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Le jour fatidique se leva. Les lueurs de l’aube me titillèrent le visage et me forcèrent à ouvrir les yeux. Je pus alors me rendre compte que les autres étaient également dans cette pièce et que, vu leurs traits tirés, ils n’avaient pas dû dormir de la nuit. C’est marrant, leurs visages fatigués me rappellent David. Loran, pour sa part, était auprès de la fenêtre, l’air penseur, fixant un point perdu dans l’horizon. Sa main était reposé sur une barre de fer. Je posai une main sur son épaule.
_Ils viennent à quelle heure?
Il ne me regarde même pas, se contentant juste de me répondre.
_Dix heures.
A ma montre, il était 8h32, il restait moins d’une heure et demi avant de dire adieu à ce squat.
Et ce fut avec une heure d’avance que les flics arrivèrent. Des rangées de putain de CRS assemblé derrière des boucliers de protection se trouvait en face de notre baraque. Impresionnant de voir tout cet effectif mobilisé pour nous, de simples et pitoyables individus ayant juste pris possession d’une maison parce que l’État le leur avait donné et que maintenant l’État veut le reprendre tandis que les squatters ne sont pas du même avis.
Un mec avec un mégaphone se détache des rangées blindées de CRS et comme dans les films où il y a une prise d’otage, il nous intime l’ordre de sortir. Loran, toujours auprès de la fenêtre leur tendit le majeur en guise de réponse. Ça a le mérite d’être clair. Quant à moi, je me levai, et, devant la stupeur générale, je pris la direction de la sortie. Un silence de mort envahissait le lieu et des regards noirs me foudroyaient, mais je m’en foutais royalement et avançais vers la sortie.
J’étais dehors, toujours le même silence, toujours ce calme oppressant vous donnant l’impression d’être observé par des milliers de paire d’yeux. Je rejoignis les rangs adverses, et là, sans ménagement, un policier me passa les menottes avec une rapidité montrant que ce policier il avait passé son temps à l’université des poulets à le répéter. Je fus embarqué dans un fourgon où je pus voir ce qui allait se passer à travers le truc que je ne pourrais même pas qualifier de fenêtre, ni même d’hublot, qui ornait la porte de ce même fourgon. Déjà, qu’est ce que je foutais dans ce véhicule, Dieu en soit témoin, je n’avais rien fait de mal, hormis obéir… ça n’allait pas être pareil avec ceux qui me rejoindront par la suite…
Personne d’autre ne m’avait suivi hors du squat, moi qui était pourtant leur soi-disant chef de tribu, j’étais le seul à accepter fatalement cette destruction de notre refuge. Il le fallait pourtant, car, quand les rouages de la justice se mettent en place, rien ne peut les arrêter, rien. Et là, la justice avait décidé de raser notre bâtiment. Adieu.
Les autres se refusant de se soumettre, il n’y avait pas trente-six solutions pour les policiers: foncer dans la vieille bâtisse, arrêter tout le monde et les foutre dans le fourgon en ma charmante compagnie pour ensuite fourguer tout ça au commissariat. Tout cela à renfort de lacrymogènes et de matraques sinon ce serait tout de suite moins marrant pour eux…
Le flic au mégaphone demanda une nouvelle fois la coopération des squatters, et cette fois, tous sortirent de la baraque. Il étaient quinze au total. Et au vu de leur visage, ils avaient la ferme intention de pas se laisser faire, ce qui s’apercevait également à la façon dont les poings étaient crispés sur leurs armes de fortune. Une bataille rangée allait éclater, et on savait déjà qui allait être le gagnant.
Je crois que ce furent les flics qui chargèrent les premiers, mais c’est difficile à dire car disons qu’une des deux ‘armées’ avait pris une seconde d’avance. En tout cas, j’avais jamais vu une arrestation tourner au corps à corps aussi rapidement. Pas de lacrymogènes de lancés d’un côté, pas de pierres ni de canettes balancées de l’autre.
Une des personnes que j’apercevais le plus dans cette confusion de tabassage intense, c’était Loran avec sa crête verte visible à des kilomètres. Il savait sa battre et il l’avait déjà montré à un flic qui ramasse ses dents sur le sol à cause d’un coup de barre de fer bien placé. Cependant, le combat semblait être fini pour lui, car, un CRS lui donna un violent coup de matraque dans les côtes ce qui plia mon ancien ami en deux. En voilà un qui allait pisser du rouge pendant un certain temps. Puis un autre coup s’abattit, dans le dos cette fois. Et Loran, aussi solide fut-il tomba au sol. Je croyais vraiment qu’il allait me rejoindre dans peu de temps, mais une fille sauta sur le do du flic. J’observai celle-ci, et je me rendis compte qu’il s’agissait de Viviane, mon ex. Le CRS se débarrassa d’elle facilement et alors qu’elle était au sol, la tabassa sans ménagement. La pauvre femme hurlait et sanglotait , tentant de se protéger le visage avec les mains. Mais le pire était à venir pour elle. En effet, le flic transcendé par une haine irréfléchie pris la jambe de Viviane et la brisa net. Cri de souffrance. J’étais sur que le flic était content de lui, ça le faisait jouir ce porc.
Je recherchai de nouveau Loran. Il était sorti de l’émeute. Un autre policier l’avait aperçu et le poursuivait. C’est à ce moment que Loran dégaina quelque chose qui se trouvait sous son vieux manteau usagé par le temps. Je reconnus facilement un pistolet. Un gros, un Mossberg sans doute. Mais putain, il le sortait d’où ce flingue? En tout cas, le canon était braqué sur le flic qui continuait à avancer comme si de rien n’était. Et cela n’était vraiment pas du goût de Loran qui tira sans aucune sommation.
Ensuite, tout s’enchaîna rapidement, avant même que le corps ne touche le sol, le flic qui avait auparavant le mégaphone, pointait désormais un revolver dans la direction de Loran. Il tira.