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Je me réveillai sur un lit d’hôpital. Ce qui est assez logique en soi vu que j’ai reçu une balle. J’appris que cette balle m’avait transpercé de part en part, tranchant au passage la veine axillaire, évitant de peu l’artère. Plus de peur que de mal m’avait dit le docteur. Le problème c’est que je n’ai pas eu peur.
Vous pourrez toujours dire que je suis pas normal, je m’en contrefous de votre opinion. Si être normal veut dire paniquer à chaque problème, je préfère être anormal. D’ailleurs, qu’est ce que la normalité? Ne serait ce pas une conformité de masse acquis au cours des siècles? Avoir un comportement normal c’est être poli et sociable, non? Quand est-il des associables? Les êtres normaux, c’est à dire sociable et poli les rejètent, les excluent. Ne serait ce pas une forme de racisme? Sauf que celui-ci ne concerne pas les races, mais le comportement.
_ Bip, bip, bip
Ce bruit constant me fait sortir de mes pensées. Qu’est ce? A ton avis, tu es sur un lit d’hôpital, ça ne peut être que le cardiographe. Il y a effectivement un cardiographe, personne d’autre n’est présent dans la pièce. Le cardiographe, ça me donne une idée.
_ Biiiiiiip
En tirant sur un simple je me fais électroniquement mort. Mon cœur est électroniquement arrêté. Le cardiogramme n’est qu’une ligne droite. Je ferme les yeux et respire plus lentement en essayant de ne pas soulever ma poitrine lorsque celle-ci s’emplit de molécule d’oxygène, d’hydrogène et d’azote. J’entends la portes de ma chambre s’ouvrir brutalement et une voix féminine s’éleva.
_ Vite, faîtes lui un massage cardiaque.
Avant que quelqu’un puisse mettre ses pattes sur moi, je soulève mes paupières.
_ Bouh! M’écriais-je.
Il y avait trois personnes dans la pièce. Tous me regarder et je ne voyais aucun amusement dans leur regard.
_ Si vous croyez être le premier à faire ça, vous vous trompez.
On dit que je suis austère, mais dés que j’essaye de faire une blague j’inspire, j’incarne la pitié. Je suis si pitoyable que ça? Moi j’ai trouvé ça drôle en tout cas. Mais je dois être le seul apparemment.
On me rebranche le cardiographe et le bip-bip reprend, toujours aussi constant. En me tournant vers la droite, j’aperçois un gros bandage, tellement gros qu’il recouvre l’épaule jusqu’au coude. J’essaye de bouger cette épaule momifiée mais celle-ci refuse de faire quoi que ce soit. Bien serré ce bandage, mais bon, du moment que ça ne gêne pas la circulation du sang, moi ça ne me convient.
Peu avant le dîner j’ai une visite, enfin. C’est Whitness. Il m’adresse un salut avec un signe de la tête.
_ Tu sais que tu n’avais pas tes papiers sur toi. Ni d’argent d’ailleurs. Quelqu’un a payé pour toi.
Ah? Whitness aurait-il payé mes frais d’hospitalisation?
_ Qui est-ce?
_ Le flic que t’as sauvé.
Sauver est un grand mot, je me suis juste attiré la balle à sa place, je m’en serais passé.
_ Sympa.
A la gueule de Whitness, il y a un truc qui cloche.
_ Pas si sympa que ça justement. Il a parlé d’un éventuel remboursement de ta part.
C’est vrai que là, c’est beaucoup moins bien, mais bon, je dois avoir les moyens de le rembourser. Cependant Whitness semble avoir une autre idée en tête.
_ Mais t’as rien à craindre. Tu ne débourseras pas un sou pour rembourser ce flic. Je te sortirai d’ici avant qu’il ne vienne réclamer son argent.
Qu’est ce qu’il a en tête? Il n’a pas le temps de m’en dire plus car une infirmière vient dans ma chambre et annonce à Whitness que les visites sont terminées.
Il obéit et sort après avoir lancé un salut. Whitness se retrouve alors remplacer par un plateau repas. J’essaye d’avaler le plus de nourriture possible avec ma main gauche. Le problème c’est que je suis droitier et mon invalidité passagère ne me permet d’utiliser cette main. A chaque cuillerée la moitié de ce qui se veut être des brocolis tombe sur le plateau. Et aucune personne ne me vient en aide. C’est ainsi que l’on traite ceux qui joue avec le cardiographe.
Il doit être dans les vingt-deux heures. Les infirmières du jour passent le relais à celles de la nuit. Quelqu’un en profite pour rentrer dans ma chambre. C’est Whitness. Qu’est ce qu’il fout ici? Il se penche sur moi et me chuchote au creux de l’oreille.
_ Prends de l’acide nitrique fumant concentré à quatre-vingt-dix-huit pour cent et ajoute trois fois sa dose d’acide sulfurique. Faut opérer dans un bain de glace. Ensuite tu ajoutes la glycérine goutte à goutte et tu obtiens de la nitroglycérine. Mélange ça à de la sciure ou de la paraffine pour avoir un petit explosif bien sympa.
Ça, il me l’avait déjà dit. Puis il se met à décompter.
_ 5
_ 4
_ 3
_ 2
_ 1...