Si vous cherchez à vous préserver d´un critique sérieux des " Cahiers du Cinéma", ou d´un exégète un peu trop catégorique de " Télérama", brandissez ce film comme un crucifix. On a toujours coutume en France, et mon début le montre encore, d´opposer cinéma populaire voire même populiste, et cinéma d´auteur ( j´allais dire d´hauteur), intellectuel, élitiste.
Je pense qu´on peut goûter un bon Rohmer et s´esclaffer en regardant " La soupe aux choux". Bien sûr, c´est du Jean Girault, pas le plus fin des réalisateurs, peut-être même un des connétables du nanar. Mais " La soupe aux choux", c´est avant tout un truculent roman de René Fallet, publié en 1980, et ce que l´on peut concéder au film, c´est qu´un grand nombre de dialogues sont empruntés au livre. Et si on critique le contenu du film, alors on s´attaque également au roman.
Et l´histoire dans tout cela ? C´est celle de deux paysans du Bourbonnais, endroit cher à Fallet, qui attendent la Faucheuse en buvant des canons... ces deux " chtites créatures" oubliées du progrès s´invectivent, s´engueulent, mais se réconcilient, finalement, car leur amitié l´emporte sur tout.
Un soir, le Glaude ( incarné par De Funès) et le Bombé ( joué par Jean Carmet) se posent sous la lune, et mûs par un irrépressible désir, flatulent gaiement, provoquant l´ire du ciel, qui tonne bientôt, obligeant nos deux comparses à battre en retraite.
Le problème, c´est que les vents mauvais ont attiré un extra-terrestre de la planète Oxo ( immortel Jacques Villeret)... alors bien sûr, pour le Glaude ( à l´état civil, Claude Ratinier), c´est une immense surprise, d´autant plus que le drôle ne s´exprime que par d´étranges gloussements de dindons. Bientôt, entre les deux, se noue une relation affective, fraternelle.
" La denrée" ( c´est le nom que le Glaude donne à l´oxien) vient régulièrement rendre visite à son nouvel ami, attiré par de nouvelles flatulences que nos deux compères ont envoyées aux quatre vents...
Dans un premier temps, Ratinier niera avoir vu une soucoupe volante, alors que le Bombé ( Francis Chérasse pour la mairie) soutiendra le contraire. Puis, le deuxième sera mis au fait de l´existence d´un étrange petit bonhomme tout rond, qui glousse en réclamant de la soupe aux choux.
Car la denrée a parcouru des années-lumière pour ramener dans sa galaxie la recette de ce succulent plat, et il enjoindra Ratinier de tout quitter pour partir avec lui, parce que sur Oxo, il est devenu une véritable vedette.
L´autre refuse dans un premier temps... mais finira par accepter. D´autant plus que hameau des Gourdiflots où habitent nos deux zouaves est menacé par la construction d´un parc à ploucs, avec rocher aux chimpanzés, manèges et compagnie... le maire de la commune s´enorgueillit de cette nouvelle, qui favorisera selon lui, l´"expansion économique" ( il n´a que ce mot-là à la bouche)... il est bien temps de partir, et c´est ce que le Glaude et le Bombé feront à la fin du film, avec saucisson et pinard, chantant gaiement dans le vaisseau spatial affrété par Oxo Airlines...
Entretemps, Ratinier aura retrouvé la Francine, sa défunte femme qu´il regrette cruellement, et que la denrée ressuscite. Le problème, c´est que la Francine est revenue sur Terre jeune, et qu´elle n´a pas envie de s´enticher d´un vieillard comme le Glaude, qui sent le pinard et ne lave pas souvent son intérieur... les retrouvailles donnent lieu à des scènes tantôt amusantes, tantôt tendres, où l´on retrouve la dualité de l´univers de Fallet ( veine whisky et veine beaujolais, c´est-à-dire un mélange de joie et de tristesse).
Encore une fois, le film vaut beaucoup plus par ses dialogues que par sa réalisation paresseuse, sans invention.
Maintenant, si l´histoire vous a diverti, plongez-vous donc dans le livre, et précipitez-vous sur d´autres bouquins de René Fallet, car il s´agit là d´un auteur à redécouvrir d´urgence.
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