Chapitre III - Chantage
-J’ai dit qu’il en étais hors de question, répliqua froidement Sugy.
Le visage d’Ashe restait impassible, elle s’attendait à ce que la jeune fille soit la plus dure à décider. Elle était à cours d’argument, mais elle n’avait pas dit son dernier mot.
-Vous ne voulez donc pas nous aider ?
-Je ne compte pas aider ceux qui nous ont pourchassés pendant des mois, et qui nous ont jetés sans raison en prison.
-Très bien, alors je vais vous confier un petit secret, j’ai une technique… diviser pour mieux régner.
Sugy ne répondit pas.
-Dommage, vous resterez donc seule dans votre prison, à jamais, minauda Ashe.
-Comment ça ?
-Eh bien figurez vous que vous êtes la seule à avoir refuser notre offre. Vos amis Zell, Hellmaster et Acro se sont fait un plaisir de nous rejoindre, vous savez, nous ne vous demanderont pas grand-chose, juste quelques missions dans le monde opposé.
-Vous mentez, répondit Sugy.
-Vous doutez de moi ? Oh, comme vous me décevez ! Faîtes les entrer.
La porte du bureau d’Ashe s’ouvrit, les trois amis de la jeune femme étaient là, accompagnés de quelques gardes. Zell, Acro et Hellmaster avaient tous trois les yeux baissés.
-Désolé, murmura alors ce dernier.
-Je n’y crois pas, murmura Sugy.
-Comme c’est dommage, chantonna Ashe. Vous ne verrez donc jamais l’autre côté du miroir ma jolie !
Sugy gardait le silence.
-J’étais sûre que vous refuseriez, tant pis.
-J’ai une question, cependant. Vous avez des centaines de soldats, des milliers je veux dire même, alors pourquoi avez-vous besoin de notre aide ?
-Parce que vous avez sû échapper pendant plus de trois mois à Monarch, et ça, cela relève de l’exploit.
-Zell, Acro et Hellmaster n’étaient pas menacés au début de notre fuite, rappella Sugy.
-En effet, si on regarde, c’est vous qui avez sû résister le plus longtemps au palais, ensuite Zell, et pour finir Acro et Hellmaster. Pouvoir échapper, ne serait-ce qu’une journée au palais relève de l’exploit. Quand on sait qu’on est recherché, on perd tous ses moyens, on ne sait que faire, on se jette dans la gueule du loup.
-Vous pensez donc, qu’aucun de vos soldats ne pourraient nous remplacer ?
-Bien sûr que non, eux ils sont juste là pour tirer avec leurs fusils, cependant, vous n’aurez pas ce rôle.
-Qu’est ce que vous nous demandez exactement ? Demanda alors Hellmaster.
-D’exécuter une mission, la plus importante. Les hommes voyez vous, ont toujours besoin d’avoir un grand maître, ils ne peuvent vivre sans chef ! Dans ce monde, chaque pays à son roi, ou son gouverneur, vous voyez ce que je veux dire ?
-Parfaitement. Dans le Grand Pays, nous avons beau avoir un gouverneur, ce n’est pas lui qui dirige pour autant la nation.
-C’est juste, et bien c’est la même chose pour l’autre monde ! Un pays entier dirige toute la planète, les autres ne sont que des territoires sans importance où personne n’habite. Une famille royale dirige cet endroit, la plus ignoble, la plus monstrueuse, la plus vicieuse et la plus mauvaise de toutes. Celle du diable !
Elle cracha par terre et rigola.
-Bien sûr que non, ils ne sont pas de la même famille du démon, vu que cela n’existe pas, répliqua Sugy.
Ashe frappa violemment la jeune femme.
-Injure au Tout Puissant ! Vous méritez la mort !
-Je préfère mourir que de passer ma vie dans vos prisons.
-Alors venez nous rejoindre, à vaincre cette famille du mal !
Sugy ne répondit pas.
-Je savais que tu serais la plus têtue, cependant j’ai un moyen de te faire changer d’avis. Deux arguments de taille. Le premier est Final Zack, le second est son frère.
-Que voulez vous dire ?
-Il est sûr, que si vous nous aidez activement, les soins de votre ami pourraient être amélioré. On vient de m’annoncer que son état de santé s’améliorez quelques peu, quel dommage ce serait de le perdre quand l’espoir rené ! Une erreur est si vite arrivée.
-Ordure ! Cracha Sugy qui s’était levée.
-Allons, allons jeune fille, on se calme. Vous êtes déjà sur les nerfs, et vous n’avez jamais vue le second argument, qui est de taille.
La femme fit un geste à un des gardes, il sortit et quelques secondes plus tard, il ramena un homme attaché, aux traits tirés. Il semblait avoir beaucoup pleuré.
-Il ressemble à… Commença Acro.
