Brrrrr, mais l'ennui c'est que tout est différent de FF7, le Château dans le Ciel et Freddy :$ Et je voulais te prévenir mais j'suis parti avant ta connexion ![]()
Enfin merci pour ton commentaire
Bref troisième page donc nouveau chapitre hop
Chapitre 7 : La Grande Ataraxie
Nezha se leva difficilement. Il semblait avoir fait un mauvais rêve et se frotta les bras, engourdis. Il se frotta les yeux un long moment, bailla, puis examina la chambre puisqu’il ne l’avait pas fait la veille. Le lit était l’élément qui occupait le plus de place, une armoire taillée dans l’onyx reposait dans le coin de la chambre. Il y avait une petite fenêtre qui donnait sur Thanatos. Il put constater que la ville était belle, surtout dès l’aurore, bien qu’il s’agît d’une aurore terne comme d’habitude, une aurore qui manquait de soleil. Malgré cette aube grisâtre, la ville demeurait organisée à la perfection ; chaque quartier se distinguait de l’autre et encerclait vaillamment la cathédrale ; quelques édifices surplombaient les maisons plus ordinaires et donnaient un rythme à la cité. Nezha semblait fasciné par ce spectacle.
Il détourna difficilement le regard de cette vision et s’attarda cette fois-ci sur un petit miroir, accroché sur le mur opposé de celui contre lequel était collé le mur. Le rouquin put alors s’observer, cela faisait longtemps qu’il n’avait pu se voir. Il remarqua que des cernes profonds avaient creusé son visage, et ses cheveux manifestaient dans un chaos le plus total. Il aurait eu besoin d’un peu de toilette et de repos, hélas les évènements se précipitaient et ne lui laissaient le temps de reprendre son souffle.
Il quitta enfin sa chambre et rencontra un prêtre qui devait l’attendre. Il le guida à Thanatos, le grand prêtre et s’en alla une fois sa tâche accomplie.
-Avez-vous bien dormi, jeune Nezha ?
-Oui, j’en avais l’impression, répondit-il mystérieusement.
-Alors venez, que nous causions, je vais vous mener dans le confessionnal de la salle de prières.
Ils engagèrent alors une marche vers la salle de prières et Nezha put constater de la sobriété en termes de décoration du couloir qu’ils parcouraient. Quelques bougies éclairaient modestement, accrochées au mur, mais leur lueur était faible.
Arrivé dans la salle de prières, Nezha n’éprouvait plus l’impression de la sobriété mais de la démesure. Les sensations du bûcheron étaient désorientées : le dôme se trouvait haut, laissant une vingtaine de mètres entre le sol et le plafond, trois gigantesques vitraux décoraient le fond de cette salle devant lesquels un gigantesque autel référait à Thanatos, la divinité. Il flottait également un parfum que le rouquin ne parvenait à définir, mais il dégageait quelque chose de mystique, comme une sorte de douce chaleur qui possédait une traduction olfactive. De plus, des voix graves et solennelles chantaient des psaumes dans une langue inconnue du jeune homme, mais qui conférait à cette salle la sensation d’ascension.
En entrant dans cet endroit, Nezha saisit un bref moment l’essence du mot transcendance. De même, ses souvenirs semblaient confus, la sensation d’être déjà venu ici ne le quittait plus. De nombreux abîmes, emplis de questions, regardèrent l’érotique à partir de cette chambre incroyable où s’incarnait la plus grande énigme qu’il n’ait jamais eue à résoudre.
Le grand prêtre lui indiqua une petite pièce à deux entrées. Ils pénétrèrent chacun d’un côté du confessionnal.
Aussitôt installé, Nezha se sentit étriqué. Etroite et inconfortable, sa place l’incommodait, cependant il se résigna à accepter cette conversation malgré des circonstances particulièrement excentriques. Il s’assit finalement sur une étroite chaise en bois. De l’autre côté, le grand prêtre avait déjà démarré la conversation.
-Que pensez-vous de cet endroit pour notre petite conversation, Nezha, fils de Lotus ?
-C’est parfait, mentit le rouquin.
-Sauf votre respect, jeune maître, il est de coutume dans notre ville, une fois installé dans un confessionnal, de ne dire rien que la vérité. Ne pas voir le visage de l’interlocuteur, assimilé à une sensation d’isolation, avec de surcroît l’atmosphère particulière que dégage cette mystérieuse cathédrale ; tout ceci contribue à donner l’illusion aux gens de parler à un dieu, en incitant à l’introspection. Je pense qu’il n’est pas nécessaire que j’en rajoute davantage. Tout cela pour dire que vos mensonges ne m’échapperont pas.
La voix de Thanatos paraissait monotone et la manière dont elle filtrait à travers le confessionnal provoquait l’ample sensation de parler avec une divinité.
-J’ai compris, dit Nezha, humble. Je me contenterai de vous dire la vérité.
-Bien, je sens de la sincérité dans vos propos. Connaissez-vous votre mission ?
-Oui, je dois…
-Je tiens à vous informer que votre père Lotus m’a attribué une tâche vous affectant tout particulièrement. Il souhaiterait que vous dirigiez les armées de Thanatos afin de mener une offensive à l’encontre des Odinistes.
-Pourquoi m’affecter à une telle tâche alors que je ne connais en rien l’art de la guerre ?
-Votre rôle est sans appel. Vous semblez être un élément décisif de cette guerre, et il faut vous placer ainsi pour des raisons que je ne saurais davantage vous expliquer. A compter du moment où nous sortirons du confessionnal, la puissance nécromancienne de Thanatos sera entre vos mains, utilisez-la à votre avantage contre les Odinistes.
