Les Plaines d´Hort étaient d´immenses étendues vertes, des champs qui s´étendaient à perte de vue et l´horizon était une ligne droite qui séparait l´herbe emeraude et les cieux de saphir. Le soleil, disque de rubis étincelant, descendait lentement vers cette frontière imagée.
Le cheval crème de la jeune Elfe aux cheveux blonds-blancs et aux yeux diaments filait à vive allure. Au loin on apercevait deux tours distantes d´une lieue l´une de l´autre. Elles gardaient l´entrée des Contrées Fédérées de Sian, Nation dans laquelle Illëwën contait se réfugier. Elle tenait dans ses bras le Prince Nain Balgor, héritier légitime du Trône de la Dynastie naine des Montagnes de l´Ouest. Les Six Démons ne s´étaient probablement pas laisser berner longtemps par la ruse de la Prêtresse Bolga la Vieille. Déjà ils devaient les poursuivrent et retourner ciel et terre pour les retrouver. Malheureusement, dans cette mer d´herbe fraiche il n´y avait pas un rocher, pas un bosquet susceptible de les dissimuler. La vitesse de Couronne, leur étalon, était leur seule chance d´échapper à la mort. Mais le Destin semblait vouloir s´acharner sur eux...
Un Kobold, immonde créature mi-humaine mi-chienne et un Gobelin se disputaient un lièvre déjà en parti dévoré par les vautours. Assurément, ils avaient trouvé un bien meilleur repas qui les ravirait tous les deux. Ils étaient au milieu du chemin et Illëwën fonçaient sur eux. Elle ne le vit qu´au dernier moment. Le Kobold poussa un cri terrifiant et Couronne se cambra, faisant vider les étriers à sa cavalière qui tomba durement sur le dos au milieu de la petite route, Balgor serré dans ses petits bras pâles et fragiles. Pourtant, l´instant d´après elle était debout prête à affronter les deux belligérants. Elle déposa Balgor à terre alors que les monstres se rapprochaient l´écume à la bouche. Puis elle joignit ses deux mains à hauteur de la pointrine, les deux indexs pointés vers les nuages et prononça des paroles en elfique, fluides et douces et un champ de force entoura le nouveau né. Mais le Gobelin fonçait déjà sur elle le sabre levé prêt à s´abattre sur la jeune femme. Elle l´évita. Elle était d´une agilité remarquable. La bête finit sa course sur le bouclier magique entourant le bébé. Des éclairs lui léchèrent leur corps, et il retomba raide mort sur le côté. Illëwën fit un demi-tour très rapide sur elle-même tout en dégainant sa longue et fine épée, typiquement elfe. Le Kobold détourna les yeux du jeune Prince et de son monstrueux rival foudroyé et sortit une épée courte de son fourreau. Elle évita aisément son premier coup et para le deuxième avant de contre-attaquer. La fine lame transperça le vêtement de cuir de la chose humanoïde. Du sang coula de sa gueulle entre deux couinements lorqu´elle retira son arme du pointrail de son adversaire. Ce dernier, parcourut d´un spasm, donna un violent coup du revers de la patte sur la joue de la jeune elfe surprise. Elle tomba à l´arrière tandis que le Kobold brandissait son épée et l´abatait vers elle. Elle fit une roulade sur le côté, la lame se figea dans la terre et son propriètaire s´affala dessus, agonisant. Alors elle se releva et poussa cri strident, puis se dirigea vers Balgor. Un mot plus tard la bulle protectrice s´était éteinte et elle tenait le nourisson dans ses bras. Puis elle entendit des bruits de sabot. Couronne était revenu.
-Ah, tout de même, fit-elle, je croyais que tu ne m´avais pas entendu...
Ils passèrent la nuit dans une partie plus vallonée des Plaines d´Horn. Mais l´enfant n´était pas le sien et elle ne pouvait bien sûr pas lui donner le sein. Illëwën devait se dépêcher. Elle fixait les étoiles du firmament en pensant à la tâche qui lui avait été assignée. Balgor était au centre de la prophétie de Silara et il devait survivre. Ce Manuscrit découvert dans les grottes qui portaient le même nom -Silara - avait changé sa vie. Elle était désormais l´une des rares Hautes Elfes encore sur le Continent des mortels et elle devait accomplir sa mission : sauver l´héritier de la plus grande Dynastie Royale naine.
Le lendemain ils repartirent un peu avant le lever du soleil. Mais leur prochaine épreuve ne devait pas se faire attendre. Quelque heures après le zénith alors qu´ils n´étaient plus qu´à quelques minutes des postes frontières fédéraux ils tombèrent nez à nez avec sept Orcs, dont un montait un Hrulgae, cheval carnivore aux pattes garnies de griffes et au dents acérées.
-Et bien, que font des Orcs puants ici? demanda bravement l´Elfe, en sachant pertinamment que le combat allait être innévitable. Vous avez trimballé vos carcasses pleines de crasse et vos tronches répugnantes jusqu´aux frontières de la Fédération Eridienne?
Frontières qu´elle regardait désespérément du coin de l´oeil. Les faciès des six soldats se firent menaçant, mais le chef éclata de rire, un rire tornitruant.
-Quel caractère! Si tu étais une Orc, gronda-t-il de sa grosse voix grave, je t´emmenerais bien dans ma couche!
-Quand bien même je serais aussi moche qu´une Orc, riposta l´Elfe du tac au tac, je refuserais de coucher avec un cul de Troll dans ton genre.
C´était une provocation de trop et elle sonnait le début de l´inévitable combat. Les six soldats se précipitèrent sur elle. Illëwën jeta une dague dissimulée dans sa botte sur l´ennemi le plus proche. Elle s´enfonça dans l´orbite de son oeil droit et lui transperça le cerveau - aussi petit soit-il. Le deuxième Orc brandit son cimeterre pour frapper la jeune nis qui tenta de parer l´attaque avec sa fine épée sans succès, la lame sa cassa nette, mais au moins le coup ne les avait pas atteind. Puis son bras se transforma en une trombe d´eau qui s´abatit sur le torse de son adversaire, il fut projeté à quelques mètres de là. A nouveau elle croisa les mains et invoqua un esprit de l´air. La petite Fée des vents fondit sur les autres Orcs provoquant une petite tempête qui les empêchait d´avancer. Elle fit volte face avec Couronne mais le chef de la troupe lui barait le chemin. Son Hrulgae enfonça ses crocs dans le cou de l´étalon couleur crème, le sang gicla par terre.
-ARRETE! hurla une voix.
Le diabolique animal relacha sa prise et recula.
-Qu´est ce que tu fais? lui demanda la voix corroucée de l´Orc.
Puis celui qui avait donné l´ordre au cheval carnivore s´interposa entre Illëwen et son opposant. C´était un viel homme à la barbe grise, habillé d´une robe vert foncé. Il s´adressa à l´Elfe.
-N´allez pas en Eridie, les Démons vous y suivront. Cachez vous ailleurs, je les retiens!
La jeune nis ne se fit pas prier et lança son cheval blessé au galot.
-SUIS LA! hurlait le chef de la bande à son animal. Mais il ne lui obéïssait plus.
Illëwën et Balgor allaient rejoindre un autre Pays, les Terres Paysannes...