Quand Heather demande quelque chose, son voeu est realisé. ( oui, je sais qu´il faut que j´arrete
)
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Je suis assis devant un mahousse avachi sur son fauteuil en roulettes qui flanche sous son poids. Son métier c’est de trouver des métiers à des gens cherchant un métier. Je suis à l’agence nationale pour l’emploi. Je recherche n’importe quel métier. Tous, sauf chez Interflora.
_ Désolé, nous n’avons rien pour vous.
Même comme éboueur ils ne veulent pas de moi. Personne ne veut de moi. Je me contente donc d’être une ordure. Si vous me cherchez je suis tout en bas de l’échelle. La personne insignifiante à qui personne ne s’intéresse.
Je ressors dépité. Une main se pose sur mon épaule. Je me retourne. Un mec. Un peu plus d’un mètre quatre-vingt, yeux gris, cheveux blonds coupés en brosse.
_ Alors, tu cherches un emploi?
Quelle déduction. Quelqu’un qui ressort de l’agence avec une tête marquée par le désespoir. Forcement que je recherches du boulot.
_ En effet.
_ Si tu veux je peux te mettre en contact avec le patron d’une chambre funéraire. Il recherche un embaumeur. En plus tu as la gueule de l’emploi.
Il doit parler de mon visage effondré à cause de mes sept jours d’insomnie d’affilées sans doute.. Le comique de situation me dépasse.
_ Alors, ça t’intéresse?
Un peu que ça m’intéresse, ça faisait neuf jours que j’allais à l’agence nationale pour l’emploi sans rien trouver, et lui me propose un job alors que je ne le connais même pas. Il me dit de le suivre. Je suis docile et le suis. Il me dit de monter dans son Audi. J’obéis toujours.
Même s’il recherche à me kidnapper ou à me tuer, je m’en fous. Je n’ai plus rien à perdre. Lénine s’est appuyé sur les prolétaires pour faire sa révolution. Les prolétaires n’avaient rien à perdre. On a vu le résultat. Lorsque je dis cela à mon sauveur, sa réponse avait quelque chose de mystérieuse. J’emplois le mot sauveur car soit il me trouve un boulot qui me permettrai de remonter l’échelle de la société. Soit il me tue et me libère des trois D. Le désespoir, la détresse, la douleur. Tout cela disparaît avec une balle dans la tête. La délivrance.
_ Tu veux faire une révolution? Moi je suis partant.
Je ne réponds pas. Mon sauveur doit certainement être un révolutionnaire idéaliste anarchiste.
Le cœur expulse le sang à un kilomètre par heure dans l’aorte. Nous avancions soixante fois plus vite sur l’artère principale de la ville qui pour une fois n’était pas encombrée. Lorsque nous arrivons en zone de rurbanisation, mon interlocuteur prend la parole.
_ Si tu veux obtenir du napalm, mélange de l’essence et du jus de fruit surgelé à parts égales. Tu peux aussi mélanger l’essence à du Coca light ou de la litière à chat réduite en poussière dans l’essence de façon à obtenir une bouillie épaisse.
Je n’avais pas de chat, juste un chien, un chien du nom de Providence. Il pense m’impressionner en me disant comment faire du napalm, mais j’ai de quoi riposter.
_ Le syndrome malin secondaire de Marfan est un syndrome de la plus haute gravité survenant au décours d’une angine diphtérique. Il est caractérisé par la pâleur, l’asthénie, une paralysie du voile du palais, un collapsus cardio-vasculaire avec dilatation du cœur et hypertrophie du foie, une albuminurie avec azotémie. Il évolue vers la mort en une dizaine de jours.
Je connaissais le dictionnaire des termes médicaux par cœur, il ne pouvait pas me battre.
_ Prends de l’acide nitrique fumant concentré à quatre-vingt-dix-huit pour cent et ajoute trois fois sa dose d’acide sulfurique. Faut opérer dans un bain de glace. Ensuite tu ajoutes la glycérine goutte à goutte et tu obtiens de la nitroglycérine. Mélange ça à de la sciure ou de la paraffine pour avoir un petit explosif bien sympa.
Demandez lui n’importe quoi sur la fabrication d’explosifs artisanaux, il pourra vous répondre.
_ L’hétéresthésie est un trouble de la sensibilité provoqué par la commotion de la moelle cervicale. Il consiste dans la modification de la qualité des sensations perçues dans les segments radiculaires qui composent le territoire cutané sous-lésionnel.
Demandez moi n’importe quoi sur les maladies et les termes médicaux, je pourrais vous répondre.
Je viens de me rendre compte de l’ampleur de notre conversation. Nous sommes tout les deux fous. L’un connaît les explosifs, l’autre les termes de médecine. C’est incorrect de parler de ça, ça ne se fait pas. C’est pourtant ce que j’ai apprécié le plus lors de notre dialogue. Avec lui je pourrai parler de lobotomie, de plasmocytaire, de divers symptômes et de diverses névralgies. Et lui pourra me parler de l’utilisation d’une bombe de réfrigérant pour faire exploser les serrures.
La conversation est terminée. Nous sommes arrivés à la chambre funéraire. J’ai cependant une dernière question.
_ Comment t’appelles-tu?
J’ai l’impression qu’il ne va pas répondre, mais finalement il me dit:
_ Whitness.
Et il remonte l’allée pour rentrer dans le bâtiment. Il ne m’avait pas kidnapper. Il ne m’avait pas tuer. Il m’avait tiré des ténèbres.
Whiteness avec un e entre le t et le n signifie blancheur. Ce nom ne lui convenait pas car le blanc symbolise la pureté. Or, un être pur ne parle pas d’explosifs fait maison. Cependant, sa peau est aussi blanche qu’un de ces cachets que je prenais pour calmer mes maux de tête après une conférence. Sa peau ressemble un peu à la mienne, sauf que la mienne a de grosses cernes autour des yeux. Deuxièmement, Whitness est la tache blanche qui a glissé dans mes ténèbres pour s’agrandir en absorbant toute l’obscurité. Petite tache blanche deviendra un grand espace de lumière. Whitness est ma lumière. Whitness m’a permis de grimper les échelons de l’échelle et de ne plus être un personnage insignifiant.