L´époque paraît révolue où, après chaque match, quel que soit le résultat, quelle que soit la manière, Luis louait systématriquement « la qualité », « l´envie », « les efforts des garçons », qu´il « félicitait » inlassablement malgré le scepticisme des commentateurs, les sifflets du Parc, la pauvreté du jeu et, régulièrement, l´insuffisance du résultat. Cette époque où un 3-0 face à un inexistant Olympique de Marseille le conduisait à penser que le PSG « allait survoler le championnat », comme il l´a confessé vendredi dernier. Cette époque, enfin, où une tonne d´éléments extérieurs - les équipes adverses qui bétonnent trop, la presse trop méchante, l´infirmerie remplie, comme si ses aléas ne touchaient pas les autres clubs - sevaient trop souvent à expliquer les contretemps.
Luis Fernandez n´est jamais à l´abri d´un retour du naturel. Les dernières minutes du PSG-Marseille de samedi, et la conférence de presse "chambreuse" qui a suivi, en ont fait la démontration. Sur le volet sportif de sa mission, le manager parisien semble pourtant avoir modifié son cap depuis la reprise. Naguère si protecteur, Fernandez a décidé de responsabiliser ses joueurs de façon plus visible. Parfois sévère avec ceux dont il ne supporte pas les écarts nocturnes, entre les murs contreplaqués du Camp des loges, il avait rarement appelé ses joueurs à la plus élémentaire humilité depuis son retour sur le banc, il y a plus de deux ans.
Le vent du boulet est passé près
Après la victoire 2-1 après prolongation de samedi, résultat d´une performance collective pourtant plus dense que cet automne, Luis refusait d´évoquer un « match référence », raisonnable comme jamais. « Le match précédent contre Marseille, on l´avait gagné 3-0, et on voit bien où ça nous a menés, dit-il. Un match-référence, c´est un match comme celui de Besançon en Coupe ( 1-0 après prolongation), celui d´Ajaccio juste derrière ( 0-0), celui du Havre ( 1-0) et celui de Nice ( 0-0), que nous avons su enchaîner » C´est-à-dire un match sérieux, ingrat à regarder, sans doute épuisant, mais au terme duquel on ne perd pas inutilement des points.
La crise sportive puis la crise tout court qui avaient suivi ce premier PSG-OM ont manifestement changé l´approche du manager parisien. En décembre, il a senti le vent du boulet passer près. Il a forcément ressenti comme humiliant l´épisode de son éviction annoncée, jusqu´aux surréalistes moments où Laurent Perpère s´est mis à disserter tactique. Luis a encaissé et en est sorti endurci. Devenu réaliste par la force des événements, il a su faire comprendre à ses joueurs - par ailleurs sévèrement bougés par les banderoles du Parc cet hiver, ce qui aide à faire passer le message - que les résultats et le jeu parisien relevaient aussi de leur responsabilité. Vexés d´avoit fait « honte » à leur entraîneur, les Marseillais n´avaient-ils pas spectaculairement redressé la barre après le 26 octobre ?
Pour l´instant, les gains sont encore modestes mais ça marche. Les résultats sont meilleurs depuis la reprise. Le PSG ne perd plus, ne prend plus de buts ( 1 en 5 matches) et ne s´est pas fait surprendre à domicile depuis la mi-décembre ( contre Nantes, 2-3 en Coupe de la Ligue). Pour avoir trop déchanté ces deux dernières saisons face à des sans-grade, Fernandez a appris à ne sous-estimer personne à l´approche d´un calendrier très favorable jusqu´en mars. « Ce sont des matches où il faut mettre le bleu de chauffe, où il faut être concentré dans la récupération et les duels, montrer une certaine solidité, rappelle-t-il. L´objectif numéro 1, c´est le championnat. On est en train de souffrir pour revenir et on va essayer de recoller. Mais recoller, ça veut dire ne pas se louper face à Lille, face à Strasbourg, face à Bastia, des équipes qui vont nous obliger à avoir cet état d´esprit. C´est pour maintenir ça que je travaille en ce moment. Tout le monde doit être conscient qu´il faut faire des efforts sur un terrain pour gagner sa place et pour être présent » dit Fernandez comme si rien ne relevait de l´évidence.
La bonne volonté de Ronaldinho
Le retour de Ronaldinho tombe à pic pour concrétiser les desseins du coach. Très moyen pendant les 35 minutes qui ont précédé le but victorieux de Fiorèse, c´est quand même lui qui, à 70% de ses moyens, a débloqué la situation après la poignée d´occasions en or ratées par Fiorèse, Leroy ou El Karkouri. Avec un peu de bonne volonté, le Brésilien pourra retrouver son irrésistible niveau du printemps 2002, ce qui pourrait tout changer pour une équipe si fragile dans la finition, toujours à la merci d´un retour adverse tant il lui est difficile de faire le break.
Sur ce point, la marge de progression du PSG est énorme, mais Luis Fernandez, comme un vieux sage, ne s´emballe pas. Il anticipe déjà les commentaires qui pourraient accompagner une belle série victorieuse. « Le premier palier, c´est celui qu´on est en train de franchir en ce moment : montrer qu´il y a une bonne disposition sur le terrain, une bonne récupération, qui déboucheront toujours sur des occasions. Après, il faudra persévérer, ne pas lâcher. Ce n´est pas parce que le PSG gagnera ses prochains matches 2-0 ou 3-0 qu´il faudra dire que le PSG aura retrouvé son efficacité. On aura toujours des matches difficiles. »
Avant son match contre Lille ce soir, le PSG a 9 points de retard sur la première place occupée par Marseille. Avant de retrouver le leader au Vélodrome le 8 mars, le club de la capitale jouera à Strasbourg, à Bastia, contre Montpellier, à Guingamp et à Troyes. Des matches forcément à la portée d´un PSG concerné et qui, plus que tous les autres, diront à court terme ce que vaut vraiment cette équipe.