Chapitre 6 : Révélations
-Qui êtes vous ? Murmura la Reine.
Ashe, regarda son interlocutrice fixement, puis dévisagea à son tour le Prince Capelle.
-Et bien, tu ne me reconnais pas, maman ? Hurla comme folle de joie la femme multicolore.
Le prince et sa mère eurent un cri de surprise.
-Yorda !
La femme courut pour enlacer sa fille, et se jeta dans ses bras.
-Il y a toujours eu en moins une petite voix qui me disait que tu étais peut être encore en vie ! J’ai tellement attendu, si tu savais, murmura t-elle à l’oreille de sa fille.
-Moi aussi Maman, j’ai tellement attendu.
-C’est vrai Yorda, c’est vrai ? Demanda t-elle, en larmes.
-J’ai longtemps attendu ce moment là, ce moment où je pourrais te faire exploser ta cervelle de pute.
La femme surprise, fit quelques pas en reculant, mais il était trop tard, Ashe prit sa hachette, et la planta dans le cœur de sa mère. L’arme resta enfoncé dans le corps, qui tituba, chancela, et s’écroula sur le sol du Palais.
-Mère ! S’exclama Capelle, restant cloué à sa place, terrorisé par les évènements.
-Et bien, que de révélations, murmura Monarch, toujours très stoïque pourtant.
-N’est-ce pas ?
-Une petite explication serait la bienvenu, je dois avouer, continua t-il.
Capelle, n’écoutant que son courage, se dirigea vers le corps de sa mère, et se saisit de la hachette, prêt à l’enfoncer dans le crâne de sa sœur, qui n’avait pas bougé.
-Tu ne veux pas connaître mes raisons ? Tu ne veux pas savoir pourquoi je suis toujours en
vie, mon cher frère ?
Entre deux sanglots, le jeune homme répondit :
-Tu n’es pas ma sœur, je ne te reconnais même pas. Ma sœur était belle, ma sœur semblait intelligente et naïve à la fois, elle jouissait de la vie, et semblait heureuse. Elle était bonne, et n’aurait jamais fais une telle chose à sa mère.
-C’est fou ce que les gens changent, répliqua Ashe dans un grand sourire provocateur. D’après mes souvenirs tu n’étais pas aussi sentimental et aussi niaiseux. Si je me souviens bien, tu n’as rien fait pour me défendre, lorsque notre cher père avait décidé de me tuer !
Elle prit sa respiration et continua
-Mais tu as raison, je ne suis plus ta sœur. Je ne la suis plus, depuis que tu m’as abandonné, et que tu n’as rien fait pour me sauver, lorsque j’ai été condamnée à mort, injustement, par mon père.
Le doute s’installa dans les yeux de Capelle.
-Alors, changement de rôle hein ? Tu ne veux plus jouer la gentille petite victime ?
-J’aimerais bien mon explication, rappela Monarch, nullement affectés par les révélations qui avaient lieues.
-Comme tu peux le voir, autrefois je m’appelais Yorda. J’étais la princesse de ce royaume. J’avoue que j’y étais très heureuse, entourée d’une famille qui – je pensais à l’époque – m’aimais. J’étais réputée dans tout le royaume pour ma beauté, ma gentillesse, j’étais la fille parfaite. Et ce n’était pas un jeu, j’étais vraiment ainsi à cette époque, et je crois qu’ils ont été les jours les plus heureux de ma vie.
Le général essaya de distinguer, il crut voir les larmes aux yeux de la femme. Il lui sembla, que c’était la première fois, qu’il pouvait réellement affirmée, que c’était un être humain. Yorda, quant à elle, continuait son discours :
-Mais les jours passaient, et ma naïveté s’estompait. J’ai compris que mon père préparait une guerre, contre le monde symétrique. Nous avions toujours eu connaissance – dans la famille royale – de l’existence de cette faille, et seul le dénommé Khlaine pouvait l’ouvrir, c’était un garde du palais. Autrefois, ma grand père avait elle aussi ce don, mais elle est morte, aujourd’hui.
-Ton père voulait mener une guerre contre nous ? S’étonna Monarch, regardant misérablement la massue de Ryle.