Nezha ne savait plus quoi répondre. Il se sentit affaibli par cette nouvelle force qui fleurissait comme du lierre, grimpant lentement mais sûrement. Les ordres dictés par cette voix de l’autre côté de la paroi éprouvèrent grandement la capacité de réaction et même de réflexion du jeune homme.
-Qu’en pensez-vous, jeune maître ? Avez-vous des idées stratégiques, des priorités ?
Acculé au mur, le rouquin ne sut quoi répondre. Il bafouilla quelques débuts de phrases avortées avant de se souvenir de son objectif initial qu’il avait occulté suite aux récents évènements.
-Savez-vous où je pourrai trouver un certain Yamaturga ? Et de qui s’agit-il ?
Silence.
-Avez-vous bien entendu ma question, grand prêtre Thanatos ?
-Je ne connais personne de ce nom-là.
Encore un silence, de la part de Nezha cette fois-ci.
-Vous ne le connaissez pas, vous voulez dire ?
-Il n’est pas une seule personne de ma ville que je ne connaisse pas. Yamaturga est une personne qui n’existe pas, ou du moins qui n’est pas affiliée à Thanatos, notre ville.
-Vous devez certainement plaisanter… J’ai…
Nezha ne put terminer sa phrase ; un hurlement sinistre emplit l’atmosphère et résonna avec une puissante réverbération dans la tête de chaque homme, chaque femme, chaque enfant de tout le continent. On entendit un cri de souffrance, un cri de tristesse, un cri de haine, un cri d’un peu tout à la fois, indéfinissable par la pluralité de ses sens mais compréhensible par sa sincérité.
Ce cri ne fut pas étranger à l’érotique, et alors qu’il commençait à douter de Freïa, il reprit espoir. Un second cri vint perturber le silence instauré par le premier et poussa le jeune homme à sortir du confessionnal, voire de la cathédrale. Il se rua au-dehors de la ville et tenta de capter d’où provenait cet horrible grincement, détresse d’un monstre grandiose qui se lamentait à propos de son existence. Il sourit en admirant la Chaîne des Démons dont le blanc immaculé était aujourd’hui tâché par une tâche sombre mouvante.
Les secondes qui suivirent firent voler en éclat tous les doutes, et au moins une bonne partie des problèmes de Nezha, et de tous les gens qui eurent un jour admiré les ternes moutons de Thanatos, d’Eros, de tout le continent. La masse noire qui se profilait au nord, dans la terre des Odinistes semblait attirer vers elle toute la matière cotonneuse de ce monde, si bien qu’il ne resta plus un seul nuage en ces vertes contrées. La grisaille quotidienne laissa place à une Ataraxie sans précédente, rayonnante et persistante. Les rayons du soleil inondèrent leurs loyaux sujets, qui, pour une fois, n’éprouvèrent pas la crainte de s’y noyer mais bien le sentiment de flotter. Le bonheur se transmettait à chaque humain de Thanatos ou d’Eros, tel une épidémie qui ne nécessitait pas de vaccin ; qui ne devait même jamais en trouver car alors le docteur qui le prodiguerait serait un fort mauvais docteur.
La chaîne d’acier qui s’ancrait aux montagnes était enfin visible dans toute sa triste splendeur, et le navire qui l’avait jetée avait davantage l’air d’un colossal morceau de terre. Ce dernier eût certainement dissipé l’Ataraxie si la longueur et la robustesse du lien de métal n’étaient pas à l’image de ce jour : incroyable.
Nezha regarda fixement vers le nord. Le « trou noir » avait enfin réussi à dompter ces moutons.
-Yamaturga… Le premier silence que je vous avais adressé était d’abord signe de ma stupeur, Nezha.
Ce dernier regarda Thanatos, le grand prêtre, à ses côtés.
-La principale raison n’était pas que je ne le connaissais pas, mais plutôt que la signification de ce nom semblait résonner en moi comme l’évocation d’un sortilège étrange et puissant ; Yamaturga signifie chez nous « le berger ». Et aujourd’hui, le berger, ou Yamaturga comme vous l’avez nommé, a rappelé son troupeau.
Le jeune homme restait impassible. Avait-il donné naissance à Yamaturga par sa simple parole ? Non, Yamaturga existait bel et bien, il n’y avait aucun doute. Nezha en était absolument convaincu, comme si une part de lui-même lui hurlait cette évidence.
-Que va-t-il se passer maintenant ? demanda-t-il.
-Je suppose que la guerre risque d’éclater, il ne reste plus qu’à franchir Ponthos et à se battre sur le territoire des Odinistes afin de les achever.
Une ultime explosion vint perturber la sérénité de cette Ataraxie. Son souffle atteignit Thanatos, et les gens durent se coucher à terre de gré ou de force. Une fumée lointaine empêchait d’en comprendre la raison, mais elle se dissipa rapidement et on put enfin voir ce qui arrivait : la chaîne d’acier était rompue.
-Préparez tous vos nécromanciens, Thanatos, ordonna simplement Nezha. Nous irons faire une promenade très bientôt.
Hop j'ai lu ^^
J'ai envie de savoir la suite, car pour le moment tu as surtout planté le décor, et placé un peu l'action, et j'ai l'impression que dans les chapitres suivant le rythme va s'accelerer, surtout si on en croit la fin du chapitre 6 ^^ ![]()
A mon tour d'avoir lu.
Finalement, ce chapitre permet enfin de placer une sorte d'indice chronologique sur le déroulement parrallèle de l'action. On peut penser à mettre en place un certain déroulement de l'action grâce à quelques indices ici.
