Merci beaucoup à vous tous ! Voici déjà le chap 11. C´est fou ce que j´adore écrire, en ce moment !
Chapitre 11 : La déclaration
Arthur et Soranna progressèrent en toute hâte dans l´eau peu profonde. Tout autour d´eux, les arbres n´avaient pas encore perdu leurs couleurs, cependant peu visibles à cause de l´obscurité. Ils ralentirent un peu le mouvement lorsque le niveau de l´eau monta légèrement, tandis qu´ils s´enfonçaient de plus en plus vers le coeur de la forêt. Ils ne prononçaient mot, mais regardaient tout autour d´eux et surveillaient les couleurs des arbres. Au bout d´un moment qui leur parut long, Soranna, en tête, aperçut alors les feuillages d´arbres éloignés, qui semblaient s´être figés dans une teinte noire :
- Arthur ! souffla Soranna. Regardez devant.
Le Gardien leva la tête et son perçant regard vit tout de suite qu´ils étaient arrivés à la limite de la tache. Il dit alors au samuraï, sans hésitations :
- Allons-y.
Soranna approuva d´un signe de tête, et poursuivit sa route aux côtés d´Arthur.
Il fit de plus en plus sombre, tandis que le peu de couleur derrière eux disparaissait. Les arbres noirs faisaient signe de les dévorer, et malgré leur immobilité, ils semblaient vouloir se refermer sur la rivière où progressaient les deux rivaux. Le temps s´était comme arrêté. Seule la rivière, de plus en plus profonde, se mouvait dans le décor ; serpentant parmi les arbres morts pour disparaître dans une partie moins sombre de la forêt.
Soranna ni Arthur ne prononçaient mot. L´eau leur arrivait maintenant aux genoux et ils marchaient à contre-courant ; ce pourquoi leur rythme devint de plus en plus lent. À présent, Arthur serrait sa main gauche sur le manche de son épée, méfiant. Il sentait un air étrange s´élever progressivement tout autour d´eux. Il sentait qu´ils s´approchaient du coeur de la forêt. Yeux plissés, il jetait des regards furtifs à droite et à gauche, méfiant, tandis que Soranna préférait diriger son regard droit devant lui.
C´est alors que l´eau devint glaciale. Soranna sentait la moitié de ses jambes meurtries par le froid, mais ne montrait rien. Arthur restait également impassible, mais souhaitait de tout coeur arriver au coeur de la forêt au plus vite.
Heureusement, ils ne tardèrent pas à parvenir à leur but. Le niveau de l´eau était redescendu jusqu´aux tibias d´Arthur et Soranna, et devant eux, la rivière formait un cercle au centre duquel une petite fontaine faisait office de source. Les deux rivaux regardèrent tout autour d´eux, surpris. Mis à part les arbres figés par le noir, il n´y avait aucun signe de source maléfique.
- Il n´y a rien, c´est étrange, dit Soranna.
- Non... murmura Arthur.
- Hein ?
C´est alors qu´une sorte de sphère translucide noire et de couleurs sombres se forma au-dessus de la source. Elle produisait des bruits étranges, et Arthur sentit, en cinq fois plus fort, ce qu´il avait ressenti en regardant Setha au tournoi.
- Cette chose est la seule responsable de tout ce qui se passe, grogna Arthur en tâtant le manche de son épée. Elle fait pourrir la forêt et bientôt ça sera notre tour !
Soranna ne répondit rien. Il sentait la sphère repoussante, si repoussante qu´il aurait aimé se trouver n´importe ailleurs qu´en sa présence. De la sueur commença à perler son visage. L´eau meurtrissait toujours ses jambes déjà glacées.
Ils ne purent tenir plus de deux minutes face à l´horrible menace, et Arthur posa un genou au sol. Aussitôt, il grinça les dents, car l´eau se révélait de plus en plus glaciale, bien trop glaciale. Surtout pour que ce fût naturel. Soranna était sur le point de s´effondrer. Sa tête chauffait comme si elle reposait sur du feu, tandis que le froid, par intermédiaire de l´eau, commençait à s´emparer du bas de son corps. Il était immobilisé par le froid, et se sentit en danger de mort, en un danger réel qu´il pensait ne jamais ressentir de sa vie paradisiaque, en une présence qui fit s´élever en lui sa phobie la plus grande : la peur.