-Mais qui voilà ? Demanda Ashe en souriant. Ne serait-ce pas le frère de votre cher Final Zack ? Quelle malheur, imaginez pour la pauvre mère, perdre ses deux fils à cause de la même personne, vous ma très chère Sugy. Enfin, vous pouvez encore changer d’avis, sinon je crois qu’il pourrait arriver malheur à ce jeune homme.
Sugy regarda le nouvel arrivant, il ressemblait très fortement à Final Zack, aucun doute, ils étaient frères. Il semblait à moitié évanoui, comme s’il avait déjà subi quelques tortures. Un des gardes avait son épée au niveau de sa gorge, près à la lui trancher.
-Je ne sais pas ce que vous en dîtes, mais j’ai une impression qu’il va lui arriver malheur, sûrement l’intuition féminine, ironisa Ashe.
-Sugy, appela Zell.
La jeune femme se retourna.
-Tu dois mettre ton orgueil de côté, et venir avec nous.
Ashe se leva et se dirigea vers le frère de Final Zack.
-Comment t’appelles tu mon garçon ?
-Hanjy.
-Quel âge as-tu ?
-18 ans.
-Oh, si jeune et déjà… si près de la mort. Regardez, celle qui veut vous tuer. Ashe prit dans ses mains la tête d’Hanjy, et la dirigea en direction de Sugy.
-C’est elle qui veut ta mort mon garçon !
-Quel est votre but ? Demanda Sugy. Vous ne gagnez rien, si ce territoire est envahit, c’est Kev0 qui en profitera. De plus, vous avez donnée une condition, pourquoi la respecte t’il ? N’est t’il pas le chef ? Ce n’est pas l’occupation de ce territoire que vous recherchez, sinon vous n’auriez pas demandé à ce que tout disparaisse, vous auriez pu occuper des habitations, ou faire des prisonniers des esclaves, il est donc clair que votre but n’est pas celui-là, et pourtant vous mettez un acharnement à nous convaincre de vous aider.
-Tu réfléchis trop ma jolie !
-Dîtes moi quel est votre objectif ?
-Mais enfin, c’est de m’amuser maintenant.
Elle regarda furtivement le reste de la salle, s’approcha de Sugy et murmura à son oreille.
-Regarde moi. Plus personne ne peut m’observer sans hurler de terreur. Tu crois que c’est par plaisir que je suis ainsi ? Je ne suis pas humaine, je fais partie de la famille du…
Et soudain, elle hurla dans les oreilles de la jeune femme.
-TOUT PUISSANT !
Et elle recommença à chanter, tout en exécutant une nouvelle danse.
-Elle n’est pas aussi folle qu’elle veut le faire croire, murmura Sugy pour elle-même.
Chapitre IV - Capelle
Comme à son accoutumée, la jeune femme était habillée dans une grande robe blanche, elle avançait, gracieusement, en direction de son père. Elle s’inclina, par politesse, mais le cœur n’y était plus. La jeune princesse était sûrement en train de vivre les instants les plus tragiques de sa vie, et pourtant elle continuait à avoir le sourire, comme si rien n’aurait pu le faire disparaître de son visage modèle. Elle n’était âgée que d’une vingtaine d’années, et tout en elle exprimé la beauté. De sa robe blanche, candide, à son visage aux traits parfait. Elle était réputée, pour être une jeune femme exemplaire, une référence pour tout le royaume. Elle semblait naïve mais intelligente, belle mais non provocante, elle semblait hors du temps, hors de ce monde guerrier, sa robe blanche renforçait cette impression. Elle semblait pure.
Son frère était là, il l’avait regardé se diriger en direction du bureau il avait voulu hurler son nom, l’appelait, lui dire de changer d’avis, d’obéir à son père. Elle allait gâchée sa vie, elle ne savait pas ce qui l’attendait. Le jeune homme versa une larme, il ne pouvait qu’admirer sa sœur, qui faisait preuve d’un grand courage. Lui n’avait jamais su tenir tête à ce roi, son père. La jeune femme se retourna dans sa direction, elle regarda son frère, puis sa mère en pleurs. Elle ne semblait pas comprendre ce qui l’attendait.
-Je vous en prie mère, ce n’est pas bien important, avait t’elle dit.
Elle avait alors détournée son regard, et avez franchis les lourdes portes, son père l’attendait de l’autre côté.
Quelques minutes plus tard, retentissait ce cri, ce fameux cri. Ce cri qui l’avait empêché de dormir pendant des nuits. Ce cri, qu’il entendait des dizaines de fois par jour. Ce cri, qui l’avait tellement terrorisé. Ce cri, comme si l’on venait de tuer un enfant.