Après sur les lieux, la salle de prière fait immanquablement penser à une cathédrale, je ne sais trop si c'était l'effet voulu, mais entre le dôme très haut, l'autel gigantesque pour être en évidence, les vitraux, l'odeur qui peut faire référence à l'encens et les chants, on se retrouve assez facilement dans les codes de la religion médiévale, je ne sais pas trop si c'était volontaire d'ailleurs, mais c'est ce qu'il en ressort. De plus, avec l'impression du confessionnal. Bref, le rendu est assez marqué, mais n'est pas déroutant finalement.
Nezha par contre fait de plus en plus l'impression d'être un pion, un jouet que son père veut tester. C'est quelque chose d'assez amusant que de voir finalement cet adolescent en révolte contre son destin qui lui a donné une telle famille se retrouver face au fait que même sa révolte avait été prévue et intégrée dans un ensemble qui le dépasse. Lotus est décidemment plein de ressources et c'est dommage que ce personnage n'apparaisse pas plus. Bien qu'on va finir par se dire que chaque apparition de Lotus va offrir son lot de péripéties et de rebondissements, ainsi que d'avancées dans l'intrigue.
Yamaturga, par contre, j'ai du mal à comprendre l'attitude du grand prête. Après tout, en tant que chanteur, il était connu, réputé. Il devait donc être connu dudit prélat. Donc on a un souci de temps et de contexte. On peut avoir l'hypothèse que Yamaturga a vécu dans une illusion finalement, créature d'Hypnos manipulée par le dit personnage qui se révèle et accède enfin à un autre stade. A moins que de l'autre côté de la chaîne soit des "doubles", une autre réalité? Bref, soit faudra que je relise, soit c'est diablement complexe...
Sinon, l'intrigue est posée, les lames vont pouvoir chanter et les incantations retentir!
Oui le rythme va s'accélérer Parkko
Enfin le chapitre 8 est quasiment prêt, mais il faut que je travaille d'abord le chapitre 9 car il va me donner du boulot et je veux pas qu'il soit banal :$
Triple F
Ouais, c'est vraiment fait exprès le côté cathédrale. A mon sens, c'est ce genre d'ambiance qui provoquent le mystère (voir Eternal Darkness et le traitement de la Cathédrale d'Amiens, il s'en faut de peu qu'on ait l'impression d'odorat, pourtant ce n'est qu'un jeu vidéo).
Pour Lotus, c'est une bonne analyse une fois de plus, nezha est presque une machine prévue par son père, mais est-il une véritable machine ? Bonne question... Ferai-je ressurgir le bon vieux cliché de la machine qui a des sentiments ?
Enfin, pour Yamaturga, c'est là tout le problème ! Je pensais que ce chapitre donnerait des réponses, apparemment il te pose problème... Donc, oui, si tu as le temps, je te propose de relire
(mais bon, t'as pas que ça à faire non plus
). Mais la possibilité que ce soit diablement complexe n'est pas exclue
... Sans l'être complètement, car couché sur la papier, ça ne l'est pas tant que ça :$
En tout cas encore une fois merci pour vos commentaires, Parkko et Triple F
![]()
Pourquoi une petite larme
?
Parce que vous êtes que deux
Mais vous êtes au moins deux
Et que vous êtes les deux en question en plus ![]()
T'as les critiques sur le fofo FFXII aussi ![]()
Allez, je vous oriente quelque peu pour vos premières critiques négatives : il y a très logiquement un gros gros défaut de cohérence entre la fin du chapitre 6 et le début de ce huitième chapitre. Une cohérence que j'ai repérée et que j'ai laissée car je trouve qu'elle a son poids en charme et en significations. Bonne lecture !
Chapitre 8 : Quand la chair succombe
Yamaturga sentait que sa tête tournait ; le sol se déformait sous ses pieds, l’air se colorait de bien étrange façon, et les insectes abondaient dans les montagnes ; ils grimpaient et se réfugiaient par colonies dans leurs trous. Le tout formait le très mauvais tableau d’un excellent peintre ; le tout semblait déformé avec malice et les migraines du tatoué s’amplifièrent avec beaucoup de ferveur.
Le jeune prêtre de Thanatos poursuivait son ascension, l’esprit vide et occupé à la fois. Vide de tout sentiment de toute motivation, occupé par la pensée de ce vide : pourquoi était-il vide ? Etait-il un défaut ? Subissait-il une anormalité due à son existence même ? Plus que vide ou occupé… Yamaturga se sentait flou. Il sentait en lui un équilibre précaire entre la réalité et la fiction. Il sentait qu’il se tenait précisément là, au lieu de rupture de ces deux dimensions, dans les limbes.
Le paysage défilait lentement, et alors que le thanatien progressait, les monts perdaient de leur teinte, la vie elle-même perdait ses couleurs, et tout devint noir et blanc. Les nuances s’égarèrent en route, et la sensation se transforma en une délicieuse appréhension de ce qu’il allait trouver là-haut.
Et pourquoi allait-il là-haut d’ailleurs ? Pourquoi ses actes ne parvenaient-ils pas à se greffer à sa logique, à son plan ? Pourquoi faisait-il des choses qu’il pensait absurdes ? Pourquoi accomplissait-il ce qu’il imaginait devoir faire et non pas ce qu’il souhaitait faire ? Parce qu’au fond, son plan logique et rationnel s’accouplait très bien avec son ressenti ? Avec sa sensation de devoir qu’il éprouvait sans raison ? Pourquoi ce paradoxe l’étreignait-il autant ?
Pourquoi se sentait-il devenir flou ? Pourquoi s’imaginait-il dissous dans ce monde, à son simple contact ?
