Bon comme à mon habitude, voici l´avant dernier chapitre pour rafraîchir les mémoires, et le dernier en date. J´informe les amateurs d´action que ce sont des chapitres qui font surtout avancer la trame de l´histoire, l´action c´est pour un peu plus tard (n´est-ce pas kud
)
Chapitre XIII : enfin des soins
Yami attrapa le lapin de mes mains, l’embrocha et alluma un feu.
« Vous trouvez pas qu’il a un regard vitreux ? »
« Mmh… Ca se pourrait en effet » répondit Plasma, qui était avachi par terre à regarder son armure carbonisée. N’empêche c’est abusé, vous avez vu comment elle a flambé ? J’aurais pu crevé ! Ekud, la prochaine fois que tu fous le feu, tu préviens, sinon c’est ta face qui va flamber ! »
« Et celui là tu le vois ? » dit Ekud en montrant son majeur levé.
« Raaaaaaaaaaaaaaaah ! »
On mangea le lapin en silence, chacun ruminant dans son coin.
« Bon allez tu vas pas faire la gueule toute la soirée Plasma ? » lançais-je au bout d’un moment.
« Il en faut plus que ça pour me réduire au silence… »
« Tu m’en vois réjouis. »
Après avoir mis les choses au point, je repris conscience que Yuri avait besoin de soins. On ne pouvait pas retourner en ville, il fallait donc en trouver une autre, ou la soigner nous-même. Je réfléchis à la situation. Elle avait une balle enfoncée dans l’estomac, il fallait donc l’extraire au plus vite. Ensuite, il faudrait désinfecter la plaie et la bander. C’était possible de la soigner nous même.
« Eh les gars… Il y aurait moyen que vous m’aidez deux secondes ? »
« Pourquoi ? » répondit Ekud en se tournant vers moi.
« On va extraire cette putin de balle »
Yuri me regarda instantanément, la peur dans le regard. Elle eut un petit mouvement de recul, Oriane dans ses bras.
« Euh Kali… Je ne suis pas sûr que ce soit une excellente idée, si tu vois ce que je veux dire… » émit Yami, doucement.
Je marchais vers Yuri et l’allongea sur le sol. Elle se débattit un peu mais croisa mon regard et sut que tout allait bien se passer. Elle attrapa une branche qui était parterre et la mis entre ses dents. Je m’agenouillais à côté d’elle.
« Tiens Plasma, tu peux prendre Oriane deux secondes le temps que l’on extraie la balle ? »
« Euh ouai, du moment qu’elle ne me pisse pas dessus… »
Il eût comme seule réponse un regard foudroyant de Yuri.
« Mais c’est pour rire roooh… »
Yami et Ekud s’agenouillèrent aux côtés de Yuri. J’entrepris d’enlever le bandage doucement. Le sang avait beaucoup coulé et avait séché sur le bandage. En décollant le pansement, je tirais la peau sans le vouloir. La branche crissa sous la force des dents de Yuri. Elle grimaçait. Le bandage enlevé, je pris la main de Yuri, et mon couteau de chasse passé sous le feu pour la désinfection. Je regardais par-dessus la plaie. La balle était assez profonde, mais il y avait moyen de l’extraire en faisant pression.
« Yuri, regarde moi dans les yeux » fit Ekud. N’hésite pas à serrer la main de Kali. Tout va bien se passer ok ? Ne quitte pas mes yeux. »
« Quelqu’un n’aurait pas une pince pour maintenir la plaie ouverte ? » demandais-je.
Yami alla en chercher une dans la trousse de soin et me la donna. Je l’appliquais pour écarter la peau, et commença à enfoncer le couteau. Pour le moment je ne touchais aucune paroi, seule la pince endolorissait la plaie. Yuri commença à gémir. Je touchais la balle du bout du couteau. Yami écarta la pince, et je parvins à passer le bout de la lame sous le cul de la balle. Yuri hurla, la branche lui échappa de la bouche.
« Regarde moi Yuri ! Regarde moi ! » hurla Ekud.
Ma main était broyée par la sienne Je remontais la balle tant bien que mal, et Yami relâcha la pince. Un flot de sang remonta, bientôt arrêté par le bandage qu’entreprit de poser Ekud. J’allais chercher des herbes désinfectantes dans le sac, et en disposa les gouttes dans la plaie. On refit le bandage par-dessus. Yuri n’avait pas lâché ma main. Je la regardais, et lui souris en lui montrant la balle.
« Tu as été courageuse. »
Des larmes coulèrent sur ses joues, et elle s’endormit doucement.
Plasma jouait avec Oriane, il lui barbouillait le visage de ses doigts, et elle riait. L’aube commençait à pointer le bout de son nez. On attendit encore un peu avant de lever le camp. Yuri avait eu le temps de récupérer un peu de forces. Elle se leva difficilement, mais avait moins mal qu’auparavant lorsqu’elle marchait. Elle ne sentait désormais plus la balle dans le ventre. L’inconvénient était qu’elle devait garder le torse nu, hormis un soutien gorge. Pour le moment ce n’était pas gênant, nous étions en climat tropical, et il faisait bon. Nous nous remîmes donc en marche sans la forêt, aux aguets depuis l’affrontement avec les gardes. Nous surveillions régulièrement nos arrières au cas où une patrouille avait trouvé nos traces dans la forêt. Nous avions éparpillé toutes nos traces théoriquement, mais on n’était pas à l’abri d’une erreur.
