Partie 5 : L’Exilé
Un daim au pelage brun piqueté de blanc avança gracieusement dans la lumière tapante de midi, son pas aussi léger que le vent frôlait l’herbe avec douceur.
Ses petites cornes couvertes de duvet polaire en ce début d’automne ornait fièrement sa tête de ruminant aux yeux bleu innocents.
Avec toujours autant de grâce, il se rapprocha du ruisseau coulant à quelques pas au cœur de la forêt, il se baissa en dressant ses oreilles pour s’assurer qu’aucun prédateur ne rôdait dans les environs. Après plusieurs minutes d’écoute, l’animal s’abreuva à grandes goulées, sans se douter du danger qui planait au-dessus de lui…
Le bâton de bambou s’abattit sur la nuque du cervidé qui n’eut le temps que de lâcher un brame bref avant que l’arme ne lui brise la nuque dans un bruit sinistre. Son corps s’affaissa lentement, jusqu’à qu’il frappe le sol avec violence et que le moindre souffle de vie disparaisse.
Satisfait de son œuvre, le chasseur enleva son bâton du cou du cadavre, se baissa pour évaluer la quantité de viande que cela représentait puis le prit sur son épaule sans difficulté, sa prise ne pesant pas bien lourd. Il attacha son arme à son ceinturon en peau de lézard rouge et partit vers son repaire avec gaieté, l’humanoide semblait ne faire qu’un avec la nature. Il écoutait les oiseaux piailler et les Garoutes, des loups au pelage noir et de grande taille, lancer leur appel d’amour aux femelles, le concert des cigales et les pas des rongeurs pressés de rentrer au terrier.
Le chasseur marcha durant environ une demie-heure, traversant l’immense bois de long en large et passant dans la plaine ou les Garoutes se livraient à leurs luttes, un endroit qu’il parcourait à grandes enjambées surtout lorsqu’il ramenait à manger… L’ermite grimpa une petite pente et arriva à son antre, creusée dans le flanc d’une falaise rocheuse qui surplombait la grande Forêt Riguel d’Imperial.
Avec soin, il déposa le daim mort sur la table en bois qu’il avait confectionné lui-même comme tous les objets présents dans sa caverne : un lit rustique avec en guise de couvertures des peaux de bête, des couverts et des assiettes de même facture que la table et système d’alarme basique composé de cailloux en verre creux attachés à un bout de ficel qui cliquetaient lorsqu’on les effleurait ne serait-ce qu’une mouche ou un cycygue.
C’était un foyer tout à fait minable d’un point de vue objectif mais pour lui il représentait tout le travail d’une existence, une existence passée en solitaire dans cette forêt avec pour seule compagnie les animaux et son bâton. C’était une façon de vivre, et il l’acceptait. Loin des autres et de la corruption humaine et du chaos qui embrasait les Landes Rouges. Le chasseur aurait très bien pu s’en aller et rejoindre le monde civilisé mais un quelque chose l’en empêchait. Un douloureux souvenir…
L’être humain n’aime pas ce qui est différent, ce qui est hors-norme, une chose sort du lot et la jalousie frappe ou même la violence. Il n’était qu’un exemple de cet état de fait.
Abandonné tout jeune, comme un vulgaire déchet, sans rien, au milieu de cet environnement hostile juste à cause d’une couleur de peau. Chez les elfes ces genre de détail peut-être fatal. « Ne sommes-nous pas tous égaux ? se demandait-il. Pourquoi m’avoir laissé livrer à moi-même ? Pourquoi… « . Comment il avait pu survivre restait un mystère mais il se souvenait juste d’un visage, un visage maternel bienfaiteur. Sa mémoire s’arrêtait là, après des années à parcourir Riguel de long en large il se tailla une arme dans du bambou qu’il renforça d’épines de hérisson corrosives et se baptisa du nom des bannis en elfique. Vêtu d’un manteau en fourrure rousse et de sandales en écailles, l’ermite avait des yeux noisettes, un visage fin et une beauté envoûtante ainsi que des oreilles assez développées. Avec le temps il apprit à reconnaître chaque parcelle de ce qu’on pouvait appelé son territoire.
Khor s’apprêtait à vider son futur repas quand son ouie surhumaine capta un mouvement dans les feuillages, il fit volte-face pour voir au loin une forme sombre s’envoler au dessus des arbres. Surpris, l’elfe noir essaya d’entrevoir cet étrange personnage, mais celui-ci se trouvait bien trop loin et il disparut dans un explosion de lumière pour réapparaître bien plus loin, laissant une volute de fumée noire dans son sillage.
La main crispé contre son bâton, Khor vit que la silhouette se dirigeait vers l’orée du bois ou une odeur de brûlé accompagnée de cendres se dégageait…
A suivre…
Voas avis ^^