Le jeune homme se réveilla en sursaut, il n’en fut pas pour le moins surpris. Il refaisait souvent ce rêve, cette histoire qui l’obsédait, et ce cri, toujours synonyme de l’achèvement de son cauchemar. Il y’a deux ans, il avait fait ce rêve pendant des mois, au fur et à mesure du temps, cela s’était réduit, maintenant, il en faisait un ou deux par semaines, rarement trois. Tout dépendait de l’état dans le quel il était. En ce moment, évidemment, avec la guerre, il était dur de penser à autre chose. Les envahisseurs, elle avait donc raison. Elle avait toujours eu raison. Aujourd’hui, les hommes du monde parallèle étaient là, bien décidés à mettre à flots et à sang ce pays. Et lui, que faisait t’il ? Rien, il passait ses journées à regarder le tableau, si célèbre de sa sœur. Ce portrait, où ne voyaient que son visage, et le châle blanc qui recouvrait gracieusement ces cheveux. Elle semblait être une enfant sur cette image, et pourtant elle avait posée quelques moi seulement avant le drame.
-Cela ne faisait que commencer, murmura l’homme à lui-même.
Ce tableau était si beau. Il aurait pu passer des journées à l’observer. Elle était si envoûtante, si belle, si vivante. Et aujourd’hui, elle était morte, elle n’était plus qu’un vulgaire bout de marbre, dans le cimetière royal, à côté de quelques grands-mères et quelques tantes !
-Qu’est ce que je fais de mes journées ? Je passe mon temps à la regarder, à lui apporter des fleurs à la tombe, et à pleurer. Et pendant ce temps, mon pays est à sang. Mon père est parti au combat. Les envahisseurs ont des armes puissantes, qui tuent soldats et animaux instantanément. Nos épées ne font rien, cela fait des mois que c’est comme ça, que la guerre est là, que tous les jours nous perdons du terrain et des hommes. Dans une semaine, à peine, si cela continue, ils seront aux portes du palais, il ne restera alors que quelques heures avant la fin, nous ne serrons plus qu’une centaine de survivants. Inutile d’espérer fuir dans le pays envahisseur, il ne savait pas comment ouvrir la faille. Certains membres de la famille, le savaient, mais c’était un secret absolu d’en parler. On ignorait tout. Et elle… savait t’elle le faire ? Non, impossible. Elle ne pouvait pas, sinon elle y serait partie. Personne ne savait, le secret avait été si bien tenu, qu’il était maintenant trop tard de le révéler, et les personnes au courrant qu’un autre monde existait, ne savait pas y passer. Avant, la mère du roi savait le faire, le jeune prince se rappela comment une fois, elle avait semblait fendre l’air, elle l’avait divisé, fractionner, elle avait crée un espèce de cercle, où il était possible de changer de monde, il fallait s’y glisser, et on se retrouvait, invariablement au même point, toujours le même. Si on regardait bien, dans la faille, on pouvait voir cet endroit, cela semblait être une vieille forêt, on voyait quelques arbres. Jamais personne n’avait osé passer à travers, qui sait, peut être jamais on ne pourrait faire demi tour ! Il n’y avait qu’un seul endroit, également, où cette faille existait dans son monde. C’était de cet endroit, où évidemment étaient arrivé les envahisseurs. Un endroit d’une surface inférieure à un mètre carré, un endroit où les deux mondes étaient si proches à la fois si éloignés. Un lieu où il suffisait de « savoir le faire » pour pouvoir passer de l’autre côté. Il n’existait, qu’un seul endroit apparemment dans les deux mondes. C’étaient là, que se trouvaient les failles.
Le jeune homme se leva, le palais était presque vide. Pourquoi ne pouvait t’il pas partir au combat, finalement tout le monde y allait, pour ne plus jamais en revenir, peut être, mais tout le monde y allait, tout du moins les hommes ! Il était le seul, ici d’ailleurs. Toutes les autres personnes présentes dans le château étaient des femmes ! Il n’avait jamais fait preuve de courage, il en avait honte. Mais l’idée de partir, vers la mort l’effrayait. Il était dans la fleure de l’âge, il ne voulait pas courir vers le danger, courir vers la mort.
-Tu préfères que la mort vienne à toi, alors, murmura t’il pour lui-même.
Il marchait dans les couloirs du palais, la nuit était totale, le silence régnait. Il avançait, ouvrit la porte du donjon et grimpa les marches. C’était la tour la plus haute du château, celle où, lors d’une attaque, la famille royale devait se réfugier. Lui, s’y cachait déjà alors que le danger n’était pas encore aux portes du château, mais cela ne saurait tarder. Il grimpa les marches, et arriva en haut de l’imposante tour, elle dominait tout le château. Le soleil était en train de se lever, c’était l’aube, l’aurore. Tout était si beau. Là bas, où il voyait le soleil se levait, la bataille faisait rage. Il s´agenouilla, et pria.
-Capelle, que fais tu ? Lui demanda une voix derrière lui.
Le jeune homme se retourna.
-Je prie, je prie pour que quelque chose se passe, et que le massacre s´arrête.
Son visage alors, s’éclaira.
-Mère, je sais comment les arrêter. Je sais comment stopper cela. Emmenez moi à la chambre de Yorda.