Chapitre 5 : Combat de généraux
-Je me suis longtemps demandé qui tirait les ficelles, entre vous deux… susurra Monarch. Maintenant j’ai compris, tu n’es qu’un pantin dans ses mains.
Tout en parlant, l’homme tenait fermement son épée des deux mains, prêt à bondir.
-Tu es loin du compte… répliqua froidement Khlaine.
Sans plus de discours, l’homme se jeta violemment sur son ennemi, prêt à l’embrocher avec son sabre. D’un réflexe vif, Monarch para son coup grâce à son épée massive.
-Je n’ai pas eu le temps de demander des nouvelles de mon cher Kev0, murmura l’homme, alors que les deux armes s’entrecroisaient.
-Je crois qu’il a eu un problème… un coup de chaud, si tu vois ce que je veux dire.
Monarch retira soudainement son arme, et tenta de transpercer par surprise le ventre de Khlaine, mais ce dernier eut le temps de faire un bref mouvement de recul.
-J’ai presque cru que ça allait être trop facile.
-Presque, répondit le compagnon d’Ashe.
Soudain, il leva son sabre en l’air si vite qu’il sembla fendre l’air, et le rabattit violemment sur son agresseur, pour lui fendre le crâne en deux. Monarch, n’ayant pas vu le coup venir, eu juste le temps de faire un petit pas en arrière, la lame de son agresseur toucha l’extrême pointe de son nez, ou le sang commençait à couler maintenant.
-J’espère que tu ne tenais pas trop à ce petit bout de peau que je viens de t’enlever, cingla Khlaine. De toute façon, là où tu vas aller tu n’en n’auras pas besoin.
Un frisson parcourut Monarch, cela faisait très longtemps qu’il n’avait plus ressenti ça… la peur… de mourir. Très longtemps, oui. Cela faisait 30 ans même, depuis qu’il avait été nommé général, personne n’avait réussi à l’inquiéter en combat, et maintenant… quelqu’un y arrivait. L’angoisse gagna l’homme, mais à la fois l’excitation, l’excitation d’un combat à l’issue incertaine.
-Tu as peur, je le vois dans tes yeux, affirma soudain Khlaine.
Un sentiment de colère envahit le général, jamais personne ne lui avait dit ça, jamais.
Monarch, hors de lui, à la fois par cette provocation, mais aussi par l’excitation que lui procurait ce combat, se dirigea vers son ami, sans hésiter.
Khlaine leva son sabre, prêt à trancher la gorge de Monarch, mais ce dernier, laissant tomber son arme, arrêta la lame de son agresseur, à main nue, qui ruisselait de sang.
-Après le nez, la main… décidément, tu es sado-maso toi.
Sans laisser transparaître la douleur sur son visage, Monarch tira si violemment sur le sabre de son ennemi, qu’il réussit à lui enlever.
La panique envahit Khlaine, à son tour, maintenant. Voyant que la situation était on ne peut plus critique pour lui il donna un coup à Monarch, qui vacilla et tomba net, en lâchant le sabre. Sans perdre un seul instant, l’ami d’Ashe se jeta au sol également, et agrippa le coup de son adversaire
-J’ai une question à te poser, ça fait quoi de savoir que son heure est venue, mon cher ?
Monarch essayait de se débattre, en vain. Son agresseur avait pris le dessus, et il lui était de plus en plus difficile de respirer. Il essayait de tâtonner sur le sol, étant donné que le sabre mais également l’épée étaient toutes proches de lui.
-Je vais te dire quelque chose, avant que tu meures, murmura Khlaine à l’oreille du général. Ce n’est pas Ashe, qui tire les ficelles… c’est nous. Depuis le début, nous vous manipulons.
Soudain, Monarch senti de sa main gauche l’épée, et de sa main droite le sabre. Dans un ultime effort, il s’empare des deux armes, et les dirigea vers Khlaine en les croisant.
Les deux lames transpercèrent l’homme, le sang gicla sur le visage de Monarch, qui relâcha les deux armes, qui s’étaient croisées dans le corps sanglant de son adversaire, si bien qu’elles dessinaient maintenant une croix.