Se tournant en un ultime effort vers Arthur, il vit que celui-ci n´arrivait plus à bouger. Ses yeux écarquillés fixaient le vide, et il semblait gelé de l´intérieur.
- Arthur ! Il nous faut quitter cet endroit !!
Avec une force dont il ignora la provenance, Soranna empoigna le bras d´Arthur et l´aida à se relever. Lentement, ils reprirent leurs esprits ; et sentirent leurs jambes libérées du maléfice lorsqu´ils s´enfuirent par la rivière, à présent dans le même sens qu´elle.
Arthur et Soranna étaient assis au bord de la rivière, dans l´herbe, près des bancs de pierre. Arthur ne disait rien, et tentait de se calmer encore, tandis que Soranna regardait les bâtiments blancs sous les lueurs argentées de la nuit. Il était encore bouleversé par ce qui lui était arrivé, à lui et à Arthur, mais son calme lui permit de se détendre malgré tout. Contrairement à Arthur, qui semblait, malgré son grand calme omniprésent, complètement désorienté par ce qu´ils venait de vivre. Comme un enfer.
- Arthur ? fit Soranna au bout d´un moment. Est-ce que... ça va aller ?
Arthur poussa un soupir et ferma les yeux. Son corps se détendit.
- J´ai l´impression d´avoir vécu la chose la plus terrible qu´il soit, souffla-t-il. Décidément, la chose qui nous menace est bien trop puissante pour nous, simples Akalis. C´est triste à admettre, mais nous devons oublier ce qui s´est passé, et n´en jamais parler à personne.
- Je suis d´accord. C´est désespérant, mais... nous sommes véritablement incapables d´affronter cette menace. Autant que personne d´autre que nous ne s´en soucie. Vous avez raison.
- Rentrons, dit Arthur. Nous avons grand besoin de repos, je crois.
Les deux rivaux se levèrent, se saluèrent d´un signe de tête et repartirent chacun de leur côté, sans ajouter mot. Mais à jamais ils garderaient ce souvenir, au fond de leur mémoire ; peut-être le seul qu´ils se souviendraient d´avoir vécu ensemble.
La journée qui suivit cette nuit-là fut relativement paisible et calme, comme de nombreux jours. Shadow avait longuement réfléchi au sujet de ce que son père et Arthur avaient affronté la nuit dernière. Tout cela avait-il un rapport avec la destruction du royaume ? Quoi qu´il en soit, il ne se souvenait pas avoir un jour, lui, vécu quelque chose de tel. Peut-être que ce mal avait, à son époque, totalement disparu...
Soranna avait passé sa journée à se promener dehors, et à essayer de se changer les idées. Il était allé rendre visite à Lie-ker, Senaka, mais aussi à Jyllacah ainsi qu´à sa fille. Il n´avait croisé qu´une seule fois Lucéria, accompagnée d´Arthur qui avait ignoré le samuraï. Mais Soranna et Lucéria s´étaient échangé un radieux sourire tandis qu´ils se dépassaient, et Soranna eut du mal à s´y retrouver dans le royaume où il avait tant vécu en revoyant dans son esprit le sourire de la jeune Lucéria. Toutes les jeunes filles qui l´admiraient, à leur unique sourire elles n´égalaient pas la beauté de la Prêtresse.
Le soir, Soranna rentrait chez lui d´un air monotone. Plus personne déjà ne se trouvait dehors dans les parages, et le soleil orange commençait à descendre derrière les collines.
C´est alors que le samuraï entendit une voix mélodieuse derrière lui. Soudainement paralysé par cet appel, il se stoppa sur-le-champ et se retourna. Étonné, il vit que c´était Lucéria qui courait vers lui :
- Soranna ! Je voulais vous voir.
Soranna essaya de se détendre, malgré son coeur qui battait la chamade.
- ( Pourquoi est-ce qu´elle veut me voir ? Où est passé Arthur ? Elle est venue seule ? Mon dieu ce qu´elle est belle ! Qu´est-ce que j´ai tout à coup ? Je ne peux plus bouger ! Qu´est-ce qui m´arrive ?! Au secours ! )
Lucéria s´arrêta près de lui et planta ses yeux bleus dans les siens. Sous l´effet de ce sortilège implacable, Soranna sentit que ses membres commençaient à trembler. Jamais aucune fille à part elle ne l´avait intéressé, et il éprouvait soudain un sentiment dont il avait renié le nom toute sa vie.