On arriva bientôt devant un cours d’eau puissant, qui se jetait dans un vide immense avant de rejoindre un lac tout aussi impressionnant.
Chapitre XIV : un événement qui me ramena un an auparavant
Lorsque plusieurs événements de grande envergure s’enchaînent, on a tendance à en oublier d’autres qui vous ont pourtant marqués. Et dans ce cas là, le choc est rude. Des événements qui vous ont bouleversé pourtant, peuvent être oubliés un moment. Mais ils ressurgissent toujours. Quoi qu’il arrive. On refoule, et un jour ça ressort du néant, au moment où l’on s’y attend le moins. Il est impossible d’oublier totalement quelque chose. Surtout lorsque ça nous a marqué.
Nous marchions au bord des falaises surplombant le lac, et nous arrivâmes bientôt à un sentier qui contournait le vide immense qui séparait les falaises et le lac en contrebas. On l’empruntait pour descendre, moi et Yuri en tête.
« ‘Fait chaud… »
« Ta gueule »
« J’ai faim »
« Ta gueule »
« J’ai envi de faire pipi »
« Ta gueule ! »
Ekud était en mode chieur, pour changer. Je surveillais Yuri du regard, car le retrait de la balle ne l’avait pas laissée indifférente. Certes la balle n’était plus là, mais une plaie est une plaie.
Nous allions quitter les berges du lac lorsque je sentis ma tête tourner légèrement. Je crus à un mauvais tour joué par la chaleur, mais c’était par à-coups. Ca ne pouvait pas être ça. Un flash violent m’aveugla un instant. Je secouais la tête pour chasser l’image de Yuri qui venait de surgir de ma tête, mourrant dans mes bras, et dû m’appuyer contre un arbre pour ne pas tomber à la renverse.
« Wow wow wow, qu’est-ce qui t’arrive Kali ? » demanda Yami qui accourait.
Je voulus répondre mais je n’en eus pas le temps. Je m’affalais, face contre terre, en entendant les hurlements de Yuri et des interrogations dans mon dos.
Lorsque je repris conscience, toutes les têtes étaient penchées sur moi.
« Curieux air de déjà vu, hein Kali ? » me fit Yuri.
« Déjà vu… Surtout ce flash… »
Les spores… Les spores que les monstres rejettent. Plus on chasse, plus on devient sauvages, et plus on perd la mémoire. C’est ce que le « vieux » nous avais dis, à Yuri et moi, il y a de cela près d’un an. Tout s’était enchaîné depuis, et je n’y avais guère pensé. Et maintenant, ça revenait.
« Il faut qu’on évite un maximum les monstres. » dis-je au reste du groupe.
« Eh oh vous allez nous expliquer ce qui se passe bordel parce que je comprends rien perso » répondit Plasma.
Yuri se contenta de leur résumer ce qui nous avait été dit il y a un an. Je comptais me rendre dans les montagnes au nord pour en savoir plus, les villes y sont plus développées que dans les régions tropicales, peut être que là-bas les gens sont plus au courant.
« Je sais qu’au nord il y a la guilde des chasseurs qui y est extrêmement développée, on pourrait y faire un tour ? » suggéra Yami.
« Ouai, comme ça on pourrait retourner dans notre ville natale, ça vous dit ? » proposa Plasma aux deux autres.
« Et on en profiterait pour rendre visite aux chasseurs qui nous avaient aidé il y a une dizaine de mois à repousser le Lao. Je pense que c’est ce qu’il ya de mieux à faire, tu ne crois pas Yuri ? »
Elle hocha de la tête, inquiète. Yami sortit une carte de son sac, et entreprit de tracer notre itinéraire. Il était facile de voir où nous étions étant donné que le lac était largement visible sur la carte.
Nous nous mîmes en route vers le nord, prêts à affronter ce qui allait nous tomber dessus. Les pins qui avaient commencé à prendre place dans le paysage depuis quelques lieues, avaient à présent remplacé les imposants baobabs tropicaux. Yuri se couvrit le corps d’une peau animale, car elle avait dû jusqu’à présent rester torse nu avec un unique soutien-gorge pour améliorer la cicatrisation. Nous marchions calmement, en échangeant d’une humeur joyeuse diverses aventures qui nous étaient arrivées. Nous fîmes une halte à la lisière d’une forêt de pins, sombre et étouffante de végétation. La nuit était tombée, un loup hurla, et la lune, pleine, se couvrit d’un nuage sombre et menaçant. La plaine que nous avions laissée derrière nous paraissait plus sympathique que la forêt qui se trouvait devant nous. On installa de quoi faire un feu, et nous préparâmes pour l longue route nocturne dans ce vaste territoire hostile.