Yamaturga leva les yeux. La grande chaîne en acier était à proximité, et sur cette chaîne se trouvait le Fléau de Yamaturga. Là, une immense et incroyable araignée se tenait, prête à piquer, tisser et dévorer. Sa gueule était pourvue de deux crocs latéraux recouverts d’une bave visqueuse, et les huit yeux vermeils qui les surmontaient ciblaient tous le jeune homme.
En la voyant, là, soudainement, le nécromancien eut un frisson puissant qui lui parcourut le corps en partant de la nuque jusqu’au bas du dos. Il ne put réprimer un claquement de dents, et encore moins calmer le rythme de sa respiration qui allait crescendo. Une sueur froide roula sur son cou, puis un fluide salé parcourut ses joues ; sa sensation désagréable de flottaison dans les limbes s’échappa alors par la porte du désespoir, dont la clé de l’horreur avait ouvert la serrure.
L’araignée sembla se rétracter, se mettant sur ses quatre pattes postérieures. Yamaturga reprit son calme à ce moment, avant de comprendre que l’arachnide se trouvait en position de combat, la seconde suivante elle se jetait sur lui, accompagnée d’un cri aigu et strident. Son adversaire se sentit bien maigre et resta paralysé quelques instants en voyant cette aberration venir vers lui, prêt à venir se régaler de ses délicieux (pourquoi pas ?) intestins.
-Tu ne me mangeras pas encore, satanée vermine ! hurla le prêtre.
Ce dernier leva son bras, dirigé vers la tête de la bête ; au bout du bras, l’air devint étrange et au moment où l’araignée rencontra la main, elle disparut totalement, et réapparut dans l’autre sens, mais son mouvement n’avait pas été interrompu. Comme si cette araignée avait traversé un miroir, et elle se trouvait désormais dans l’autre monde, celui du reflet.
-Ton temps d’adaptation au monde du reflet va prendre quelques temps, car tu verras le monde tel qu’il est dans le monde du reflet, et tu seras piégée dans son illusion.
L’arachnide n’avait pas autant de cerveaux que d’yeux et en se retournant elle chuta de la chaîne, comme si elle avait mal évalué sa proximité au vide ; cependant son instinct de survie avait ordonné à son abdomen de cracher un fil gluant mais solide qui s’attacha à la chaîne. L’araignée grimpa le long de son fil blanc et laiteux, puis une fois sur le lien de métal, elle entama une fuite en grimpant le long de la chaîne.
En voyant ceci, Yamaturga sentit ses joues s’enflammer : les tatouages s’illuminèrent et il s’envola enfin, poursuivant son fléau.
Ce dernier l’avait bien observé et se retournait de temps en temps pour lancer des filets gluants sur le thanatien, qui les esquivait tant bien que mal. L’ascension dura une bonne heure, et déjà la Chaîne des Démons semblait petite.
Yamaturga concentrait tout son pouvoir, car il voulait éradiquer l’araignée en une seule fois, hélas le temps que cette action requerrait était particulièrement long, de plus son attention décroissait, ce qui l’empêchait de correctement esquiver les tentatives de capture de l’araignée. Chaque vision de cette horreur qui grimpait redoublait la nausée de l’homme, et il se surprit en train de se faire distancer par la bête, il était à moitié concentré sur son sort, à moitié concentré sur son malaise et, de fait, ne prêtait plus autant d’attention à l’araignée en elle-même ; d’ailleurs cette dernière ne tenta pas de le remarquer et sa capture se révéla fructueuse.
La toile s’étendit comme un filet de pêche face auquel Yamaturga fut contraint à endosser le rôle du poisson ; de plus, la toile n’étant pas reliée à l’arachnide, la prévision immédiate était la chute, celle à plus long terme se portait davantage sur l’écrasement au sol.
Affolé, le thanatien dut s’obliger à regagner son sang froid, mais en touchant avec sa main la poisseuse texture blanche extraite des entrailles de ce répugnant insecte, il subit une perte de conscience qu’il n’avait jamais éprouvée auparavant.
Les tatouages déjà bleus devinrent noirs, comme une nuit sans étoiles, et la toile disparut comme par enchantement.
Un nuage de ténèbres enveloppait Yamaturga. Ce dernier rattrapa son retard en un clin d’œil et vint se poster face à son fléau.
-Puisque tu trouves délectable le cauchemar de ceux que tu effraies, j’aimerais te faire partager le mien.
Un sourire monstrueux apparut sur son visage, et dans son regard, une lueur pâle brilla un vif instant. De même, sa toge noire semblait être un voile de vapeur obscure prêt à s’élever aux cieux à chaque instant. Jamais Yamaturga ne fut si proche de l’entre-deux mondes.
Il leva à nouveau le bras vers l’araignée, mais cette fois-ci il se trouvait à son bout une énorme sphère qui brillait d’une lugubre lueur violacée très proche du noir. Cette sphère semblait être une sorte de glue, en mouvement perpétuel, sans doute réclamait-elle avec beaucoup d’impatience son tribut de sang.
Le sortilège fut projeté à une vitesse ahurissante, provoquant une explosion dont le souffle dégagea une fumée noire et nocive.
D’un geste du bras, Yamaturga dissipa le brouillard et là il vit avec joie que l’araignée se trouvait prisonnière de sa magie, et encore plus amusant, la chaîne de métal était rompue.
Ce ne fut pourtant pas le détail sur lequel s’arrêta le jeune homme, alors que ce fut l’évènement qui retentit historiquement comme le plus important. Non, Yamaturga, quant à lui, se délectait de cette araignée qui se consumait dans ces ténèbres gluantes.
