Indis, qu´en penses-tu? 
Ne t´inquiètes pas ma pauvre Indis, il subit ce qu´il mérite dans ce nouveau chapitre^^
En tout cas, bonne lecture, il y en a!
Géhatos
Le lendemain, les trois compagnons se réveillèrent de bonne heure. Le soleil n’était pas encore visible, mais on devinait qu’il ne tarderait pas. La plaine, humide de rosée, luisait froidement sous leurs yeux. Un lapin au pelage blanc taché de noir se débusqua quand Raphaël se leva brusquement, et alla se perdre dans des hautes herbes qui s’étendaient à une cinquantaine de mètres de leur campement.
Hellmaster, n’ayant pas envi de quitter les bras d’Indis, se pelotonna dedans et fit semblant de se rendormir. Mais celle ci le devina aussitôt, et l’envoya rouler sur l’herbe d’un geste.
Se levant, elle s’approcha du feu, et s’étira longuement en baillant sans réserve.
« Bien dormit Indis ?
- Oui, plutôt bien, merci. »
Voyant qu’Hell s’était levé et approché, elle ajouta :
« En tout cas, tes bras étaient plus confortables que ceux de Hell.
- N’hésites pas à y revenir dans ce cas.
- Humph ! »
Raph avait remis la marmite sur le feu, rajoutant à la soupe de la veille quelques poignées de céréales et de l’eau. Il tourna rapidement et énergiquement pendant la cuisson, puis servit à ses compagnons de voyage une mixture fluide, mêlée de grains durs et très peu appétissante.
« Tu tiens à nous empoisonner, demanda Indis, suspicieuse.
- Non, pas du tout, c’est une recette que je tiens de ma mère, c’est dégueu, ça pourrit vite avec une odeur atroce, mais ça se prépare facilement, c’est pas cher, et c’est nourrissant. »
Indis avala une cuillérée du contenu de son assiette, avala avec peine, déglutit, puis reversa son assiette dans la marmite avec une mine dégoûtée.
Hell en avala un peu plus, puis le reste de son assiette alla rejoindre celle d’Indis.
Seul Raphaël avala le contenu de son assiette sans broncher avant de se resservir.
Enfin, les trois compagnons se préparèrent et partir, toujours en direction du nord.
« Aujourd’hui, nous devons absolument passer le Géhatos, sinon nous aurons beaucoup plus de chemin à parcourir ! »
C’était encore Indis qui menait.
« Le Géhatos ? Qu’est ce que c’est ?
- Toi et ton trou de mémoire… Le Géhatos est un fleuve. Un fleuve immense qui barre cette plaine. Nous sommes au printemps, donc la surface de ce fleuve est en train de fondre. J’ai pris mes renseignements, et si nous ne traversons pas aujourd’hui, la glace ne supportera pas notre poids. Nous serions donc obligés de faire un immense détour pour trouver un moyen de traverser.
A l’est, à une centaine de kilomètres, le fleuve est suffisamment étroit pour nous permettre de passer en radeau. En comptant le temps pour construire le radeau, et les journées de marches imposées pour atteindre cet endroit, on en arrive à un détour d’environ – les yeux dans le flou, elle calcula rapidement – environ quarante jours.
De l’autre côté, il y a un village où on trouve des bateaux qui peuvent faire la traversée, mais il se trouve à cent quarante kilomètres, c’est à dire… environ dix-huit jours pour y aller, soit un peu moins de temps que par l’est, mais une bourse beaucoup plus légère.
Résultat, nous ferions bien de nous dépêcher, nous avons jusqu’à ce soir aux alentours de onze heures ! »
Le groupe s’était mis en route durant cet exposé. Hell essayait de retenir tout ce qu’elle lui disait, mais il avait du mal. Raphaël regardait ailleurs, il avait l’air de connaître tout cela parfaitement, ou de ne pas s’y intéresser.
Soudain, le soleil perça l’horizon. Des rayons oranges traversèrent la plaine, se reflétant sur les gouttelettes de rosée avec des nuances roses, violettes ou même vertes et bleues. L’instant se figea sous cette magie des couleurs, et l’espace d’un instant, ils purent apercevoir une longue traînée scintillante à une grande distance.
« Le voilà, le Géhatos ! »
Mais, comme le soleil montait et que ces couleurs s’éteignaient petit à petit, Hell crût un instant apercevoir un oiseau se découpant sur la trame du soleil. Il le fit remarquer à Indis, mais celle ci ignora la remarque et donna l’ordre de se remettre à marcher.
Durant toute la journée, le petit groupe traversa la plaine, ne s’arrêtant qu’au déjeuner.
« J’ai faim, on pourrait pas faire une pause ? En plus, le soleil est au zénith, alors ce serait bien de se reposer. »
Raphaël, fidèle à lui-même, restait un piètre marcheur.
« Tu as toujours quelque chose qui ne va pas. Tu pourrais pas avancer en silence et attendre les consignes d’Indis ?
- Il a quand même raison, on va s’arrêter. Raph, tu prépares le déj’ ?
- Et pourquoi ce serait moi qui le ferais ?
- Parce que je n’ai pas l’intention de le faire, et j’ai faim, donc je ne vais pas non plus laisser Hell s’en occuper. Tu es peut-être mauvais cuisinier, mais tu es le meilleur de vous deux je pense.
