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_Place ça ici.
J’évolues dans un monde sombre et flou.
_Place ça ici.
La voix se fait lointaine et est distendue, mais je reconnais le timbre de Whitness.
_Ici?
La dernière syllabe se répète en écho. Je reconnais avec stupéfaction, ma propre voix.
_Je pense qu’on est allé trop loin.
Toujours ma voix, qui me semble désormais plus grave que son ton habituel.
_Je m’en fous de ce que tu penses. Un bon soldat ne pense pas, mais agit.
Les paroles se répercutèrent en écho.
_Je ne suis pas un soldat.
Je me rends soudain compte que j’entends une conversation entre Whitness et moi, mais que je ne nous vois pas.
_Tu refuses d’obéir?
Accent métallique.
_Je n’ai aucun ordre de recevoir de toi.
Mon timbre est alors normal.
_Je te pensais docile.
Puis tout devient noir et silencieux. Le calme est brisé par une détonation, et le noir se transforme en éclair blanc.
J’étouffe. D’un geste plus instinctif que volontaire, je remonte à la surface et récupère de l’oxygène. Je recrache l’eau qui avait envahi mes poumons et regarde autour de moi. Le pont est déjà assez loin, le courant a dû me déporter. J’imagine bien les flics penchés au bord en train de se demander si je remonterai un jour à la surface.
Je passe sous un autre pont, toujours mené par les flots, et j’aperçois la silhouette de Whitness aux prises avec les policiers. Je continue encore à dériver jusqu’à ce que le courant faiblisse et que je puisse nager jusqu’à la rive. Je parvins finalement à regagner la terre ferme sous l’œil ébahi des piétons.
J’avançai dans le centre-ville, l’eau dégoulinant, formant des flaques à chacun de mes pas. Les passants me regardaient en se demandant d’où je sortais. C’était pourtant simple à deviner que je revenais d’une baignade en pleine rivière. Quand à moi, je ne pensai qu’à une chose. Comment le personnel de l’hôpital a su mon nom? M’avais t-on fait une prise de sang, et ensuite, m’avait-on reconnu grâce à l’ADN? Je ne le saurais jamais. Et aussi, comment Aaron pouvait-il exercer un métier au vu de ses capacités mentales? Peut être que ses voix lui disaient de se tenir tranquille en public.
Lorsque j’arrivais à ma maison aux tuiles vertes, Nuria était déjà là en compagnie de Chester. Nuria arborait un air fier, tandis que la moitié du visage de Chester était recouvert par un immense hématome bleu virant au violet, avec même des pointes de noir dedans. Chester avait une peinture abstraite sur son visage. Il m’expliqua qu’une brute démocrate c’était appliqué à lui tabasser la joue, toujours au même endroit. Chester était resté amorphe, c’est ça sa particularité, il ne ressent presque aucune douleur sur le plan physique. La brute lassée devant la non-réactivité de son punching-ball humain repartit en ayant au préalable le reste de ses tracts. Nuria quant à elle n’avait reçu aucun coup, mais une flopée d’insultes. Devant se charger du pont le plus fréquenté de la ville, elle épuisa rapidement ses affichettes. Pour ma part, je ne leur dit rien de mes mésaventures.
Je me changeai et laissai mes autres vêtements à sécher. Je m’étais acheté, avec l’argent que me donnait Bob en liquide, quatre pantalons noirs, quatre chemises blanches et quatre caleçons. J’étais toujours vêtu de la même façon. Sauf lorsque j’avais envie de fantaisie. Dans ce cas, je mettais le pull vert et le jean offert par Whitness.
Tiens, vu que l’on parle de la tenue vestimentaire, pourquoi ne pas continuer avec les autres membres. Whitness aime se balader en treillis militaire, il possède également une gamme de tenues diverses volée à la laverie automatique. Sarah quand à elle, apprécie les jeans, les débardeurs et les chemises d’homme. Elle piquait également des fringues à la laverie. Un jour, je la vis en tailleur, j’ai failli tomber à la renverse à la vue de ses jambes mises à nues. Le messie, lui, ne c’était pas changé, ni lavé, depuis notre rencontre. Il dégageait une odeur infecte qui nous repoussait au début. Mais maintenant, nous y sommes tous habitué et cela ne pose plus de problèmes. Aaron prend des vêtements de-ci de-là, empruntant un pantalon à Whitness, me prenant une de mes chemises, demandant à Chester de lui passer des chaussettes… Celui-ci était toujours vêtu en noir. D’ailleurs, il disait qu’il était en deuil. Bien que lorsqu’on lui demandait de qui, il ne répondait pas. Nuria, pour sa part, avait la plupart du temps une robe élimée au décolleté plongeant. J’allais oublier Alexandra, mais son style est un peu prés identique à celui de sa copine, Sarah.