-6-
La voiture stoppe. Nous sommes arrivé à notre destination. Nous avons atteint l’entrepôt. De la lumière filtre sous la porte à double battants, indiquant la présence de quelqu’un. C’était Sarah, je l’avais laissé là, et j’avais, au préalable fermé la porte avec un solide cadenas au cas où des personnes peu fréquentables auraient eu la bonne idée de pénétrer à l’intérieur du bâtiment. Certes, Sarah y était enfermé, mais c’était pour la protéger, elle es le matériel. J’ouvris donc le cadenas avec la clé que j’avais précieusement placé dans ma poche et je poussai les deux battants pour pouvoir enfin rentrer dans l’entrepôt. Ma recrue, qui après avoir longuement observé le matériel disposé sur la table et plus particulièrement mon arme à feu, se rendit compte de la présence de la femme qui était jusque là dans un coin de la pièce. Je vois qu’il affiche soudainement une expression d’ébahissement et de surprise. Comme si il avait reçu un coup qu’il n’attendait pas à recevoir. Pas besoin d’être devin pour comprendre. C’est beau l’amour. Il était tombé amoureux de Sarah, il y avait de fortes chances. En même temps, comment ne pas résister à cette rousse si parfaite, si sublime? J’avoue avoir moi-même ressenti un petit quelque chose fut ce un temps. Voir Sarah la première fois, c’est comme voir les immenses pyramides d’Égypte. On est en contemplation, éprouvant de l’extase dans le seul acte d’avoir la permission d’observer une telle beauté.
_Beau costume.
Cette parole de Sarah me fait sortir de mes pensées. Elle parle ici de la blouse de l’hôpital qu’il porte encore sur lui. Pas mal comme salutations. Pour éviter qu’un blanc s’installe, je lui réponds.
_Notre ami a dû se presser pour nous rejoindre.
Vu comment il s’examine, il doit finalement avoir compris que Sarah parlait de sa blouse blanche.
_Il est plutôt mignon en tout cas.
Mignon… si on aime le style mort-vivant en chemise blanche, mais sinon… Bref, il rougit d’embarras et articule quelques mots.
_Je ne suis pas si beau que ça.
Ce qui confirme ma pensée… Sarah s’approche un peu de lui. J’ai l’impression qu’il va s’évanouir. Mais il en est rien, bien qu’il ne soit pas loin du malaise.
_Modeste en plus, je t’aimes bien petit.
Le petit en question lève les yeux qui jusqu’à là était fixé au sol. Il les lève, doucement. Puis il rencontre le regard de Sarah. Là, intimidé, il détourne prestement ses yeux et rencontre les miens. Je lui adresse un sourire rayonnant. A partir de là, il récupère le peu d’assurance qu’il possédait.
_Qu’est ce qu’il y a?
_Rien.
Rien, hormis le fait que ce mec est vraiment marrant à voir lorsqu’il est en présence de la belle rousse.
_Tu es sur?
J’efface mon sourire et je fais en sorte que mes lèvres forment une ligne droite parfaite.
_Oui, il n’y a rien.
Et maintenant, ladies and gentlemen, changement de sujet.
_Bon, c’est pas tout ça, mais nous avons à faire.
Et j’arrive ainsi à le persuader de me suivre dans ce tout nouveau sujet.
_Et qu’est ce que nous allons faire?
J’avais mis en place une petite mission de façon à initier ma recrue. Il m’avait parlé d’Interflora et qu’il avait en horreur cette entreprise car elle l’a mené au chômage.
_Te venger.
Son visage se peint d’étonnement.
_Interflora, tu te souviens?
Petite remise à niveau. Il a la mémoire courte. En tout cas, il fait signe que oui, il s’en souvient.
_Dans ce cas, voilà le topo. Nous avons toute la nuit et la journée de demain pour fabriquer de la nitroglycérine. Cette nitroglycérine sera ensuite mélangée aux cotons et aux sels minéraux.
Je lui désigne les éléments concernés sur la table.
_ Et le coca light on le mélange à l’essence pour en faire du napalm.
Bien pensé, mais non, le coca sert à autre chose.
_Non, le coca c’est pour boire quand tu auras soif, et l’essence était le seul objet qui se trouvait dans cet entrepôt lorsque nous l’avons emprunté.
_ Et lui, il ne se change pas?
Sur ce propos, je l’examine de la tête aux pieds. C’est vrai que c’est pas le top niveau vestimentaire cette blouse.
_C’est vrai qu’il est pas très sortable, je vais me débrouiller pour lui trouver des vêtements portables.
Sur ce, je tourne les talons et m’apprête à quitter l’entrepôt.
_ Attends, on a pas de glace pour faire de la nitro.
Je me retourne vers Sarah.
_ T’inquiètes je vais te trouver ça aussi.
Et je pars, laissant Sarah en tête à tête avec son nouveau prétendant. C’est beau l’amour.