La bête se dissolvait lentement, et quoique son faciès fût peu peu expressif, ses traits traduisirent paradoxalement très bien l’expression de la détresse et de la souffrance. Ses hurlements aigus et stridents ne cessèrent pas tout à fait, mais au bout de quelques minutes, quand il ne restait plus que la tête, ils s’arrêtèrent enfin.
Yamaturga jubilait. Il avait accompli sa mission, il pensait qu’en tuant cette araignée tout serait détruit. Il pleurait d’émotion et le nectar de sa réussite était la souffrance de la bestiole à laquelle il s’abreuvait sans remords.
Le moment où tout devint définitivement noir chez Yamaturga fut le moment précis où avant de disparaître complètement, la tête de l’araignée avait pris celle de Yamaturga.
Le prêtre tomba dans un abîme.
Ah ok je dois pas être bien reveillé car j'ai mis du temps à comprendre le chapitre
enfin à le comprendre en le lisant
^^
Faut dire qu'au début je lisais sans réfléchir à ce que je lisais, du coup une fois arrivait à la fin du chapitre j'ai relu le début ^^
Par contre niveau longueur tu fais preuve d'un chapitre parkkosien là
^^
Diantre, encore une ascension? Yamaturga fait presque que cela, grimper... Des relents d'alpinisme ou est-ce une volonté de s'élever au sens littéral du terme après avoir voulu s'ériger en juge des devenirs de chacun?
Bref, je pense voir plusieurs incohérences moi... D'abord qu'il y ait encore des insectes qui fuient, ensuite qu'il soit debout alors qu'il tombe. Ou du moins qu'il pense tomber, parce que Yamaturga, on a toujours du mal à évaluer si c'est du lard ou du cochon, si cela lui arrive véritablement ou s'il est dans ses délires...
le Fléau de Yamaturga? Yamaturga est sensé être le Sauron de l'histoire et le chateau dans les nuages l'Angband de son Morgoth? (On notera aussi que chez Tolkien, le grand méchant de l'histoire, Morgoth, est exilé dans les limbes). A moins qu'il ne se prenne pour Gandalf, mais en version noire?
Sinon, le combat est intéressant, avec un prêtre qui nous paraît quand même faire un excès de naïveté sur sa maîtrise du combat, en se concentrant trop ou pas assez, en sous estimant l'ennemi. Bref, quelques péripéties, qui finissent par une issue tragique, mais surtout le pourquoi du comment. Yamaturga est un mega roxxor magique visiblement. Intéressant de voir la suite.
Parkko
Pour la longueur, il est légèrement plus petit que d'autres chapitres, mais pour ce qui est du fait qu'il donne l'impression d'être "parkkosien", je pense que c'est davantage car il est écrit d'un seul bloc contrairement aux autres chapitres
!
Triple F
Oui, Yamaturga est un vrai nomade de l'ascension ! Ce qui est intéressant je pense c'est de prendre de valeur allégorique cette ascension ; je ne connais pas aussi bien Tolkien que toi et ce n'est nullement une référence à ce maître de la littérature que je vénère mais dont j'ignore encore beaucoup de toute son oeuvre. Je pense que l'ascension vers ce continent flottant derrière lequel se cache tout un mystère (qu'il y a-t-il là-haut ?) renvoie directement au mystère de l'existence de Yamaturga : parviendra-t-il à savoir qui est-il réellement un jour ?
Concernant les pouvoirs de Yamaturga, par contre je le défendrai en disant qu'il est évidemment un grosbill, mais à nuancer par la suite des évènements, hé hé !
Bref merci pour vos deux commentaires
(d'ailleurs j'étais en train de te lire, Triple F, un petit commentaire dans les jours à venir certainement :$)
Pour la référence à Tolkien, c'est plutôt le fléau de Sauron auquel je pensais, le Balrog dans la Moria. Angband n'est aucunement dans les nuages, mais incluse dans une chaîne de montagnes qui servent de remparts, quand au reste, ca reste flou, tu dois avoir facilement de bien meilleurs connaisseurs de Tolkien que moi...
Je nuance aussi, dis donc >_<. Je dis que c'est un grobill, mais assez naïf dans sa gestion du combat^^
Oui, je sais que tu nuances disons que j'étais plus dans la praphrase de moi-même :$ D'ailleurs, tu le qualifies très bien hein ^^ Enfin la fatigue, tout ça... Et oui tu vois du coup même pour Tolkien j'te réponds à côté
Pour le Fléau je faisais d'ailleurs davantage référence au Fléau d'Isildur ou au Fléau des Nains même (plus logique puisque c'est le Balrog leur fléau, une belle grosse bête).
J'avais l'impression qu'il était beaucoup plus court
^^
Up au bout de quasiment un mois ![]()
Désolé en ce moment pas le temps d'écrire :$
Ne soit pas désolé, Désolation ![]()
c'est vrai ça nous desole deso !
Allez, hop, le voici le chapitre 9 ! Tout fraichement terminé et relu, il marque quasiment la dernière étape de l'aventure de Nezha. Bonne lecture !
Chapitre 9 : L'instant d'éternité
La traversée de Ponthos s’était faite sans embuscade. Aucun Odiniste n’avait été trouvé et pour cause ; l’image des barbares sanguinaires n’était peut-être pas la bonne, aussi ces guerriers auraient-ils pris peur en voyant la neige éternelle disparaître et la retraite se révélait certainement obligatoire : femmes, enfants, familles… Que deviendraient-ils ?
Nezha en arriva à se demander, si tel était le cas, pourquoi devait-il mener une guerre envers des gens suffisamment civilisés pour penser d’abord à ceux qui leur étaient chers ? Mais il n’était pas bon de penser à ce genre de choses avant d’entamer une série d’échanges brutaux.