-Oui, il m’avait demandé de faire des recherches pour savoir si vous n’aviez pas de points faibles, sans me préciser évidemment que c’était pour vous exterminer.
La femme s’arrêta et dévisagea Capelle.
-Mais je vois que monsieur fouille dans mes affaires maintenant. En effet, plus mes travaux avancés, plus je comprenais les réelles motivations de mon père, et il fut evident qu’il souhaiter menait une guerre en se servant de mes découvertes. Car j’avais trouvé votre point faible : le feu. Plus les jours passaient, plus je me disais qu’il fallait mettre au courrant le peuple, de ce qu’il se passait, car je savais pertinemment qu’il aurait été contre. Tiens, toi, petit, tu aurais été contre, n’est-ce pas ?
Ryle, qui n’avait pas bougé depuis quelques temps, murmura un faible « Bien sûr », tandis que la femme continuait son discours.
-Yorda, je n’étais pas au courrant des intentions de père.
-Tu n’étais pas au courrant des intentions de père ? Il n’était pas au courrant des intentions de père, vous entendez ça ! Monsieur n’était pas au courrant des intentions de père, mais monsieur savait que j’allais me faire tuer, et monsieur n’a rien fait.
L’homme, terrorisé par sa sœur, vint se rapprocher de Monarch et de Ryle, en relâchant la hachette sans même s’en rendre compte.
-Continue ton discours, Ashe, proposa le général.
-Et bien, mon père n’avait plus que cette idée en tête, massacrer l’autre monde, avoir le pouvoir, tout le pouvoir ! A lui, rien qu’à lui. Il s’en foutait de tuer des milliers d’innocents pour rien. Cependant, j’étais la dernière à pouvoir faire quelque chose. Déjà, il était hors de question de lui dire quel était leur point faible – il ne savait pas que je le connaissais, sinon ça fait bien longtemps qu’il m’aurait torturé pour lui avouer – mais surtout, je pouvais provoquer un scandale, pour qu’il respecte la paix. Quelques heures, avant que je décide d’en informer la population, mon père m’a condamné à mort.
-Ton père t’a condamné à mort ? S’étonna Monarch.
-Il n’a pas hésité. Et il était trop tard pour fuir. Je me souviendrais toujours, du moment où je suis passé dans ce couloir macabre. J’espérais que quelque chose me sauverait, que ma mère ou que mon frère protesterait, mais ils n’ont rien faits, ils m’ont regardés. Ils pleuraient, oh oui, ça y allé sur les larmes. Mais personne ne m’a sauvé, personne n’a dit un mot. Je n’avais même pas eu le temps de leur dire au revoir. Les portes de la salle d’exécution se sont refermées derrière moi, et c’est à partir de ce moment là, que j’ai commencé à éprouver une haine infinie envers cette famille, qui m’avait vu grandir, avec qui j’avais partagé des années de joie, de soutient, d’entre aide, et qui maintenant, me laissait tomber, me laissait mourir.
Elle souffla, calmement, pour continuer :
Quelle mère peut faire ça ? Quel frère peut laisser sa sœur se faire tuer par son père ? Quelle famille, quelle famille ? Si ce n’est celle du Diable.
La femme, semblant repartir dans ses délires, fut coupée par Capelle.
-Et alors, tu te portes plutôt bien pour une condamnée à mort…
-J’aurais préféré être morte, plutôt que d’avoir a subir le signe de la honte.
-J’avoue ne pas tout comprendre, déclara Monarch, toujours impassible.
-Je n’ai pas été tué, non, pire que ça. Regardez ce qu’ils m’ont fait.
Elle désigna sur sa joue gauche, le fameux losange rouge, très brillant.
-Un tatouage ? S’étonna Monarch.
-Evidemment, vous ne comprenez pas, pour nous, c’est le signe de la honte. C’est la marque que porte les vilaines sorcières dans les contes pour enfant, c’est le symbole de… Vous ne pouvez pas vraiment comprendre. Mon cher père m’a épargné, il m’a demandait de m’exiler loin du pays, et de vivre seule, dans une des terres repliées. Pour être sûr que je ne revienne jamais, il m’a mis ce signe. Je suis l’égal des violeurs, des tueurs d’enfants, avec ça. Je ne l’ai pas supporté. Je ne devais absolument pas révéler que je vivais encore, j’ai donc commencé à me déguiser, et à tout faire pour cacher cette affreuse marque, j’ai tenté de peindre mon visage, pour qu’elle ne se détache pas trop, mais en vain. C’est alors que j’ai décidé de porter des tenues multicolores, et de me peindre mes cheveux, d’une couleur différente pour chacun. Ainsi, ce signe semblait se fondre dans la masse.