L’homme se releva, et reprit sa respiration, il avait encore l’impression que les imposantes mains de son agresseur y étaient appliquées. Sa main gauche était en sang, mais il était encore en vie, c’était l’essentiel. Il s’approcha alors de son ennemi, et chuchota :
-En tout cas, merci pour ce combat.
Les portes du palais s’ouvrèrent en grands. Tous les militaires ayant été réquisitionnés, plus personne ne gardait l’entrée du château.
-Prince Capelle ! Appela une voix.
L’homme, qui se trouvait à un étage supérieur descendit les escaliers à vive allure. Il n’avait pas reconnu la voix, mais il espérait qu’il s’agissait de son père. La déception pouvait se lire aisément sur son visage, quand il s’aperçut que ce n’était qu’un soldat de son armée, tenant d’une main sa massue, et de l’autre, deux prisonniers.
-Qui êtes vous ?
-Je me nomme Ryle. J’ai été envoyé au front, Prince, et je suis vivant.
Capelle descendit les dernières marches, et vint se positionner devant son interlocuteur.
-C’est moi qui vous ait sauvé, en mettant le feu, ou plutôt c’est elle, affirma t-il fièrement.
-Elle ?
-Yorda.
-Ecoutez Prince, j’ai quelque chose à vous dire…
Le visage de Capelle devint livide, comme s’il avait déjà deviné la mauvaise nouevlle.
-Notre roi est mort.
Le jeune homme trembla, et se dirigea vers une chaise où il s’assit pour reprendre ses esprits.
-Je suis sincèrement désolé. J’ai avec moi deux prisonniers, deux espions de l’autre Armée, Prince. Il faut absolument les emprisonner.
Le jeune homme tendit un trousseau de clef, et les donna au soldat.
-En bas, mets les dans un cachot d’en bas.
Pendant que Ryle enfermait Zell et Sugy, Capelle essayait de se calmer, quand sa mère arriva en courrant dans les escaliers.
-J’ai tout entendu fils.
La femme se jeta dans les bras du Prince, en sanglots. Le château, d’habitude animé, et remplit de vie, s’était peu à peu vidé. Maintenant, le silence régnait, et seuls les pleurs de la Reine venaient les troubler.
Ryle refit son apparition.
-Madame la Reine, murmura t-il en se courbant en deux.
-C’est un des soldats qui a survécu, Mère, informa le jeune homme.
-Je suis le soldat qui a survécu, modifia t-il. Ils sont tous morts, tous les autres.
Le prince se dégagea de l’étreinte de sa mère, surpris, et se dirigea vers Ryle.
-Que s’est-il passé ? Demanda Capelle.
Le jeune soldat hésita. Fallait-il raconter toute la vérité à son Prince ? Lui dire qu’il avait fui le combat, pour sauver sa peau, par exemple ?
-Et bien le combat a été rude vous savez et… quand il y’a eu ce gigantesque incendie, nous avons vu qu’ils brûlaient tous un par un.
-Tu vois mère, je les aient sauvés, murmura le Prince.
-Nous célébrions notre victoire, quand une femme démoniaque est arrivée, pour tous nous tuer. Elle était accompagnée d’un homme également. Nous avions beau être presque une centaine, nous n’avons rien pu faire. Alors qu’elle s’apprêtait à me tuer, un autre homme est arrivé et ils se sont battus entre eux, j’ai fui et sur le chemin j’ai trouvé les deux que j’ai remmenés.
-Une femme démoniaque tu dis ?
-Oui, Prince… répondit-il.
Il prit sa respiration, et chuchota :
-Et elle porte le signe de la honte.
Le visage de Capelle changea de couleur, et il se retourna vers sa mère, qui entendant ça, s’était arrêtée de pleurer.
Soudain, les deux portes du palais s’ouvrirent une nouvelle fois en éclat. Tout le monde se retourna.
-Le signe de la honte, répéta Ryle, en désignant Ashe, qui se tenait maintenant à quelques mètres d’eux.