Le rouquin admirait la Chaîne des Démons, nue, elle était à deux pas ; juste entre les montagnes et le fleuve, une vaste plaine allait servir de champ de bataille. Elle était aride, la neige ne semblait jamais l’avoir recouverte et les rocailles qui la jonchaient empêcheraient certainement des chevauchées trop fulgurantes.
Une brise secoua les cheveux du jeune bûcheron. Il serra ses dents, comme le fait chaque orateur avant un long discours. Les nuages, totalement dissipés, avaient laissé la place à un soleil de plomb, qui torturait le jeune homme. La chaleur énervait les soldats, bien que le nombre de fantassins de Thanatos fût d’une quantité faible. Les nécromanciens étaient habitués à porter leur toge en n’importe quelle situation, et la chaleur ne les embêtait pas tant que ça.
Ce qui torturait Nezha était cette désagréable sensation d’avoir déjà vécu cette scène. Cette luminosité intense, une chaleur suffocante… Le goût du sang à venir… Le cadre lui évoquait un évènement d’une dizaine d’années auparavant… Une étrange odeur de poussière flottait jusqu’à ses narines et lui rappelait presque le dallage d’Eros lors des Ataraxies précédentes.
Le temps d’un battement de cil et il lui sembla que le paysage venait de se métamorphoser.
Le crépuscule accusait la fin de journée et une encre rouge tâchait assez grassement le ciel. Les chevaux s’excitaient, notamment celui d’Abend, qui faillit envoyer son destrier à terre lors d’une ruade imprévisible. La chaleur, malgré l’affaiblissement de la lumière du soleil, ne baissait pas d’un poil, et octroyait à ce terrain l’impression d’être un gigantesque bouillon. Derrière, les bateaux qui avaient servi au transport des troupes remuaient dangereusement sur Ponthos, agacé, et dont les eaux le traduisaient par une certaine sauvagerie croissante. Ces bateaux venaient par ailleurs d'arrimer les nombreux cercueils qu'il contenaient ; ainsi éparpillés à même le sol derrière les rangs, naissait la délicieuse impression de bienvenue dans un cimetière.
Il y avait du bruit qui se levait, un ronflement, au loin, derrière, sur les côtés. Un roulement de tonnerre, sans nuage, une vibration du sol, sans monstre. Un souffle violent secoua les cheveux de Nezha.
Ce dernier aperçut un homme chevaucher en sa direction ; il ne faisait pas partie de son armée mais de celle d’Eros.
-Je tiens un message de la plus haute importance à délivrer à Nezha, dit-il. Lotus, général d’Eros, veut vous faire part du plan de combat qu’il a dressé.
-Je vous écoute, rétorqua le rouquin, prudent.
-Tout d’abord, les barbares Odinistes ont été repérés à deux endroits par nos éclaireurs : beaucoup d’archers et de renforts sont postés dans les montagnes elles-mêmes, et une autre partie, à pied, semble prête à utiliser les épées. Cette configuration leur donne l’avantage du terrain. Par conséquent, votre objectif est, à l’aide de vos nécromanciens, de dresser un bouclier magique entre la Chaîne des Démons et la plaine où aura lieu les combats.
-Et comment s’y prend-on pour contourner ?
-Dans un premier temps vous chevaucherez vers la Chaîne des Démons, normalement. Il s’agira d’une diversion qui aura pour but de faire croire à votre avancée, pendant ce temps, nos troupes d’Eros viendront de l’autre côté, et fonceront dans le tas, l’armée d’Eros tentera de retenir un maximum de barbares. Après cela, vous aurez champ libre pour partir au nord vers les montagnes pour de bon et dresser votre barrière, en faisant au mieux pour éviter les flèches et les renforts. Après cela, nous comptons sur votre aide pour venir vous occuper des barbares avec nous, donc en redescendant vers le sud. Enfin, une fois les barbares exterminés, nous pourrons dissiper la barrière et partir à la chasse aux ultimes Odinistes cachés dans la Chaîne des Démons.
-Donc chevaucher vers eux, voir Eros arriver et mener le combat, contourner, dresser une barrière magique et revenir. Très bien, nous allons nous acquitter de cette mission. Quand partons-nous au combat ?
-Dans une demi-heure, exactement. Les troupes d’Eros sont déjà en marche et si vous partez dans une demi-heure précisément, le plan devrait coïncider parfaitement.
-Très bien, je te remercie. Nous le ferons.
Nezha regarda les montagnes. Le plan semblait tellement simple…
-J'ai une chose à vous donner également, de la part de votre père, il a dit que vous auriez aimé l'avoir à vos côtés.
Cela faisait déjà depuis si longtemps que le jeune homme n'avait pas revu sa hache et il apparut qu'en effet, elle trouverait son utilité sur un champ de bataille.
Pendant une demi-heure, entre les grandes bourrasques de vent et les puissantes revendications houleuses de Ponthos, Nezha avertit ses généraux du plan. Un grand nombre trouvèrent ce plan fragile, bancal. Pourquoi les Odinistes suivraient l’armée de Thanatos alors qu’en restant figé à un endroit les barbares auraient le dessus bien plus facilement ?
Nezha s’énerva bientôt contre les généraux. Il leur assura que ce plan était infaillible. Les mauvaises langues auraient certifié que le rouquin croyait dur comme fer à la réussite de ce plan car la personne qui l’avait élaboré n’était personne d’autre que Lotus, son père. Mais la plupart des généraux de Thanatos ignoraient la relation particulièrement glaciale et brûlante à la fois que partageaient Nezha et son père.