Monarch observa le losange rouge, tandis qu’Ashe continuait :
-Je n’étais pas folle, ce n’est pas par plaisir que je suis ainsi. C’est juste pour ne pas avoir à trop souffrir si je devais croiser mon reflet dans la glace. Avec ça, dit-elle en désignant le signe de la honte, aucune famille ne m’a evidemment aidée, personne n’a voulu m’héberger, même pas pour une nuit. Il fallait rester belle, pour être aidée. Une personne est venue vers moi, une seule personne : Khlaine.
-Khlaine, il est donc parti avec toi ? S’etonna Capelle.
Sa sœur ne l’écoutait pas.
-Mais qu’avais-je fais pour mériter ça ? Rejetée de tous, abandonnée par ma famille, et considérée comme la pire des meurtrières ! Et après, quand je prétends que c’est la terre du Diable, personne ne me croit ? Nous nous sommes trompés de méchants dans l’histoire, ce n’est ni Khlaine, ni moi, c’est bien vous le Mal, c’est vous les démons.
Une larme coula sur son visage, sans que personne ne s’en aperçoive.
-Je ne vous ais jamais fais de mal, moi.
-Et maintenant, tu veux te venger, murmura Capelle.
-Bien sûr ! Khlaine m’a ouvert les portes de l’autre monde, et nous y sommes allés, nous sommes arrivés devant les responsables de cet univers symétrique, pour leur annoncer que nous avions fait une découverte, qu’il existait dans une petite forêt d’Hylvanie, une faille permettant d’accéder à un autre monde, et que seul Khlaine était capable de l’ouvrir.
-Je connais la suite, rappela Monarch, vous nous avez demandés de tout réduire à néant, prétextant que c’était le monde du Mal.
-Mais c’est le monde du mal. Malheureusement, parmi les généraux, il y avait un lâche, du nom d’Aurasmash, qui, ne pouvant supporter ce massacre en a averti un grand orateur du nom de Kyo. Ce dernier voulait tout révéler, et au dernier moment, j’ai réussi à convaincre Kev0 de le faire tuer.
-Kev0 ? Demanda Capelle, intrigué.
-Le chef des généraux, l’équivalent de votre roi si vous voulez, expliqua Monarch.
-Et c’est alors que nous avions un autre problème, son petit chien-chien, son disciple, le jeune Final Zack savait peut être quelque chose, il fallait l’exécuter aussi. Et c’est là que tout a commencé à dévier, et quand j’ai cru que Final Zack allait arriver à ses fins, je l’ai tué, sans prévenir personne, j’avais envie que tout le monde le voit, pour dissuader les plus courageux de s’opposer à moi.
-Tu veux dire que tu as tué une personne, qui, comme toi, voulait empêcher un massacre ? Cracha Capelle.
-Oh, mais, de deux choses l’une. Premièrement, personne ne devait entraver ma vengeance. Et secondement, il n y a aucun problème à vouloir réduire à néant le mal, car c’est bien ce que vous êtes… Maintenant, je vais devoir m’occuper moi-même des derniers détails. Désolé, mais aucun de vous n’en ressortira vivant.
Capelle et Monarch se regardèrent, et la femme continua.
-Et je compte bien vous faire souffrir. Toi, mon cher frère, pour que tu saches ce que c’est que de se faire tuer par un membre de sa famille, et toi, Monarch, pour avoir osé achever Khlaine, la seule personne qui m’a tendue la main, quand tout le monde m’a tourné le dos.
-Tu lui as demandé de se battre avec moi.
-Je pensais, que tu crèverais. D’ailleurs, tu vas regretter de ne pas être mort…
La femme rigola, mais soudainement elle s’arrêta.
-Où il est, le minus ?
Le général se retourna.
-Ryle ?