Okay okay
Il était déjà presque 19 heures et le soleil commençait à disparaitre. Ses doux rayons peinaient à traverser l’épais nuage de pollution recouvrant Paris. Quand Poutch sortira du métro, il sera déjà nuit. Mais à l’instant, seule l’odeur de cadavres sdf occupait son esprit, ainsi que ses ennuis à l’école. Ses partiels s’annonçaient assez mal et il n’était qu’en première année, EPITECH était une école des plus sélectives. Tout cela ne faisait que compromettre Poutch dans ses projets onéreux. Ses camarades trouvent son projet de mind game stratégique pas assez poussé malgré tout le savoir-faire qu’il y a mis et pour une raison qui lui échappait, personne ne semblait intéressé par son simulateur où l’on pouvait abuser d’une handicapée. Rajouté au fait qu’il n’ait aucune nouvelle des dessins de son contact en outre-mer ; les rumeurs prétendent même qu’il aurait quitté son égo pour refaire sa vie avec une tulpa. Tous ces tourments lui auraient bien fait rater son arrêt si la foule serrée ne l’avait pas bousculé violemment pendant la sortie du wagon.
Une fois le nez dehors, exposé aux violences verbales des conducteurs de taxis, il pressa le pas, l’envie de rentrer chez lui ayant soudain refait surface. Inquiet, il mit la main à la poche de peur d’avoir égaré son saucisson dans le chahut de tout à l’heure et poussa un soupir de soulagement en empoignant le bout de viande, rassuré de ne pas risquer de mauvaises rencontres. Jusqu’à son arrivée, Poutch était en effet plus serein, profitant de sa solitude afin d’arracher discrètement les affiches de recherche chien disparu quoi qu’il eut toujours, d’instinct, été dérangé de n’être observé par personne.
Au bout de quelques minutes, il était déjà devant sa porte, qu’il poussa avec précipitation. Il n’en pouvait plus de cette chaleur d’été précoce avec autant de vêtements et languissait déjà de sa maison climatisée. Après un bon quart d’heure à enlever l’intégralité de ses vestes, il pu constater en entrant dans le salon que seul son père était rentré, confortablement assis sur son fauteuil en cuir, son peignoir à carreau et ses pantoufles du dimanche. Son visage masqué par son journal l’isolant du monde extérieur, laissait deviner qu’il fumait sa pipe. Malgré sa bonne humeur apparente, Poutch appréhendait la conversation et eu la sagesse de l’entamer sur des questions banales.
« Mère n’est pas encore rentrée du théâtre ? »
- Non, la cuisson de la dinde va devoir attendre, fils.
Il baissa son quotidien révélant son épaisse moustache et, en constatant les hématomes sur le visage de son enfant, s’exclama :
- Arnaud ! Encore une de tes Poutcheries ? Tu t’es battu avec tes camarades une fois de plus ?
-Mais père, rétorqua-t-il immédiatement à son paternel, leur shit taste est over 9000, ces niggas choisissent leurs waifu n’importe comment ! Ils étaient 5 homurafags contre moi !
- Topleltiers/10 ! C’est la 6ème fois ce moi-ci. C’est donc bien toi qui t’amuses à jouer les edgy devant tout le monde jeune homme.
- > 2014
Croire que je troll les gens par plaisir. YOUR TEARS ARE D…
- Ça suffit ! >TFW monte dans ta chambre, nous en reparleront avec ta mère ce soir.
Poutch s’exécuta, retenant ses larmes, montant les escaliers avec lourdeur. Il se dit qu’il avait mieux à faire sur le moment. Il balaya sa chambre d’un regard avant d’en franchir la porte. Tout allait bien, son dakimakura Kamina était intact. Mais ce qui l’interpela, c’était une lettre posée sur son lit. L’expéditeur était de Guadeloupe et l’enveloppe était trop fine pour contenir quelques bananes que ce soit, cela ne voulait dire qu’une chose. Ni une ni deux, il s’empressa de la déchirer et entama de suite sa lecture.
« Che’ A’naud,
J’espè’e que tout se passe bien pou’ toi en mét’opole, de mon coté, les choses s’agitent un peu t’op. ‘écemment, mon amie wolf-girl a eu quelques ennuis pou’ ses p’opos anti-juifs alo’s que je me tue à leu’ di’e qu’elle est simplement antisioniste. Tu te ‘ends compte ? De nos jou’s la masse peut avaler n’impo’te quoi et dès que tu te mets à pa’ler des incohé’ences du 11 septemb’e, de l’holocauste ou des loges f’anc maçonniques, tu te fais t’aiter inévitablement de complotiste ! Hie’, il m’est a’’ivé un t’uc dingue, je me suis fait ag’essé par des ‘eptiliens, v’aisemblablement issus de Nibi’u. J’ai finalement pu leu’ échapper en g’impant tout en haut du baobab de ma t’ibu.
Enfin b’ef, désolé de p’end’e du ‘etard su’ les dessins que tu m’as demandé mais il se t’ouve que j’en suis toujou’s à continuer su’ les jeux que tu m’as conseillé, j’avance lentement mais su’ement. A pa’t ça, je peux te conseiller de voi’ le film Pulp Fiction, il est t’ès sympathique malg’é son absence de message, il vaut bien 7/10.
En espé’ant une ‘éponse ‘apide, le facteu’ du village se fait vieux. Mes 21 f’è’es et soeu’s te passent le bonjou’. »
Poutch désespérait. Il venait de perdre un autre de ses contacts fiables. Le doute l’envahissait, et il en était à se morfondre, allongé sur son lit, à se demander comment il allait pouvoir réaliser ses rêves si l’univers entier se retourne contre lui. Il resta oisif de tristesse un long moment. Assez pour ne pas voir l’heure défiler, jusqu’à ce qu’il se décide à jeter un œil à sa Rolex.
« Déjà 20h15 ? Mince ! C’est l’heure où la fille des voisins doit prendre son bain ! » S’écria-t-il.
Il sauta immédiatement du lit avec énergie, en y laissant ses idées noires et commença à installer le télescope…