Un homme vint trouver Nezha et lui dit que l'armée était prête ; il ne lui donna guère de précisions sur les chefs de troupe, sur les hiérarchies militaires, ni sur l'identité même de cet homme. Il lui précisa simplement que les cheveux-cercueils étaient attelés et prêts au galop, il n'y avait plus qu'à attendre le bon moment.
Au bout de la demi-heure, alors qu’une certaine chaleur semblait émaner de la terre, comme pour pousser à l’affrontement ces hommes qui ne réclameraient bientôt plus que le sang de leurs ennemis, le tatoué donna l’ordre de l’assaut.
Les fantassins ouvrirent la marche, rapides et agiles, suivis par les chevaux sur lesquels étaient montés les nécromanciens, chacun assisté par son cheval-cercueil. La terre se mit en mouvement elle-même sous la pression des sabots, et ce fut un séisme qui partit en guerre, mené par Nezha.
Dans l'ivresse de l'adrénaline, le galop sembla rapide, intense, fulgurant, et ils virent bientôt une foule de guerrier au pied des monts. Ces derniers semblaient hargneux et quelques flèches venues des flancs fusèrent avec célérité abattant quelques thanatiens. Nezha annonça la retraite.
Il n'avait pas saisi cet élément du combat quand il avait imaginé le plan, mais puisqu'il avait été à la tête des troupes pour mener l'assaut, il se situait désormais à l'arrière-garde et trouvait cette perspective beaucoup moins séduisante.
Il dut ravaler sa fierté et entendit au loin des rugissements de guerre qui s'élevaient.
« L'élu d'Hypnos ! Mort à l'élu d'Hypnos ! », clamaient-ils. Nezha pensa alors que si les Odinistes suivraient les thanatiens, ce n'étaient pas sans but, c'était surtout car Nezha lui-même en faisait partie.
Le jeune rouquin sentait l'angoisse affluer en lui. Son cheval galopait aussi vite que possible parmi les autres équidés, mais les Odinistes étaient de redoutables coureurs, leur taille exceptionnelle ne constituait pas leur unique atout et il n'avait nullement l'envie ni le besoin de croiser le fer avec eux. Leurs cris de vengeance prenaient la forme d'une gueule sertie de crocs acérés, et la sensation de se faire engloutir n'était pas simplement illusoire, l'illusion c'était le domaine de Thanatos et non de ces barbares.
Enfin, Nezha aperçut vers l'est un nuage de poussières épais, dense ; un autre séisme qui venait à leur rencontre. L'étendard d'Eros flottait au vent et un nouveau souffle d'espoir revigora Thanatos. Nezha hurla le signe de demi-tour et la manœuvre surprit les Odinistes : les ennemis qu'ils poursuivaient s'écartaient d'un côté tandis que de l'autre arrivait une sérieuse menace : une nouvelle armée chargeant avec hargne. Incapables de prendre une décision dans l'instant, la seule réponse qu'ils eurent à fournir fut une division des troupes : une partie des Odinistes resta prête à accueillir les érotiques, tandis qu'une autre partie poursuivit le tatoué.
Du fait de la manoeuvre délicat de l'armée de Thanatos, le demi-tour ne fut pas brusque, ce fut un gigantesque virage et Nezha sollicita cruellement sa monture afin qu'il puisse reprendre sa place de meneur. Il prit donc le virage avec beaucoup plus d'intensité et à l'intérieur, doublant ainsi son armée. Il attendit d'être bien éloigné du champ de bataille qui s'organisait entre Eros et les Odinistes avant de se retourner. Il vit qu'ils étaient poursuivis et que cela ne faisait pas partie du plan, mais maintenant leur but était de retourner vers le nord, dresser cette barrière magique, peu importait les variations du plan de bataille.
Nezha hurla un ordre que les chefs répercutèrent à leur troupe : retarder les Odinistes qui les poursuivaient.
Les nécromanciens de l'arrière-garde s'arrêtèrent aussi net et se retournèrent, faisant face à une haine au galop. Les chevaux qui tiraient les cercueils vinrent se placer devant chaque mage, ces derniers descendirent de leur monture, sortirent le poignard des nécromanciens, ces poignards sacrificiels que l'on utilisait lors des grands rituels. Ces poignards que chaque prêtre était tenu de posséder sur soi... « Cela peut sauver des vies », disait-on ironiquement. Alors, les cercueils s'ouvrirent et dévoilèrent des humains endormis, pas morts, juste endormis.
Un cri de souffrance déchira l'air avant d'être repris en choeur, au rythme des incisions qu'opéraient les prêtres funèbres. Alors, ils se mettaient à rayonner d'une lueur sombre, violacée, et le grondement des pieds barbares qui foulaient la terre devint lourd et lent.
Nezha observait avec incompréhension cette magie tout en galopant de l'avant. Il ne pensait pas que la nécromancie nécessitait des pratiques aussi macabres, dans sa tête la magie s'exerçait gratuitement. Les cris de mort le suivirent, il tourna la tête une dernière fois, fasciné, et vit que les prêtres restaient face aux Odinistes, qui étaient piégés par une sorte de ralentissement du temps. Il les quitta des yeux pour se concentrer sur son objectif.
Le sol tremblait, haletait, transpirait. Il surgissait du sol une mélodie, un grand requiem, dont le rythme était saccadé, martelé par les grands coups de sabot. Nezha ne voyait pas revenir cette fichue montagne. Elle n'était pourtant pas si loin que ça, il ne leur avait pas fallu autant de minutes la première fois qu'ils y étaient venus, mais peut-être le temps se distordait-il ? Le jeune homme contempla le ciel ; le crépuscule ne semblait vouloir achever la phase de transition qu'il représentait... La nuit tombait depuis trop longtemps pour qu'on eût l'impression de la voir désormais. Il s'agissait d'une journée sans nuit, d'un moment d'éternité.
