Hatred : le jeu qui mérite sa polémique ?
Il n'est pas facile, en tant que média vidéoludique mais aussi en tant que joueurs, de voir des jeux torpillés par une presse généraliste qui ne maîtrise pas le sujet et manque de cibler les véritables problèmes du jeu vidéo - ainsi, vous n'entendrez pas ou peu de journalistes évoquer l'absence de figures de proue féminines dans l'industrie ou encore le traitement des personnages féminins dans le jeu vidéo, sachant que le sexisme est devenu parfaitement intégré dans les médias de divertissement (ne pas hésiter à lire l'étude dirigée par la Direction de l'Egalité des Chances en 2007 à ce sujet).
Par contre, il suffit d'un simple GTA, pourtant satire assumé de la société moderne, pour que le monde soit choqué. Enfin, le monde sauf les gamers. Par conséquent, avec l'annonce de Hatred par les développeurs polonais de Destructive Creations, qui ont déjà fait l'objet de vives critiques sur la toile parmi les gamers eux-mêmes, nous devons rester prudents quant à la manière d'aborder la question de la violence du jeu et déterminer si celle-ci mérite la controverse suscitée.
D'aucuns affirment par exemple qu'il s'agit d'un jeu politisé et raciste, dans la mesure où il met en scène dans le trailer un protagoniste de couleur blanche en train de tuer des innocents de différentes couleurs (en particulier noire). Nous n'avons pas eu l'impression que le meurtrier faisait une réelle distinction selon la couleur de ses victimes, il se peut donc que certains aient perçu cela sur la base d'autres éléments d'informations, sur lesquels nous reviendrons. En revanche, à l'aune des événements qui ont frappé la ville de Ferguson aux Etats-Unis l'été dernier, il paraît nécessaire de faire preuve de prudence avec la question des meurtres à caractère raciste. Mais ce seul critère ne justifie pas à lui seul les relents xénophobes du jeu.
Le lien entre suprémacistes blancs et Destructive Creations est dû au fait que Jaroslaw Zielinski, le PDG du studio, est un fan de la page Facebook de la Polska Liga Obrony, un groupe nationaliste polonais ouvertement raciste et islamophobe. Le gameplay designer, Jakub Stychno, est quant à lui sympathisant du groupe fasciste Obóz Narodowo Radykalny, ainsi que de la mouvance nationaliste et homophobe Mlodziez Wszechpolska. D'autres éléments d'informations lient des membres du studio à des groupes aux tendances douteuses, de nature à inciter à la haine.
Difficile, vu ces tendances ainsi que le concept du jeu dont l'unique objectif est de tuer le plus de monde possible avant d'être tué, de ne pas penser à des terroristes notoires qui ont ces dernières années fait un grand nombre de victimes. Nous pensons notamment au meurtrier norvégien Anders Breivik, qui était associé à des mouvements aux idéologies similaires, et qui avait tué plus de 70 innocents à lui tout seul en 2011. Ainsi donc, si nous continuerons de défendre les jeux vidéo qui font souvent l'objet d'un dénigrement injustifié, il semblerait que nous ayons trouvé en Hatred l'exception à la règle, et le jeu qui mérite sa polémique.
Surtout que des gamins pourront mettre la mains dessus. 