son corps originel.
On peut diviser en deux l’âme de Monarch : la partie humaine, qui connaît les sentiments, émotions et sensations et la partie animale, qui garde un instinct très primal et une capacité d’adaptation hors-norme. C’est cette partie-là qui est restée dans le corps de Monarch.
Evidemment, c’est ce corps qui reçut les pouvoirs qui lui étaient promis.
Et maintenant, le vide est comblé, les deux parties ne forment plus qu’une seul et unique entité.
Linoa, se souvenant enfin de son prénom, attendait. Il ne se passait plus rien depuis cinq minutes… Ou cinq heures. Le temps passait à une vitesse plus ou moins longue. Depuis ce temps, Monarch sombrait dans une sorte de léthargie. Des larmes glissaient sur ses joues rouges et marquaient son visage comme si elles avaient été chauffées à blanc.
Linoa regarda les autres Anges et Sceaux survivant et constata qu’un silence pesant s’installait. Le temps s’était en quelque sorte figé. Même l’arbre n’aspirait plus leur vie. Toutefois, ça ne durerait pas longtemps, et tous semblaient d’accord sur ce point-là, même si personne ne dit mot.
Devant eux, cet homme était instable. Se poursuivait dans son esprit cette bataille entre son humanité et sa volonté de vaincre.
Tout le monde restait muet : ils connaissaient en effet ce Monarch.
Et enfin il se réveilla, les yeux rouges et brillants, tandis que sa gorge laissait exploser un hurlement tonitruant par la bouche. Les prisonniers de l’arbre se sentirent tout de suite très fatigués. Le gigantesque végétal-sangsue reprenait son activité, et engendrait des milliers de lianes qui parcouraient la Terre tels des vers.