Enfin Nezha aperçut la montagne, leur demi-tour faisait une large boucle et rallongeait donc leur chemin, en revanche les barbares ayant compris le stratagème avait coupé la boucle et gardait une proximité réellement dangereuse, malgré les ralentissements des nécromanciens, certainement occis au passage des brutes. Cela inquiétait le jeune bûcheron et lorsqu'il vit la montagne il put enfin ordonner aux mages de monter un bouclier et aux fantassins de se préparer à l'assaut ennemi.
Les fantassins étaient prêts et les nécromanciens s'apprêtaient à se dissiper afin de préparer l'incantation mais ils se rendirent vite compte d'un problème essentiel. Un bouclier était déjà là, et les Odinistes l'avaient compris. Leur hargne monta très vite envers Thanatos qui leur bloquait la route vers la montagne.
Nezha hurla son incompréhension à un chef.
-Que fait ce bouclier ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
-Nous vous l'avions dit, jeune Nezha, ce plan est bancal ; ce bouclier n'est nullement le nôtre et coupe même une éventuelle retraite vers les montagnes, nous sommes piégés entre ce bouclier et les Odinistes.
-Ce bouclier... Qui l'a fait ?
-Eros, répondit sans hésitation le chef de troupe.
Un nouvel ordre fut lancé : se retourner et attendre les ennemis de pied ferme. Donner toutes ses tripes pour sauver sa peau et protéger celle des autres. Ce fut Nezha qui prononça ses paroles et fut confronté à l'idéologie particulière de Thanatos : comment une nation qui survivait grâce aux sacrifices de sa population pouvait comprendre des valeurs telles que l'espoir de vivre d'un seul individu ?
Seul au milieu de ces macabres prêtres et fantassins, Nezha pouvait percevoir qu'il y avait un de ces cercueils qui lui était destiné.
-Alors, battez-vous pour détruire si telle est votre motivation !
Il sembla au bûcheron que des sourires se dessinèrent sur les lèvres des prêtres, mais peut-être n'était-ce qu'une sensation due à l'excitation du jeune homme, à son manque d'expérience crucial pour la guerre. Il se sentait définitivement seul et il ne désirait qu'une seule chose : un repère. N'importe qui. Sa mère, peut-être ? Ou encore, Yamaturga, cet étrange berger qu'il n'avait jamais connu ? Pouvait-il compter sur Freïa ? En un sens c'est elle qui l'avait envoyé ici.
Ou alors son père. Il s'agissait de son ultime repère encore vivant...
Déboussolé, Nezha se jeta sur les Odinistes qui arrivaient précipitamment ; il hurlait, sa hache à la main, et se sentit devenir fort, puissant, vif, mais il lui sembla que les couleurs se ternirent au même moment.
Sa hache trancha l'air et le corps du colosse qui menait la course des barbares. Les nécromanciens avaient usé de sacrifices afin de lancer des magies de soutien qui rendirent le corps de Nezha bientôt inhumain. Ses cheveux roux devinrent noirs, poussèrent, et son tatouage se modifia, prenant la forme de deux traits, qui suivirent le sillon creusé par ses larmes. Elles devinrent vite bleues, et pour parachever le tout, un violent sentiment de mort pénétra l'esprit de Nezha. Après cela, il perdit connaissance pour de bon.
Lorsque Nezha revint à lui, il était au milieu d'un grand bruit. Il leva les yeux au ciel, toujours vermeil, se nourrissant du sang versé. Lorsque Nezha baissa son regard, la guerre était encore là, bien présente, des cercueils tapissaient le sol, jonché de cadavres, habillés de toges déjà funéraires ou de pagnes encore primitifs. Allongés, il y avait une certaine ressemblance entre tous ces corps. Réellement blasé, le bûcheron arrêta ici son analyse. Il aurait pu continuer et se dire que morts, désormais, thanatiens ou Odinistes étaient les mêmes. Mais ce n'était pas le genre de pensées qui l'accablaient dans l'immédiat. Dans l'immédiat, il était Ici et Là en même temps, incarné sur cette terre, et il renonçait à croire que ces corps se ressemblaient ; en effet, lorsqu'ils les foulaient, il se rendait compte qu'il était plus dangereux de monter sur un prêtre puisque ces derniers, peu musclés et donc plus gras, moins fermes, faisaient trébucher plus rapidement. A l'inverse, les Odinistes, masses musculaires impressionnantes, étaient bien plus agréables à surmonter, il s'agissait de véritables roches étendues.
Nezha, bien entendu, prit son pied sur les chevaux. Ceux-là étaient encore plus dociles à escalader que les Odinistes. En grimpant sur la carcasse d'un équidé mort (probablement le sien ? ), il assista à une guerre qui poursuivait fièrement son cours. Il put voir les chevaliers d'Eros, combattant et refoulant les barbares, dont il ne restait plus que quelques troupes. La guerre se poursuivait, mais elle lisait déjà l'épilogue.
Anéanti, Nezha continuait à marcher sans but, vers les Odinistes, vers les érotiques. Il s'était passé quelque chose mais il ne savait quoi.
Il y avait eu un dysfonctionnement quelque part. Même pas aujourd'hui, non, il y avait eu un dysfonctionnement depuis toujours.
Alors qu'il assistait à l'épuration des dernières brutes, Nezha s'évanouit en soufflant le nom de son père.