- Est-ce que vous avez un moment ? demanda Lucéria de sa voix merveilleuse.
- B... bien sûr, balbutia Soranna, à sa plus grande colère.
- ( Mince ! Pourquoi est-ce que je suis pas fichu de lui parler correctement ?! )
- Vous êtes sûr que ça va ?
- Je... Oui, évidemment ! fit Soranna en riant.
- C´est étrange... je vous trouvais toujours sombre, mais maintenant, vous êtes différent, Soranna.
- Quoi de plus normal, en votre radieuse présence !
Il se tut sur-le-champ, horrifié. Les mots lui avaient complètement échappé. Il essaya de dissimuler, tant bien que mal, le rouge qui lui montait aux joues pour l´une des premières fois. Mais Lucéria, s´il elle avait été surprise sur le coup, elle laissa ensuite son visage se fendre en un sourire splendide dont Soranna tomba sous le charme.
- Vraiment ? dit-elle. Je ne pensais pas importer vraiment à vos yeux !
- Si, au contraire, déclara Soranna, soulagé d´avoir retrouvé son sang-froid.
Puis, se disant qu´il avait commencé à tout lui dire, il décida de continuer sur sa lancée.
- Tous les jours, tout un tas de femmes viennent me demander en mariage, dit-il en détournant le regard.
Lucéria cligna des yeux.
- Mais jamais l´une d´entre elle ne m´a attiré. Jamais aucune fille ne m´a attiré. Et ce jusqu´au jour où, pour la première fois, je vous ai vue...
Il s´arrêta, la gorge bloquée et les joues en feu. Lucéria se demandait s´il elle avait bien entendu. Elle dit :
- Soranna... Si je voulais vous voir, c´est parce qu´un tas d´hommes haut placés sont venus me demander au mariage. Et c´est plutôt étrange... mais je n´ai été attirée par un homme que depuis que je vous ai vu... pour la première fois...
Soranna sentit son coeur battre si fort qu´il sentait qu´il allait exploser. Lucéria avait détourné les yeux, en rougissant. Elle aussi semblait gênée, ce qui rassura Soranna. Celui-ci murmura ensuite :
- Lucéria...
Mais il se stoppa, abasourdi. Il venait de se rendre compte que Lucéria pleurait.
- Pardonnez-moi... souffla-t-elle. C´est juste que... j´avais envie de mieux vous connaître, Soranna... Arthur me protégeait si souvent que je ne voyais, à part lui, quasiment personne... Mais vous savez, depuis la mort de mes parents, plus personne ne m´a serré dans les bras, en me disant qu´on m´aimait...
Soranna afficha un air peiné. Son coeur battait toujours la chamade, mais lui, il s´était détendu. Il murmura alors à Lucéria :
- Alors... est-ce que vous vouliez que je sois le premier à le refaire ?
Lucéria parut soudain gênée d´avoir raconté de telles choses au samuraï. Elle allait s´excuser et repartir, mais Soranna ne lui en laissa pas le temps. Il s´approcha d´elle et la serra dans ses bras.
Soudain prisonnière d´une foule de sentiments surgis du fin fond de son coeur, Lucéria ouvrit grand les yeux, puis, les refermant, elle posa doucement sa tête sur le torse du samuraï et se laissa bercer par les battements de son coeur. Ils restèrent enlacés pendant de douces minutes, jusqu´à ce que Soranna murmure à la jeune Prêtresse :
- Est-ce que... ça va aller ?
Lucéria releva la tête et regarda Soranna dans les yeux, sans rien dire, mais avec un sourire radieux. On pouvait lire la joie éternelle dans ses yeux, une joie qui était restée encrée en elle et qu´elle pensait disparue pour toujours. Ils se regardèrent longuement, puis le mouvement de leur coeur s´accéléra d´un coup lorsqu´ils se penchèrent l´un vers l´autre, et que leurs lèvres se rencontrèrent.
Elena croisa Arthur sur le chemin qui menait vers le domaine de Soranna :
- Elena ! fit Arthur en la voyant. Vous ne savez pas où est passée Lucéria ?