- Et pourquoi serait-il le meilleur ?
- Parce que lui n’a pas de trou de mémoire.
- Hum ! Bon, de toute façon je n’y connais rien.
- Bon, voilà, maintenant tu peux t’en occuper Raph ! Au boulot ! »
Au bout de quelques minutes, Raphaël leur servit la mixture du matin, froide qui plus est.
« Tu tiens vraiment à nous empoisonner ?
- Non, mais je ne tiens pas non plus à être nommé chef cuisinier.
- Au fait Raphaël, tu connais quelqu’un du nom d’Ozma ? »
Hellmaster venait de se rappeler son rêve de la veille.
« Ozma ? Bien sûr, pourquoi ?
- J’ai rêvé de lui. Enfin, je crois que c’était un rêve. Il avait l’air de me connaître, et il m’a dit de te saluer de sa part.
- Hum ! C’est fort possible qu’il s’agisse de lui, je crois qu’il peut faire des trucs de ce genre.
- Il a aussi dit que tu le reverrais bientôt.
- Ah bon ? »
Raphaël n’avait vraiment pas l’air surpris de tout ça. Indis, elle, avait l’air curieuse et intéressée, mais Hell n’arrivait pas à savoir si c’était à propos de lui, de Raphaël ou de cet Ozma.
Hell, lui, était complètement dérouté. Malgré le voilà blanc qui masquait le contenu de son esprit, la plupart des choses qu’il voyait ou entendait lui semblai normale ou compréhensibles. Mais cette fois, il se retrouvait confronté à quelque chose qui ne lui rappelait absolument rien.
« Et bien merci d’avoir fait passer le message.
- C’est après ça que tu t’es réveillé en sueur ?
- Oui, je pense que oui.
- Oki. Bon, comme on a terminé, je propose qu’on se remette en route. Allez, levez-vous, attrapez vos affaires et c’est partit ! »
Montrant l’exemple, elle s’était mise debout, avait refixé son sac sur son dos et repris ses armes. Hellmaster la suivit promptement, suivit peu après par Raphaël, qui rechigna un moment avant de coopérer, seulement après une baffe d’Indis.
Au coucher du soleil, les trois compagnons de voyage arrivèrent enfin face au Géhatos.
Celui ci s’étendait, immense, d’un bout à l’autre de l’horizon, à droite comme à gauche. Sa largeur était impressionnante. Il fallait bien deux heures de marche à vol d’oiseau pour le traverser de part en part.
Mais le plus étonnant dans ce fleuve, tel qu’il se montrait à eux, était sa surface. Gelé. Le Géhatos était intégralement gelé. Mais pas gelé comme une mare ou une rivière, qui forment une surface plane sur laquelle on peut aisément glisser.
La surface du Géhatos était totalement irrégulière. Des pics de glace s’élançaient dans toutes les directions, des forêts de stalagmites, des crevasses de plusieurs dizaines de mètres de largeur et de profondeur parsemait ce décor de rêve.
Pendant que les compagnons admiraient ce spectacle en silence, le soleil rasa l’horizon, leur offrant pour la deuxième fois de la journée une illumination fantastique.
Chaque pique de glace s’enflamma d’un seul coup. La surface scintilla de mille feux, les crevasses semblèrent se remplirent de lave en fusion. Tout le fleuve s’illuminait, et pendant quelques minutes, les teintes jouant avec la glace passèrent du jaune orangé à un violet sombre, passant par le rouge et le vert.
Mais un craquement les ramena d’un coup à la réalité. Une nouvelle fissure apparut, et Indis, affolée, les poussât vers le fleuve. Ils devaient traverser sans perdre une seconde.
Commença alors un voyage hallucinant pour Hellmaster et Raphaël. Indis aussi, bien qu’ayant déjà vécu cela plusieurs fois, se laissai parfois charmée par la beauté des formes de glace. Ils durent plusieurs fois éviter des crevasses, et abattre des immenses stalagmites qui leur barraient la route pour éviter tout retard. Une fois même, une crevasse s’ouvrit sous les pieds de Raphaël, qui eu la chance de s’en sortir grâce à ses compagnons, et surtout à Hellmaster. A partir de ce moment, il fut beaucoup plus agréable à son égard.
Enfin, après quatre heures de traversé, ils approchèrent l’autre rive. Mais un formidable craquement retentit, et toute la glace se mit à bouger en même temps.
( Note de l’auteur : il peut paraître surprenant que la glace cède en pleine nuit, alors que le soleil n’est plus là pour la chauffer, mais il faut penser que le débit d’un fleuve de cette taille est énorme. C’est sous cette pression que la glace, affaiblie par le soleil des derniers jours, céda. )
Affolé, le groupe se mit à courir frénétiquement. Hellmaster prit la tête, suivit de près par Indis. Raphaël, peu entraîné, se faisait distancer un peu plus à chaque seconde.
Mais une faille s’ouvrit soudain sous les pieds d’Hell, qui tomba droit dans l’eau glaciale. Indis tenta de le retenir, faillit tomber avec lui, mais Raphaël la rattrapa, et ils réussirent tous les deux à regagner le rivage tout proche.
Ils s’y effondrèrent, et une larme coula doucement sur la joue d’Indis.