Chapitre XI
Le train s’était arrêté, c’était le moment où jamais. Sugy regarda derrière elle, il n’y avait que Final Zack dans le compartiment. Elle ouvrit la fenêtre et passa par-dessus.
-Viens, murmura-t-elle à son compagnon d’infortune.
Le jeune homme la suivit. Au loin, on pouvait voir la gare d’Aursellan.
Quelques minutes plus tard le train repartait.
-Personne ne nous a remarqués, affirma Sugy.
-Quelle bonne idée que de tirer la corde qui arrête automatiquement le train. Maintenant nous n’avons plus qu’à nous rendre en Hylvanie. Tu penses que la frontière sera surveillée ?
-Avec la guerre qui vient de se terminer, c’est obligé.
-Comment allons nous passer alors ?
-L’argent peut tout arranger, conclut Sugy.
-Comment ça ?
-Tu sais très bien ce que je veux dire, de toute façon je ne passerai pas la frontière. Je vais faire demi tour et rentrer à Kersya, la capitale.
-Tu m’abandonnes déjà ? Demanda Final Zack.
La jeune femme ne répondit pas. Ils avançaient longeant une vieille route, en direction d’Hylvanie, lieu de leur séparation.
-Oh le mort ! Hurla le bourreau.
La voix de l’homme était puissante et réveilla Acro d’un coup.
-Où suis-je ? Demanda ce dernier.
-Chez moi, et tu ne peux pas rester, maintenant tu dois t’en aller.
Le jeune homme émergeait.
-Comment ça se fait… que je ne sois pas mort ? Demanda-t-il.
-L’éxecution a été truquée, mais tu dois vivre caché maintenant.
-Et les balles ? Et le sang ? Il n’a pas coulé ?
-Je t’ai tiré un peu en dessous de l’épaule, ça ne te fait pas mourir mais ça saigne beaucoup. Sur le moment c’est normal que tu sois évanoui, tu devais avoir tellement peur.
Acro essaya de se lever, il était allongé sur un lit. La pièce était très sobre, avec une table, deux chaises et un vieux tapis.
-C’est votre maison ?
-Il y’a aussi une salle de bain, derrière, répondit le bourreau.
-Merci.
-Tu n’as pas à me remercier, c’est quelqu’un qui m’a demandé…
-Qui ?
-Je ne sais pas, ton ange gardien.
Acro rigola mais une vive douleur à l’épaule l’en empêcha.
-Tu risques d’avoir mal pendant quelques temps, mais il vaut mieux avoir mal à l’épaule qu’être mort, non ?
-Oui, je ne sais pas ce que je vais faire. Je n’ai pas d’emploi, je vais devoir vivre caché.
-Je ne peux pas te garder indéfiniment ici, tu dois le comprendre.
-Je sais, d’ailleurs je pensais que vous m’auriez laissé dans la rue.
-Je ne suis pas un monstre, rétorqua l’homme.
-Vous êtes un bourreau, c’est pareil, affirma Acro.
-Ca ne veut rien dire… tu ne me connais pas, tu penses que tuer les gens est un plaisir pour moi ou quoi ?
-C’est votre métier en tout cas.
-Tu ne penses pas qu’être soldat c’est pire, tuer les innocents ?
-J’étais innocent ! S’exclama Acro.
-Oui, mais tu n’es pas mort.
-Si je n’avais pas d’ange gardien je le serais.
-En général, je fais confiance à la justice de ce pays, parfois il arrive qu’elle se trompe.
Acro se leva.
-C’est bien, maintenant je vais partir.
Il commençait à se diriger vers la porte quand l’homme le retint.
-Attends. Je peux t’héberger pendant quelques jours si tu veux.
Acro se retourna.
-Merci, j’attendais que vous me le proposiez. Mais au fait, quel est votre nom ?
Le bourreau hésita quelques secondes.
-Je n’ai pas l’habitude de donner mon nom, mais soit. Je me nomme Hellmaster.
-Et voilà, c’est là qu’on se sépare.
Sugy avait dit cette phrase d’une façon lente, comme si finalement elle ne voulait plus quitter Final Zack.
-Je ne sais comment te remercier, avoua Final Zack.
-Tu l’as déjà fait en me payant.
Sugy ne pouvait s’empêcher de regretter ce départ. Finalement, Final Zack avait été son compagnon, son ami même pendant des jours, des semaines. Elle allait le quitter et ne le reverrait plus jamais.
-Allez, ca ne sert à rien de s’éterniser.
Ils étaient à quelques pas de la frontière, deux gardes faisaient les cents pas au niveau d’un poste, et de l’autre côté c’était la liberté, l’Hylvanie.
Il tourna le dos à Sugy et commença à marcher.
-Attends ! Hurla celle-ci.
Elle courut vers lui.
-Si tu as un problème, n’hésite pas à revenir me voir.
-Je pense que je n’arriverai jamais à retrouver ta maison dans les quartiers.
-Attends, c’est pas aussi misérable que tu penses, il existe des numéros et des rues, même si à mon avis c’est plutôt pour que même ici on puisse nous envoyer des factures.
Elle sortit de son sac un papier et un crayon et inscrivit son adresse, « 5 chemins Lonceau – KERSYA »
-Merci, à mon avis je n’aurai plus de problèmes en Hylvanie.
-On ne sait jamais, surtout installe-toi dans un village et fais toi vite apprécier des habitants.
Sugy se retourna, derrière, elle pouvait entendre Final Zack qui marchandait son entrée en Hylvanie avec les gardes. Elle sourit, elle était parfaitement heureuse.
-Mission accomplie, murmura-t-elle.