- Oh, je crois que si, répondit-elle. Je l´ai rencontrée et elle m´a dit qu´elle allait voir Soranna.
Arthur fronça les sourcils.
- Je crois que vous devriez les laisser seuls, dit Elena en souriant. Je les trouve faits l´un pour l´autre.
Arthur parut étonné, puis il poussa un soupir et baissa la tête :
- Tu as raison. Elle va ne plus avoir besoin de moi. Je savais qu´elle appréciait vraiment Soranna. Il était le seul capable de la faire sourire.
Elena se pencha pour regarder Arthur dans les yeux :
- Mais vous ne serez pas seuls. Je suis là, moi.
Arthur la regarda alors, surpris. Ils restèrent un moment à se regarder intensément, absorbés l´un par l´autre. Puis Arthur demanda à Elena :
- Et vous, Elena... Est-ce que, malgré votre père, vous vous sentez seule ?
Elena baissa un peu les yeux, et approuva d´un mince signe de tête en rougissant.
- Alors... murmura Arthur. À partir d´aujourd´hui, vous ne vous sentirez plus seule. Car je serai là pour vous.
Elena redressa la tête, surprise. Arthur la dévisageait avec une admiration peu commune chez lui. C´est alors qu´il s´en voulut :
- Pardonnez-moi, Elena. Je... crois que je vous fais perdre votre temps.
Il se retourna et commença à partir, mais Elena le rattrapa et s´agrippa à son bras :
- Ne partez pas. Vous me laissez seule. Je ne veux plus être seule. Je vous aime.
Elena rougit instantanément. Les mots lui avaient échappé. Arthur s´était stoppé, ses yeux grand ouverts. Son coeur accéléra au risque de lui casser quelque chose, puis il se décida enfin à se retourner vers Elena, qui, s´apprêtant à s´excuser, se fit étreindre avec une tendresse dans laquelle elle fit bien vite de s´égarer. Elena passa ses bras derrière le cou du Gardien, oubliant le temps autour d´elle. Arthur était comme dans un rêve. Son étreinte se resserra encore lorsqu´à son tour, il avoua tout son amour à la jeune fille.
Le soleil orange brillait encore légèrement au-dessus des collines. Sur l´une d´elles relativement haute, Lie-ker et Senaka étaient assis l´un à côté de l´autre. Sourire aux lèvres, ils contemplaient ce magnifique spectacle.
- Alors, dit Senaka au bout d´un moment. Que comptes-tu faire, à ton avenir ?
- Je ne suis encore certaine, répondit Lie-ker, un peu rêveuse. Je pensais demeurer dans ma mélancolie pendant toute mon existence...
- Ne dis pas ça ! s´exclama Senaka. En tant qu´amis, on doit se serrer les coudes. Et on finira par trouver ce qui te conviendra comme travail !
- ...
- Et puis tu vas rencontrer l´homme de ta vie, te marier, et avoir plein d´enfants... ça va demander de la volonté, tout ça !
Lie-ker regarda Senaka d´un air dépité. Celui-ci s´excusa :
- Pardonne-moi si j´ai dit un truc qui fallait pas. Mais, sérieusement, jamais tu n´as été attirée par un garçon ? Jamais personne ne t´a demandé, pour l´avenir, en mariage ?
- Si, mais...
- Aucun d´eux ne te plaît ?
- C´est ça.
Ils restèrent un moment silencieux, ne sachant que se dire, tandis que le soleil descendait lentement derrière l´horizon, en face d´eux.
- Encore désolé si je t´ennuie, dit Senaka après quelque deux minutes, mais c´est important que tu doives te marier. Tu sais ? À notre âge, il est coutume d´avoir déjà un futur mari.
- Mais aucun d´entre eux ne m´intéresse ! s´énerva Lie-ker. Et aucun d´eux ne me comprend.
- Mais alors, avec qui tu...
- Je n´ai envie d´épouser aucun d´entre eux, c´est tout ! Ils étaient tous pareils, de simples nobles, et pas assez gentils pour moi ! Tu veux vraiment savoir avec qui je voudrais me marier ? Avec la seule personne qui m´ait jamais apporté le sourire ! Et cette personne, c´est toi !
Fin du Chapitre 11.